28/08/2026
Sur les jambes
Quand une pièce est enfin prête
Avant que le rideau ne se lève, des semaines de travail étaient nécessaires. Acte après acte, répétition après répétition, la pièce prenait forme. Les comédiens parlaient alors d'un moment très particulier : celui où le spectacle était enfin ‘sur ses jambes’.
Le Dictionnaire historique et pittoresque du théâtre et des arts qui s'y rattachent (1885) nous en donne une définition très claire :
‘On dit d'une pièce qu'elle est sur ses jambes, lorsque, après qu'elle a été soigneusement étudiée, que chaque acte a été répété successivement et qu'on en est arrivé aux répétitions d'ensemble, les acteurs savent leurs rôles, sont bien au courant de la mise en scène et n'ont plus d'hésitation.’
Autrement dit, le plus difficile est derrière eux. Les comédiens maîtrisent leur texte, les déplacements sont fixés, les enchaînements fonctionnent et chacun trouve naturellement sa place sur scène.
Le dictionnaire poursuit par une comparaison particulièrement parlante :
‘On peut alors commencer à juger de l'effet général ; l'œuvre est au point, comme on dit en termes de sculpture, et il n'y a plus qu'à la polir, à la finir à l'aide des dernières études, pour la mettre en état de paraître devant le public.’
Cette image rapproche le travail du théâtre de celui du sculpteur. Une fois la forme achevée, il ne reste plus qu'à apporter les derniers détails avant de présenter l'œuvre.
Plus d'un siècle après, l'expression est toujours employée dans le monde du spectacle. Dire qu'un spectacle est « sur ses jambes », c'est reconnaître qu'il tient désormais debout par lui-même. Les répétitions ne servent plus à construire la pièce, mais à l'affiner, à lui donner son rythme et sa fluidité avant la première représentation.
Illustration : Distribution de Si j'étais roi ! au Théâtre-Lyrique, dessin de Nadar, 1852. Cette estampe évoque le travail collectif des artistes avant la représentation, lorsque la pièce est enfin ‘sur ses jambes’.