Après un monde où on avait le temps de regarder ailleurs et d’oublier, un monde où « y avait pas le feu au lac ». Le lac a donc pris feu. Et ça, on s’en souviendra. Le triangle vertigineux de la mémoire, de l’oubli et du déni constitue le sujet de prédilection de la compagnie Pistë. Parce que la mémoire est une narration. Sélective, amputée, réécrite. C’est est un regard sur une réalité. Sur quoi
fermons-nous les yeux ? De quoi – de qui ? – détournons-nous le regard ? Interroger les marques du temps devient une nécessité pour une génération née dans un monde où le temps presse. Et quoi de mieux que le théâtre, cet art du présent et de l’éphémère, pour mettre ces questions en perspective ? Notre sensibilité s’attachera au fragmentaire, au flou, à l’énigmatique. Au théâtre s’allie la musique pour tordre les perceptions, activer la mémoire et stimuler l’imaginaire d’un spectateur aux aguets. Pour sa première création, la Compagnie Pistë fait le choix de faire découvrir en France une autrice finlandaise majeure : l’œuvre de Laura Ruohonen scrute avecpoésie et humour l’interaction entre l’homme et son environnement. La pièce que nous défendons aujourd’hui confronte les origines du monde aux risques de sa fin. La terre devient réceptacle de la mémoire de l’homme et lieu de stockage de ses erreurs à mettre loin des yeux, loin des peurs. Ici nos yeux sont inutiles, tel est le titre de la pièce. Celle-ci aurait pu s’intituler « La Grotte », traduction littérale du finnois Luolasto. Par ce titre, nous voulons interroger le regard, questionner les illusions de notre caverne, souligner la force des invisibles (un virus, une radiation, un son, une sensation, un oublié) et attirer notre attention sur l’essentiel pour l’après. La compagnie Pistë est basée en Bourgogne-Franche-Comté (département de Saône-et-Loire), région qui, par sa situation géographique au carrefour de plusieurs pistes et par son dynamisme culturel, correspond aux aspirations ayant motivé sa création.