15/05/2026
350 000 réfugiés belges en France pendant la Grande Guerre
Le contexte
Le 2 août 1914, le Roi des Belges Albert 1er et son gouvernement rejette l’ultimatum concernant le passage de leurs troupes.
Alors l’Empire allemand déclare la guerre et pénètre en Belgique le 4 août dans la province de Liège. La résistance de la ville entraîne un re**rd dans le plan d’invasion et déclenche une violence aveugle des troupes allemandes envers les civils.
Les combats, l’exode.
Cette brutalité engendre l’exode de nombreux habitants. Le 20 août, les Allemands pénètrent dans Bruxelles. Les Français sont défaits à Charleroi, Namur et Dinant et dans la Province du Luxembourg, Durant ces combats tout le long de la frontière, des civils furent tués et des villes détruites. Ce sont principalement les Wallons qui arrivent les premiers en France. Les flamands se réfugient principalement aux Pays-Bas (pays neutre), ils y retrouvent de nombreux Wallons de la province de Liège.
Les premiers réfugiés belges en France.
Les autorités françaises se trouvent complètement démunies devant cet afflux de réfugiés. Les Belges seront assimilés aux civils français, on estime à 2 millions le nombre de civils déplacés.
Le refus de l’ultimatum allemand, la résistance de cette petite armée et les atrocités subies par les civils sont trois les trois principales raisons de l’accueil chaleureux reçu par les Belges en France.
Les autres réfugiés belges.
Jusqu’à la fin de la guerre, les Allemands se débarrassent vers la France, des « bouches à nourrir » des régions occupées
Les habitants de la petite Belgique libre, déplacés de force par les autorités belges car vivant trop près du front. Ce fut le cas en particulier des Enfants de l'Yser.
La vie des réfugiés belges en France.
1 500 000 Belges fuient la Belgique en 1914, soit 20% de la population : 1 000000 aux Pays-Bas, 300 000 en France et 200 000 en Grande Bretagne.
Ils se retrouvent répartis en nombre dans la France entière et même en Algérie. Assignés à leurs nouveaux domiciles, ils s'efforcent de rejoindre des régions où les emplois proposés correspondent mieux à leurs capacités. Ils recherchent aussi des lieux leur permettant de retrouver des connaissances ou des amis de leur province, ou simplement de se rapprocher de la frontière pour retourner plus vite chez eux à la fin de la guerre.
Ils reçoivent une allocation correspondant à l'aide accordée aux familles des citoyens français mobilisés. Les autorités locales et les associations caritatives françaises ou belges qu'on appelle les œuvres de guerre, s’efforcent de les assister dans leur exil. L'historique de ses œuvres de guerre est une particularité intéressante de la créativité de la population pour accueillir des personnes qui arrivant brutalement, dépourvues de tout.
On célèbre la Belgique en France et ces Belges « du dehors » en exil. Ce fut en particulier le cas à l'occasion du 15 novembre, fête du Roi des Belges et lors de la vente des Petits Drapeaux Belges au profit des réfugiés à Noël 1914. Dans plusieurs villes françaises on changea les noms de certaines avenues et rues, dans plusieurs villes françaises pour honorer : la Belgique, le Peuple Belge, son Roi, des villes martyres comme Liège et quelques notabilités comme le cardinal Mercier ou le maire de Bruxelles, Adolphe Max.
Albert 1er et son gouvernement
Le gouvernement belge s'est réfugié à Sainte-Adresse près du Havre où il bénéficie d'un statut d'exterritorialité. Albert 1er n'y vient jamais et demeure en Belgique au milieu de ses soldats. Le premier ministre et ministre de la Guerre, Charles de Broqueville, font alors la navette entre Sainte-Adresse et La Panne où réside le couple royal.
L'administration des réfugiés.
Les autorités belges et françaises désirent connaître ces réfugiés et les contrôler pour des raisons parfois différentes. On leur fournit des papiers d'identité pour suivre leurs déplacements. La Seine Maritime actuelle, en particulier le territoire de Sainte-Adresse, bénéficie d’un régime de faveur. Des accords sont également passés entre les deux gouvernements pour la protection des réfugiés et de leurs salaires dans les différents domaines d'activité. Ce sont les employés, les commerçants et les professions libérales qui ont le plus de mal à trouver une occupation.
Le retour au pays
Après l'armistice, il faut attendre encore. Quatre années de guerre ont détruit toute communication avec la Belgique et celle-ci n'est pas matériellement en état d'accueillir ses réfugiés aussi vite qu'elle les a vus partir. C'est entre mars et juin 1919 que les trains peuvent finalement les ramener tous chez eux.
DE THY-LE-CHATEAU A BONNIERES
Les activités sidérurgiques à Thy-le-Château remontent à l’année 1775 avec l’installation d’un haut-fourneau. Jusqu’en 1861 les usines connaissent un essor considérable. A cette date la société « Blondiaux et CIE » est propriétaire du site, celle-ci entame une délocalisation de Thy-le-Château vers Marcinelle. En 1893, l’activité cesse, le matériel est démonté et transporté à Maricelle. L’usine de Thy-le-Château est alors à l’abandon.
En 1904, M. Louis Piret fonde avec plusieurs associés « La S.A. Usines métallurgistes de Saint Eloi ». L’activité débute en mai 1904.
En marge du laminoir St Eloi, le 11 août 1905, une nouvelle société voit le jour la « Compagnie générale des aciers » (CGA). Après réfection des anciens bâtiments situés près des laminoirs, la production commence en 1907.
En août 1915, M Louis PIRET qui se trouve en Angleterre, vient en France. Il installe à BONNIÈRES SUR SEINE un laminoir produisant des pièces d’armement pour les Alliés. Ayant appris cet événement, de nombreux ouvriers et réfugiés de Thy-le-Château et de ses environs arrivent à BONNIÈRES.
M. Dumoulin, ingénieur, déclare que l’usine traite 60 tonnes de fer chaque jour avec 200 ouvriers (le journal de l’époque en dénombre 60).
Les installations comportent une machine à vapeur Farcot de 400cv (sans doute appartenait-elle au Camphre), deux fours, un petit train etc…
En mai 1917 parait le numéro 1 du « Journal des Métallurgistes belges de Bonnières et environs » ; il est imprimé par des belges au camp de Port-Villez.
« Cette usine construite avec des moyens de « fortune » a débuté petitement, mais grâce à l’ardeur de nos braves ouvriers, elle s’est rapidement développée au point de devenir un des plus importants laminoirs de France. »
En 1918, l’usine possède deux fours à réchauffer et deux trains de laminoirs.
Cette activité perdure après la guerre. Cet acier à béton avec la marque déposé « Acier Créloi » a servi pour la construction de gros ouvrages (Aérogare d’Orly, Autoroute de l’Esterel, Barrage-Ecluse de Méricourt…).
À la suite de la diminution progressive des rails à relaminer, la société Iton Seine est créée et une aciérie électrique est construite juste à côté des laminoirs.
A la crise des années 70, la société est au bord de la faillite et, en février 1976, le groupe Riva reprend la majorité du capital.
L’Abbé Alphonse Beauchamp
Né à Evrehailles (Belgique) le 6 septembre 1879, il est le curé de Thy-le-Château de 1912 à 1926 et aumônier militaire pendant la guerre de 14-18.
Mobilisé le 14 août 1914, il est d’abord affecté comme brancardier au service des trains sanitaires puis à l’évacuation des blessés jusqu’en juillet 1915.
Il devient alors aumônier de la 4ème division d’armée et le 1er janvier 1917 il est désigné par le gouvernement belge, sur les instances de Monsieur Piret, aumônier aux usines et à la colonie de Bonnières et de ses environs..
L’évêché de Versailles mis l’église de Bennecourt, alors en ruine, à disposition de la communauté belge pour le culte.
L’Abbé Beauchamp établit des écoles pour l’instruction des enfants belges, un cercle des familles, une salle de spectacles, un restaurant économique, un magasin de tissu, un ouvroir ainsi qu’un dispensaire. Il organise le logement et l’ameublement des réfugiés.
Il fonde également le journal mensuel le Journal des métallurgistes belges de Bonnières et environs.
Le 20 novembre 1918, il rentre en Belgique dans l’automobile de monsieur Piret. Son retour se fait sous de tristes augures, il apprend le décès de sa sœur, il ne revient définitivement dans sa paroisse au mois de mars 1919.
En 1926, il devient curé de Souk-el-Khemis, doyen de Béja, archiprêtre de Sainte-Croix à Tunis et chanoine honoraire de Carthage.
Il est nommé prélat de la Maison de Sa Sainteté en 1952.
Il prend sa retraite en 1952 après avoir célébrer son Jubilé d’or sacerdotal.
Il décède le 1er mai 1965 à Namur.
L’Eglise de Bennecourt.
Pour le culte des Belges, l'évêché de Versailles met à disposition l'église presque abandonnée de Bennecourt. Ce fut l'église des Belges de Bonnières et des environs. Pendant deux ans, l’abbé Bonjean y remplit tous les exercices du culte.
Après l’armistice, M. et Mme Piret offrent des vitraux témoignant de la reconnaissance des Belges envers la France hospitalière (branche nord) et des souffrances du peuple belges aspirant à la paix (branche sud).
LA VIE A BONNIERES
Les efforts de Monsieur Piret, l’abbé Bonjean et les autorités françaises ont permis la création d’une communauté jouissant de services divers (des écoles, un restaurant économique, un magasin de tissu, un dispensaire, un ouvroir pour donner du travail aux femmes).
L’entraide Saint Eloi créée par M. Louis Piret a pour objectif d’ouvrir des écoles pour les belges. En 1916, l’école primaire compte 27 garçons et 25 filles ; l’école maternelle : 18. Quant à l’école des adultes, il dénombre 23 inscrits.
Les écoles belges de Bonnières ont reçu la visite du ministre des Sciences et des Arts belges.
Dès novembre 1916, la société de secours mutuels « Saint Eloi » est créée pour venir en aide aux ouvriers malades ou accidentés. Cette mutuelle procurait une indemnité journalière et des soins médicaux. Celle-ci fonctionnait également au bénéfice des femmes et des enfants des ouvriers.
Il faut retenir l’aide en faveur des soldats du front et des prisonniers, qui est patronnée par le Comité des Belges. Les Belges avaient loué un restaurant et un « home » pour les soldats permissionnaires.
La création d’un journal mensuel de 6 à 8 pages, le « Journal des Métallurgistes Belges à Bonnières et des environs » illustre l’œuvre de la communauté Belge dans la région. Cette parution constitue un trait d’union entre tous les Belges de France et permettait d’être au courant de ce qui se passait au pays et sur le front.
LE CAMP DE PORT-VILLEZ
En juin 1915, Maurice Baeyens, fils du baron Baeyens, offre au roi de Belgique sa propriété (150 hectares) de Notre-Dame de la Mer, près de Port-Villez, pour y installer un camp militaire de baraquements. Ce dernier accueille les grands blessés convalescents du front belge.
L’institut professionnel militaire belge vient de naître. Il a pour but de réinsérer dans la vie professionnelle, les soldats blessés, à la fin de la guerre.
Ce terrain comprend une scierie et une maison pour l’hébergement des officiers. Le travail est immense : il faut arracher des arbres, construire les baraquements et poser des câbles électriques.
L’objectif de ce camp est d’atténuer les conséquences physiques et mentales des blessures que les soldats ont subies mais aussi d’atténuer les charges des handicaps. des soldats pour l’Etat.
Des structures médicales et pédagogiques prennent en charge rapidement les mutilés. Quatre principes sont alors appliqués :
- La rééducation doit être obligatoire
- L’éducation doit tenir compte des goûts du soldat
- L’éducation doit être individualisée
- L’importance du choix des instituteurs est prééminente.
Les professeurs doivent répondre également à cinq qualités : la bonté, le dévouement, l’initiative, l’esprit de suite dans les travaux et la compétence.
L’institut formait les soldats dans des métiers allant de peintre sur verre à projectionniste.
D’autres soldats, quant à eux, exploitaient le bois de la forêt de Bizy. Ces Belges étaient logés au 7 rue des Belges, anciennement rue des Cascades, à la scierie Doremus à Vernon.
En 1918, ce sont près de 3 500 compatriotes, Wallons et Flamands, qui se côtoient dans le camp militaire de Port-Villez. Une véritable ville dans la forêt s’installe, avec des kiosques et même une salle des fêtes.
On peut trouver cinq tombes militaires belges au cimetière de Vernon et dix-sept à Port-Villez. Néanmoins, le monument le plus visible aujourd’hui témoignant de cette époque demeure le puits artésien bâti au-dessous du camp militaire entre Vernon et Port-Villez.