03/04/2026
Le salon fermera définitivement ses portes le 1er novembre 2026.
Nous réécrit ce texte un nombre incalculable de fois, sans vraiment savoir par où commencer.
Nous ne souhaitons pas nous plaindre, car cela ne changerait plus rien aujourd’hui. Aucune amélioration n’est envisageable.
Mais vous avez fait vivre ce projet avec nous, alors on vous doit la vérité sur cette décision… qui ne nous enchante pas.
Cela fait maintenant 6 ans que le salon existe. 6 ans que nous nous battons pour ce projet qui nous tenait profondément à cœur.
Ça n’a jamais été facile. Le commerce, son instabilité, les nuits sans dormir… mais on l’a fait.
Quand une réforme sur les encres m’a obligée à jeter mes stocks à peine installés, je l’ai encaissé.
Quand le prix du matériel a doublé, voire triplé, on a suivi.
Quand on nous a critiqués pour être en salon privé, pour avoir un local trop petit ou mal isolé, on a changé, investi, fait des travaux, ouvert au public.
Quand j’ai dû passer d’auto-entrepreneur à entreprise individuelle, avec toutes les charges que ça implique, pour pouvoir travailler à deux, je l’ai fait.
Quand une loi en janvier 2026 nous a imposé de repayer la formation hygiène, on l’a fait.
Quand une autre nous a obligés à suivre une formation supplémentaire sur la désinfection du matériel, on a encore payé.
Mais là … c’est fini.
Les charges sont devenues excessives, et nous refusons de continuer à payer dans un système où tout le monde n’est pas logé à la même enseigne.
Comment ça, nous devons payer le droit de diffuser de la musique ? Le prélèvement des aiguilles ? La cotisation foncière des entreprises ? Alors que ceux à domicile ne sont même pas obligés d’avoir la formation hygiène ?
Comment expliquer aux gens que le black, c’est fini ? Que le prélèvement DASRI, la CFE, le matériel, le loyer (x2), l’électricité (x2), l’eau (x2)… passent par des comptes tracés ?
Et que oui, les charges sont doubles car nous avons aussi nos habitations Ă payer.
Voilà où la crise nous a menés : à voir des clients se tourner vers des personnes non qualifiées.
Mais peut-on vraiment leur en vouloir, quand même des professionnels installés peuvent être mauvais ?
Aucun diplôme n’est exigé, parce que “l’art est subjectif”.
De plus, se former dans ce milieu est un parcours du combattant.
Aucune reconnaissance, aucune aide.
Louna et moi avons frappé à des portes avec nos dessins jusqu’à ce que quelqu’un accepte de nous former. Souvent sans être payées. Ce n’est pas ragoûtant, alors personne ne le fait, sauf nous.
Nous avons arrĂŞter de nous plaindre, nous savons que nous sommes une grande partie dans cette situation, et pas seulement dans le milieu du tatouage, mais dans tous les domaines qui touchent au commerce.
Alors à quoi bon continuer ? Puisque peu de gens ont encore les moyens de se faire plaisir. Pas même les moyens de mettre de l’essence.
Aujourd’hui, on réalise qu’on s’est battues énormément… pour au final très peu.
Nous n’avons plus les épaules pour nous lever chaque matin en gagnant à peine la moitié d’un SMIC.
Si autant de salons ferment, ce n’est pas un hasard.
La vérité, c’est que beaucoup survivent en cassant les prix.
“Petit prix pour remplir la journée”, “flash à prix doux”…
C’est humain. Mais ça détruit le métier.
Vous n’êtes pas impuissants face à tout ça.
MĂŞme sans pouvoir vous offrir un tatouage, vous pouvez soutenir : partager, liker, parler de votre tatoueur autour de vous.
Ça ne coûte rien, mais ça peut tout changer, et nous pensons (peut-être à tort…) que ça aurait pu changer beaucoup de choses pour nous.
Merci à toutes les personnes qui l’ont fait (on vous voit) et à ceux qui nous ont soutenus pendant ces 6 années.
Merci pour votre confiance, vos recommandations, pour les familles entières que nous avons eu la chance de tatouer.
Grâce à vous, on a tenu bien plus longtemps.
Merci aussi Ă ceux qui seront lĂ pour les derniers mois de cette aventure.
Nous voyons le bout du tunnel et c’est avec un immense soulagement et du sérieux que nous continuerons jusqu’au bout.
C’est un mélange de fatigue, de désillusion, de colère et de découragement face à l’évolution de ce métier qu’on aime tant. Changement peut-être nécessaire et bénéfique… qui sait… mais nous avons trop sacrifié sans en voir les fruits.
Avant de tourner cette page, il reste encore de beaux moments Ă vivre.
Comme chaque année, je (Alex) participerai encore à l’Open Garage en mai, ainsi qu’à d’autres événements à venir.
Nous annonçons cette fermeture 6 mois à l’avance pour laisser à ceux qui le souhaitent le temps de passer une dernière fois, de concrétiser un projet ou simplement de venir nous voir.
Concernant la suite… je préfère être honnête.
Aujourd’hui, nous n’avons pas la tête à ça.
Me concernant,
je (Alex) suis concentrée sur la fin, sur tout ce qu’il reste à gérer — et à payer.
Et ça m’angoisse déjà énormément.
Je trouverai une solution. Mais pour l’instant, je ne sais pas laquelle.
Et non, je ne tatouerai pas chez moi.
Je refuse de participer à la dévalorisation de ce métier.
Et au vu des mauvaises expériences clients que j’ai vécues, je ne prendrai pas le risque d’ouvrir ma porte dans ce cadre.
Pour le reste…
Dédicace à personne. Fallait être là .