30/06/2026
Chères passager.e.s, chères panthères
C’est le cœur serré que j’écris ces lignes…
Cette programmation de juillet sera la dernière pour nous.
Ces derniers mois, les problèmes financiers se sont sérieusement aggravés et il nous est impossible de tenir plus longtemps. Nous avons cumulé trop de dettes de loyer et fournisseurs pour qu’on puisse continuer. Les lieux comme le nôtre sont très fragiles, ce n’est pas une nouveauté. Nous dépendons uniquement de l’affluence vitale du public et donc des recettes du bar. De Nombreux cafés-concert ont disparu du paysage au fil du temps et à chacune de ces annonces, je me demandais quand ça serait notre tour. Ça aurait pu nous arriver plus d'une fois après les premières belles années de la reprise. Bizarrement, le covid nous aura permis de nous remettre à flot grâce aux aides de l’état. Sans elles nous aurions sombré fin 2019.
Depuis 2020, j’ai dû prendre un autre travail en plus des Pdz pour diminuer les charges du bar et mon salaire. Ce répit nous a fait repartir pour un tour avec l’espoir de remplir cette cave tant on avait été privé.e.s de concerts, de fête et de liberté. Malheureusement, la fréquentation n’a jamais été constante. Un jour blindé, le lendemain dix entrées…. Les montagnes russes cette affaire et financièrement, bonjour l’angoisse…. Je l’ai pas mal répété : soutenez vos lieux tant qu’ils sont en vie. N’imaginez pas que parce que vous êtes venu.e à un bal des Pdz blindé c’est le cas toutes les semaines… On écrivait qu’on était « en mission pour le rock » mais on l’était vraiment. Chaque jour un problème mais aussi, chaque jour l’espoir d’une date réussie et de temps meilleurs. Ce mantra m’a porté et donné force, courage et cet acharnement à toujours aller de l’avant. Pour que le lieu vive, pour que les groupes jouent, pour que les associations puissent organiser, pour que le public kiffe. Après tout, notre prog est cool et variée, le tarif de nos concerts est plutôt réglo : prix libre, 5 balles, 10 quand on accueille un groupe plus fat…
Ça n’aura pas suffi…
On a tenu dix ans et une saison.
Je n’aurais jamais cru que ça serait possible. A mes yeux, les Pdz comme tous les autres lieux alternatifs sont pourtant essentiels. Incompris des structures institutionnelles, c’est grâce à nous que naissent les groupes que vous applaudirez dans des grandes salles, c’est nous qui repérons et encourageons des artistes. C’est nous qui portons une riche contreculture indé avec les assos locales et faisons vivre des scènes dont les groupes se battent l’aile de l’émergence. Tout vient toujours d’en bas et les «gros» n’ont jamais rien inventé. C’est de nos caves que ça part. Et sans subventions.
Je travaille pour les Pdz depuis treize ans.. J’y ai consacré énormément de temps et dépensé beaucoup d’énergie, avec passion. Malgré les problèmes de thunes et les angoisses qui vont avec, si c’était à refaire je le referai sans hésiter. J’y ai vécu de très belles années qui sont passées si vite… J’ai fait jouer presque 1500 groupes/artistes/djs/drag queens-kings/rappeur.euse.s, avec la participation des assos bien sûr sans qui la prog n’aurait pas eu la même allure. J’ai servi des tonnes de bière et rencontré des personnes formidables. On a beaucoup ri. Même si comme tout le monde, des fois je n’avais pas envie d’aller bo**er, j’ai adoré ce métier. Je me sens chanceuse d’avoir fait tout ça, plutôt privilégiée et quand même fière.
Evidemment, j’ai beaucoup de monde à remercier. Merci à ma famille de m’avoir soutenue et aidée sans jamais trouver chelou ou risqué ce choix de boulot. Merci pour tout à chacun.e de mes proches qui se reconnaîtront. Merci aux assos qui ont eu envie d’organiser chez nous et donné de leur temps pour ce lieu. Merci à nos super sondier.e.s ainsi que tous nos bénévoles. Merci à mes binômes de bar qui ont tellement assuré. Merci à tous les groupes,artistes, djs, rappeur.euse.s, drag queen-kings qui
ont investi la scène avec talent. Merci aux bookeur.euse.s qui nous ont fait confiance alors qu’iel auraient pu faire plus de moula en smac. Merci à Flo, meilleure graphiste du monde. Merci à Toufik, meilleur commercial du monde. Merci à la mif Pdz d’avoir répondu présent.e. presque chaque jour d’ouverture et de m’avoir aidé dès que j’en ai eu besoin. Merci aux personnes qui ont assisté à nos concerts et en particulier les passionné.e.s qui sont venu.e.s à presque chaque date. Enfin, j’ai une pensée affectueuse pour Constance, Arnaud et Yann Morel qui sont parti.e.s bien trop tôt et pour qui les Pdz comptaient beaucoup.
On a perpétué du mieux qu’on a pu l’héritage de cette adresse emblématique : le plus vieux café-concert toujours en activité de cette ville.
Alors, la suite.
On arrêtera après le concert du dimanche 26 juillet : On a un mois pour se dire au revoir.
Et puis après ? Des projets de reprise sont en cours, les Passagers du Zinc auront donc probablement un nouveau visage à la rentrée…
A bientôt,
Meghane