Pas-de-Calais décalé

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Le Pas-de-Calais sous toutes ses coutures.

Premier avril sous le signe du poissonQuoqu’ché qu’o z’avez dins vous dos ? Un pichon d’avril ! 1564 : ch’roi d’France, ...
01/04/2026

Premier avril sous le signe du poisson

Quoqu’ché qu’o z’avez dins vous dos ? Un pichon d’avril !
1564 : ch’roi d’France, Charles IX, i cujit ch’calindrier grégorien avec eul’ premier janvier pour k’mincher eune année. Mais tous ché jins i z’avotent l’habitute d’donner des étennes 25 march’ au 1er avril. Alorsse i z’ont continué à l’ancienne mote. Et pou s’moquer d’eusses, i n’y a qui leu z’ont invoïé des pichons.

« On ne sait pas au juste quelle est l’origine du Poisson d’avril », écrivait déjà, en 1897, Edmond Edmont dans le journal L’Abeille de la Ternoise. Il poursuivait : « Il est toutefois certains que cette tradition remonte bien haut dans ce que les historiens ont coutume d’appeler la nuit des temps, tout simplement parce qu’ils n’y voient pas clair ».
Historien local et dialectologue, Edmond Edmont reprenait l’hypothèse de 1564 et « l’ordonnance » de Charles IX. « On ne fit plus le 1er avril que des félicitations de plaisanterie à ceux qui n’adoptaient qu’avec regret le nouveau calendrier ; on s’amusa à les mystifier par des cadeaux simulés ou par des messages trompeurs, et comme au mois d’avril le soleil a quitté le signe zodiacal des Poissons, on donna à ces simulacres le nom de Poissons d’avril ».
Edmond Edmont évoquait le signe zodiacal, d’autres historiens relient le poisson à la Pâques qui marque la fin du jeûne du carême et l’interdiction de manger de la viande… ou encore à l’ouverture de la saison de pêche le 1er avril, voire à sa fermeture pour permettre la reproduction…

Toujours en 1897, Edmond Edmont rappelait que « le poisson d’avril fait toujours la joie des Français en général, et des gens du Nord en particulier. Il n’est bon Saint-Polois, Audomarois, Arrageois, Béthunois, Hesdinois, etc., qui n’y songe longtemps à l’avance, ne rumine pendant de longs jours la joyeuse facétie dont sera victime un camarade ou un voisin. Les journaux eux-mêmes, y compris les plus sérieux, servent également chaque année à leurs lecteurs, un plat copieux de ces poissons : événements chimériques ou trouvailles problématiques dont quelques-unes ont fourni déjà une heureuse carrière ».

Edmond Edmont citait le Petit Nord qui avait annoncé la découverte, dans les mines de Bully-Grenay, de squelettes d’hommes préhistoriques, « de rudes gaillards, si l’on en juge par les dimensions respectables données à leurs ossements par le rédacteur de ce journal ». La fantaisie eut un succès fou et quinze jours plus t**d, un journal illustré de Paris donnait gravement en première page, un dessin représentant le prétendu cimetière antédiluvien… d’après une photographie prise sur les lieux par un envoyé spécial !
Une année, l’Écho du Nord annonça la découverte, dans un jardin de l’Hôpital militaire de Lille, d’une source minérale douée de merveilleuses propriétés thérapeutiques. Cette eau guérissait tout : les maladies d’estomac, les sueurs nocturnes, les cors aux pieds ; elle prévenait le chute des cheveux et faisait pousser les moustaches ! On rit de l’invention, mais trois mois plus t**d, la nouvelle ayant été reproduite dans de nombreux journaux des deux hémisphères vint à l a connaissance du service de santé du ministère de la guerre à Paris. Ministère qui aussitôt envoya une lettre officielle au médecin en chef de l’hôpital lillois en lui reprochant sévèrement de ne pas avoir averti ses supérieurs d’une telle découverte et lui réclamant un projet pour l’établissement à Lille d’une station thermale !
En 1895, l’Écho du Nord encore lui, annonçait l’existence d’un gisement de diamants dans les profondeurs des mines de Lens. Tous les journaux de France reproduisirent l’article ; des r***es techniques apportèrent de savants commentaires. « Vous pouvez être certains que ce 1er avril, concluait Edmond Edmont, dans tous les ateliers, on a envoyé l’apprenti chercher de l’huile de fa**ts, de l’écarlate verte ou de la graine de hareng saur… »

En patois, faire un poisson d’avril, ch’est invoïer à l’bibé ! Invoïer quiqu’un faire une commission qui sert à rien. Aller kère eune équelle eud’ paveu ; eune lime à épaissir ; un tubin d’buée ; un gribio à pumétères ; d’eul’ séminche d’hayure ; d’eul’ séminche ed’ clo !
Pas-de-Calais décalé, 1er avril 2026

L’ouragan du 12 mars 1876Dans la journée du dimanche 12 mars 1876, un « épouvantable » ouragan s’abattait principalement...
15/03/2026

L’ouragan du 12 mars 1876

Dans la journée du dimanche 12 mars 1876, un « épouvantable » ouragan s’abattait principalement sur le Nord de la France. Les rafales dépassèrent alors les 120 km/h avec des pointes à 150 km/h. Cet ouragan « comme on n’en avait jamais vu de mémoire d’homme » détruisit le couverture en ardoise de l’église de Mory ; à Achicourt les dégâts furent considérables (granges renversées, arbres déracinés…) ; à Bomy, presque toutes les toitures des maisons ont été enlevées par le vent…

À Saint-Pol-sut-Ternoise, « vers deux heures de l’après-midi, une violente tempête s’est déchaînée. Le vent venait du sud-ouest et arrivait par rafales qui faisaient trembler les maisons les mieux bâties. Une véritable pluie de tuiles et d’ardoises commença et rendit la circulation difficile. Aussi ne voyait-on que quelques rares passants qui se serraient contre les murs pour éviter la chute des pierres. Des cheminées s’écroulaient et jonchaient le sol de leurs débris ; de grandes feuilles de zinc étaient violemment arrachées des toits et transportées à de grandes distances. Beaucoup de maisons particulières ont vu leurs toits à peu près enlevés. Plusieurs magasins ont eu leurs vitrines endommagées par les ardoises qui volaient de tous les côtés. L’église de Saint-Pol a eu aussi des dégâts. Des vitraux se sont brisés par la violence du vent et sont retombés avec fracas dans l’intérieur ; des ardoises ont été enlevées sur la partie exposée au vent ; une croix de pierre est tombée de la façade et s’est brisée sur le pavé. A la mairie, le toit a été dépouillé d’une grande partie de ses ardoises. Le magasin au tabacs a eu toutes ses cheminées démolies et ses toits fortement avariés. Sur le champ de foire, une baraque, heureusement inoccupée, a été renversée. Le train d’Arras qui arrive à Saint-Pol vers neuf heures du soir, n’est arrivé qu’à onze heures. Ce ret**d est dû à l’encombrement de la voie où gisaient des arbres et des poteaux télégraphiques. Saint-Pol, étant dans un fond, n’a eu, comparativement aux autres villes, que peu de dégâts. Nous n’avons aucun accident à enregistrer. Mais il n’en est pas de même dans la campagne où les désastres sont grands et les pertes immenses. Partout la trombe a laissé des traces de son passage. C’est par centaines que l’on compte les arbres déracinés, brisés et les toits emportés.
On n’entend parler que de maisons et de granges renversées, des clochers enlevés et quelquefois l’église elle-même détruite. Des meules ont été dispersées et disséminées au loin. Chaque commune a des désastres à signaler. Il serait trop long de raconter tous les dégâts causés par l’ouragan. Dans le parc de M. le comte de Bryas, près de 160 peupliers ont été déracinés ou brisés. On nous assure que la magnifique avenue du château de M. le baron de Fourment, à Cercamps-les-Frévent, n’existe plus » (L’Abeille de la Ternoise, 18 mars 1876).

« La tempête qui s’est déchaînée sur Arras a fait écrouler les cheminées, enlevé des toits, arraché du sol les arbres séculaires de nos promenades, dégradé tous nos monuments et commis le crime de détruire environ 10 mètres de la Sainte-Chandelle, cette gracieuse et parfaite production du génie de ce malheureux Grigny, tant loué et surtout tant envié pendant sa vie.
L’usine de M. Grassin à Saint-Sauveur a particulièrement souffert. Le vent a éparpillé les meules, enlevé les chaumes et commis tous les désastres imaginables dans la campagne.
On évalue à 40,000 francs environ les pertes pour les édifices qui appartiennent directement à la ville d’Arras.
Les environs de la ville ont considérablement souffert, surtout du côté de Sainte-Catherine, Anzin, Saint-Nicolas. Les bois qui courent le long des coteaux de Saint-Éloi, le bois qui avoisine Marœuil, entre autres, sont horriblement dégarnis.
Toute la vallée supérieure de la Scarpe, depuis Sainte-Catherine jusqu’à Cambligneul, Agnières, est dans la désolation. À Dainville, vingt-six meules sont renversées, et le vent disperse les gerbes. Quatre moulins sont détruits. À Beaurains, c’est la même chose. Les moulins sont en pièces, déchiquetés. Les meules s’éparpillent. Plusieurs bâtiments de la fabrique de bougie de
Saint-Nicolas sont démolis » (Le Mémorial Artésien, 17 mars 1876).

Pas-de-Calais décalé, 17 mars 2026

Un « ouragan » le 18 février 1807Dans L’Annuaire statistique du département du Pas-de-Calais pour l’an 1808, Pas-de-Cala...
15/02/2026

Un « ouragan » le 18 février 1807

Dans L’Annuaire statistique du département du Pas-de-Calais pour l’an 1808, Pas-de-Calais décalé a trouvé un grand nombre d’informations sur l’ouragan du 18 février 1807 qui « tint une place dans l’histoire météorologique du Pas-de-Calais ».

L’Annuaire se fiait aux observations communiquées par M. Pichon, secrétaire de la Société d’agriculture à Boulogne-sur-Mer ; observations faites à Maquétra, hameau de Boulogne.
« À 4 heures du matin, le temps était couvert, le vent d’ouest léger, petit pluie. Le baromètre était descendu annonçant un prochain orage… À 5 heures 35, la première rafale de vent nord-nord-est arriva avec le bruit le plus affreux. À 9 heures la neige commença à tomber et à se fixer sur les toits. Le bruit du vent et le mugissement de la mer étaient horribles. Ce n’était qu’avec beaucoup de peine qu’on s’avançait contre le vent, renforcé par la neige qu’il entraînait. L’ouragan cessa le 19 février à 5 heures du matin. »
La tempête jeta sur la côte 8 navires ; les équipages furent sauvés.

Pour Arras, l’Annuaire relata les observations de M. Buissart.
« La journée désastreuse du 18 février 1807 a été précédée à Arras par deux à trois jours de temps calme et d’une tempête douce ; le thermomètre se soutenait dans l’après-midi à 8 et 9 degrés au-dessus du terme de la glace. Le 18 au matin, il était entre 5 et 6 degrés, l’air semblait chaud et comme étouffant et la veille le baromètre était descendu, présage de la tempête qui se développa à 11 heures du matin ; un vent de nord-ouest et une neige très fine et très suffocante par son adhérence et sa froidure. L’ouragan était dans toute sa force entre 1 heure et 3 heures de l’après-midi. La neige se trouvait amoncelée dans les endroits bas et profonds. On pouvait à peine respirer et voir à quelques pas. »

Ce fut principalement sur les malheureux villageois éloignés de leurs habitations que cette tempête « étendit ses ravages ». Selon L’Annuaire, 108 personnes périrent dont 37 dans l’arrondissement d’Arras ; 42 dans l’arrondissement de Béthune ( 25 dans le seul canton de Houdain, un grand nombre d’habitants s’étant rendus au marché de Pernes, en revenant duquel ils périrent) ; 21 dans l’arrondissement de Saint-Pol…

« Marie-Françoise Bédu, mère de 5 enfants, de la commune de Ruyaulcourt, canton de Bertincourt, revenait de Bancourt, près de Bapaume, accompagnée de sa fille Madeleine, âgée de 19 ans. Elles se perdirent dans les champs de Bancourt; la mère se sentant défaillir, sa fille la prit sur ses épaules. Après avoir erré longtemps avec son précieux fardeau, celle-ci devenue le jouet des vents et des tourbillons de neige, était près de succomber, lorsqu’enfin elle crut apercevoir les premières maisons de Bancourt. Elle dépose sa mère, se dépouille d’une partie de ses vêtements pour l’en couvrir, ne garde que ceux que la pudeur ne lui permet pas d’ôter, rassemble le peu de forces qui lui reste, et dans cet état qui approchait de la nudité, malgré la violence du froid, elle parvient à gagner une habitation. À peine arrivée, elle tombe évanouie après avoir indiqué par quelques paroles entrecoupées que sa mère est peu éloignée, dans un état à réclamer les plus pressants secours. On s’empresse d’y courir, on la ramène, mais pour ne plus la rappeler à la vie. Le dernier soupir aux yeux de sa fille désespérée d’avoir aussi mal réussi dans les soins prodigués à sa malheureuse mère. »

« Nicolas Tournel, manouvrier à Labeuvrière, père de 4 enfants, revenait de son travail, à l’heure du midi. Il ne voit pas à sa table ses deux aînés ; il apprend qu’ils sont partis le matin pour Béthune ; sa femme le presse en vain de dîner ; il veut partir pour secourir ses enfants que son imagination effrayée lui peint dans le plus grand danger. Arrivé à Béthune, on lui dit que ses enfants ont voulu tout braver, qu'ils sont partis pour retourner dans leur village. Le malheureux père, plus alarmé que jamais sur le sort de ses enfants, ne veut consentir, malgré les vives instances qu'on lui fait, ni à prendre le moindre aliment, ni même à se chauffer. Muni d'un morceau de pain, il se hâte de regagner le chemin de Labeuvrière, refuse de s'arrêter à Vendin, où plusieurs personnes s'efforcent de le retenir, en lui disant que ses enfants ont tenu la grande route de Lillers, s'élance sur cette route; mais accablé d'épuisement et de fatigue, il tombe à peu de distance de Vendin, et meurt au milieu de la neige, sans avoir même la consolation d'apprendre que ses enfants sont échappés au danger qu'il n'a bravé que pour eux. »

Cinq mois plus t**d, le 31 juillet 1807, une tornade traversait la campagne arrageoise vers 5 heures de l’après-midi.

Pas-de-Calais décalé, 15 février 2026

2 février, la ChandeleurEn 1931, Célestine Leroy, grande spécialiste du folklore artésien, publiait dans la R***e du fol...
01/02/2026

2 février, la Chandeleur

En 1931, Célestine Leroy, grande spécialiste du folklore artésien, publiait dans la R***e du folklore français un article intitulé : La Chandeleur au pays d'Artois. Pas-de-Calais décalé l'a retrouvé dans Gallica. Bonne lecture.

"La Chandeleur est une fête religieuse célébrée par l'Église, le 2 février. Elle commémore la Purification de la Sainte Vierge, quarante jours après la naissance du Christ, et en même temps la Présentation de Jésus au Temple. Le mot Chandeleur vient des cierges ou chandelles que le prêtre bénit avant la messe, ce matin-là, et que les fidèles emportent chez eux, pour qu'ils protègent leurs familles et leurs maisons. Une des oraisons du jour affirme, en effet, la vertu des chandelles bénites pour la « santé des corps et des âmes. »

La Chandelle bénite.
Nombreuses sont encore les familles artésiennes où les femmes tiennent à posséder une « chandelle bénite ». La chandelle, soigneusement enveloppée, est conservée dans une armoire ou au fond d'un coffre. On l'allume lorsqu'une personne de la famille est en danger de mort. Sa faible lueur accompagne les rituelles « prières des agonisants. » Elle éclaire les traits du mort dont on vient de faire la dernière toilette, et, parfois, continue de brûler à côté de la bière. Ces usages sont encore très répandus dans les régions de Lens, La Bassée, Fruges, Auchel, de même à Aire-sur-la-Lys, à Desvres, à Marquise, à Écourt-Saint-Quentin.
En maints endroits, la chandelle bénite est portée, le jour des funérailles, soit devant, soit derrière le cercueil. C'est généralement une femme du voisinage qui, vêtue de noir, se charge de ce pieux office. La cérémonie terminée, le cierge est rapporté à la maison mortuaire et conservé avec d'autant plus de respect que le souvenir d'un défunt regretté y est désormais attaché. Il en est ainsi, notamment, dans la région de la Bassée.
Des personnes pieuses, lorsqu'elles ensevelissent un mort, aspergent le linceul de quelques gouttes de cire de la chandelle bénite (à Marquillies) ou font couler de la cire dans le cercueil (à Aire-sur-la-Lys). D'autres, en cas de maladie de quelqu'un des leurs, font couler de la cire bénite dans de l'eau qu'elles lui font boire (à Desvres, à Fruges).
L'habitude d'allumer la chandelle bénite de la famille en cas d'orage n'a pas complètement disparu, paraît-il. On la retrouve dans quelques maisons, dans la région d'Aire-sur-la-Lys en particulier, mais elle se perd plus rapidement que celles qui se rattachent aux cérémonies funéraires.
De même, il se trouve peut-être encore des paysans pour croire qu'en allumant la chandelle bénite sous le ventre de leurs bestiaux ils les préserveront du mauvais sort. Mais je n'ai pu recueillir aucun fait attestant la persistance de cette croyance. Jadis, les chandelles bénites étaient toujours faites de cire d'abeilles. Elles devaient coûter relativement cher. C'est peut-être pour cette raison que des familles croyantes mais pauvres n'en avaient pas toujours une à la maison, et empruntaient, en cas de maladie grave ou de décès, celle d'une famille du voisinage. À présent, les cierges proprement dits sont souvent remplacés par de grandes bougies.
Le cierge familial n'est pas seulement allumé aux jours d'angoisse ou de deuil. Dans certains villages, l'usage veut aussi qu'il précède le nouveau-né qu'on porte à l'église pour le baptiser. C'est un enfant de la famille, le « parrain » ou la « marraine à la la chandelle » qui tient le cierge à l'aller et au retour. Cette tradition est respectée notamment à Busnes (près de Lillers), à Delettes (près d'Aire-sur-la-Lys), à Rebreuve (près d'Houdain).

Festin de la Chandeleur.
La Chandeleur est essentiellement une fête de femmes. Sa signification religieuse explique ce caractère, qui est particulièrement souligné dans la région d'Arras. Ainsi à Oisy-le-Verger, la messe de la Chandeleur, demandée par les « mairesses » est célébrée pour toutes les femmes de la paroisse. De même, à Berneville, à Simencourt, autres villages des environs d'Arras, il y a une grand'messe, pour les femmes. Ã l'issue de la cérémonie, la mairesse remet à son successeur la « chandelle de la Sainte Vierge » qu'elle a gardée pendant un an. Puis les femmes dit village se rendent chez la mairesse sortante, qui leur offre un repas copieux. On y admet bien quelques hommes, mais c'est surtout une réunion de femmes, où l'on bavarde et où l'on s'amuse jusqu'à une heure assez avancée.
Cette façon de célébrer la Chandeleur, par une messe suivie d'un festin, est assez conforme aux traditions des fêtes artésiennes. Il en est, d'ailleurs, de celle-ci comme de beaucoup d'autres : sa signification religieuse est de moins en moins familière au plus grand nombre, et, dans bien des endroits, dans les villes, dans le pays minier, l'usage du cierge de la Chandeleur tend à se perdre.

Les crêpes de la Chandeleur.
En revanche, le 2 février ramène une coutume gastronomique à laquelle le Pays d'Artois et les régions voisines restent, dans l'ensemble, très fidèles. C'est celle de faire des crêpes, dans la soirée.
Dans toute la région minière, l'habitude est générale. À Harnes « on fait des crêpes dans toutes les maisons. » Il en est à peu près de même à Bruay, Lens, Auchel, Divion, Sains-en-Gohelle, Angres, Avion, Wingles, Béthune, Hénin-Liét**d, Billy-Montigny, etc. À Lumbres, Esquerdes, Ecques (région de Saint-Omer) on en fait dans beaucoup de familles. De même à Lillers, Ames, Burbure, Aire-sur-la-Lys, et aussi à Desvres, Marquise, Le Portel (Boulonnais), à Calais, à Berck, et enfin dans toute la région d'Arras : à Croisilles, Saint-Léger, Oisy-le-Verger, Neuville-Bourjonval, etc. Dans quelques villages, pourtant, cette tradition n'existe pas ou a disparu. Ainsi à Thérouanne, à Pressy-lès-Pernes, quelques familles seulement font des crêpes à la Chandeleur. Sans doute, c'est souvent par gourmandise qu'on tient à ne pas abandonner le vieil usage. Néanmoins, bien des femmes, et peut-être aussi des hommes ? - croient encore, sans vouloir toujours l'avouer, qu'il faut faire des crêpes le jour de la Chandeleur pour avoir du bonheur toute l'année : « Faire des crêpes à la Chandeleur, c'est du bonheur » dit-on à Aire-sur-la-Lys, et ailleurs.
Plus souvent, on dit qu'il faut faire des crêpes ce jour-là « pour avoir de l'argent toute l'année. » Mme T. originaire de Barlin (région de Bruay), m'a dit, cette année, avec conviction « Je ne manquerai pas de faire des crêpes à la Chandeleur, pour avoir « de l'argent et du bonheur toute l'année ». À Lillers, on veut avoir « du pain et de l'argent ». Certaines pratiques dont je parlerai plus loin semblent indiquer qu'à l'origine ce qu'on voulait obtenir, en accomplissant les gestes traditionnels, c'était l'abondance, une assurance contre la disette. Puis, l'argent représentant de plus en plus, - en temps ordinaire tout au moins -, le moyen de se procurer tous les biens matériels, on a demandé au vieux rite « de l'argent » et non plus « de quoi manger »

Il ne suffit pas, du reste, pour être exaucé, de faire des crêpes et de les manger, ainsi que pourraient le supposer les non-initiés. Et d'abord, chacun doit faire cuire et faire sauter adroitement au-dessus du feu « sa » crêpe, celle qu'il mangera. On y insiste à Auchel; Angres, Wingles, Marquise… Malheur à qui la laisse tomber par terre ou dans les flammes C'est un présage fâcheux pour toute l'année, dit-on à Bruay, à Lens, à Hénin-Liét**d, et ailleurs. Celui qui fait sauter sa crêpe le plus haut sera particulièrement favorisé par la chance, affirment les gens de Desvres. Ce n'est pas tout. Il faut, en accomplissant ce petit exploit culinaire, avoir de l'argent sur soi, dans sa poche ou dans son bas (à Auchel) : « Avoir cinq sous dans sa poche » précise une vieille formule encore répétée à Pressy-lès-Pernes.
À Ames, l'opération se complique il faut retourner la première crêpe, en tenant une pièce d'argent dans la main (laquelle ?).
À Calais et dans plusieurs villages du Boulonnais, on cuit la première crêpe de la Chandeleur en faisant brûler le gui de la Noël. Cela porte bonheur.
À Lumbres et dans toute cette région, on recommande aux femmes mariées de tremper leur alliance dans la pâte à crêpes, toujours pour avoir du bonheur.

Mais la coutume la plus curieuse est celle qui consiste à conserver la première crêpe confectionnée dans la soirée jusqu'à la Chandeleur de l'année suivante. Voici quelques témoignages à ce sujet : « Ma grand-mère, après avoir fait un signe de croix sur la pâte, faisait une crêpe, elle la laissait refroidir, la roulait minutieusement dans un papier, et la jetait sur l'armoire, après avoir enlevé celle de l'année précédente et l'avoir brûlée. Et cela pour avoir toute l'année l'armoire à provisions bien garnie. Elle en faisait autant tous les ans, depuis son mariage. Elle avait pris cette habitude à Écoivres, petit village près de Mont-Saint-Éloi. » (O. Dupuich, élève-maîtresse de l’École normale d’Arras). « La première crêpe doit être conservée jusqu'à l'année suivante, afin de préserver la famille de la misère. L'an d'après on la brûle, dès que la première nouvelle crêpe est cuite. » (S. Lombard de Lillers). « On conserve une crêpe jusqu'à la prochaine Chandeleur, afin d'avoir de l'argent et des œufs toute l'année » (R. Bernard d’Avion).
« La première crêpe n'est pas mangée. On la met dans un papier et on la place en haut d'une armoire. On est sûr ainsi d'avoir de l'argent toute l'année. Bien qu'en réalité on n'y croie plus beaucoup, il est peu de maisons où on laisse passer ce jour sans faire des crêpes et sans accomplir ces rites. » (T. Brunet d’Harnes).
Ailleurs, on dit plus vaguement qu'il faut conserver une crêpe jusqu'à l'année suivante parce que cela porte bonheur.

Mais cette crêpe, gardée soit dans du papier, soit dans une boîte, se conserve-t-elle en bon état ? Pas toujours, je pense. Cependant, certaines personnes prétendent que la crêpe de la Chandeleur ne moisit pas. Une brave fille un peu naïve a affirmé à Mlle D. d’Arras, qu'elle avait vu des crêpes d'une année parfaitement conservées. Elle n'était pas loin de croire à un miracle. J'imagine que la composition de la pâte, le degré de cuisson, et l'état hygrométrique de l'air de la pièce où l'on garde la crêpe contribuent à son altération on à sa conservation en plus ou moins bon état.
Les Porteloises ont des traditions particulières. Là, il faut que la précieuse crêpe soit lancée avec adresse de la poêle sur l'armoire. Si elle s'aplatit sur le sol, c'est mauvais signe. Enfin, les vieilles femmes du Portel mettent dans leur porte-monnaie un peut morceau de crêpe de la Chandeleur qui doit leur porter bonheur et les préserver en particulier de se trouver sans le sou dans le cours de l'année. Quelques personnes en font autant à Calais, à Divion, à Burbure. Le morceau de crêpe, - si tant est qu'il en reste, - doit être remplacé au bout de l'année.

En somme, tandis que pour les personnes pieuses la Chandeleur signifie essentiellement la Bénédiction des Cierges, protecteurs des foyers, pour le plus grand nombre, - et même dans bien des familles qui n'ont pas abandonné toute pratique religieuse, - le mot Chandeleur évoque d'abord et surtout une tradition gourmande accompagnée de croyances superstitieuses plus ou moins assurées. L'habitude de faire des crêpes en famille le 2 février et d'en conserver une jusqu'à l'année suivante, - que nous retrouvons un, peu partout dans notre région artésienne, - n'est certainement pas liée à l'ép*sode de la vie de la Sainte Vierge que l'Église fête ce jour-là. Il y a tout lieu de croire que nous sommes en présence d'une coutume antérieure au Christianisme. Comme toutes les coutumes d'origine agraire, elle a la vie dure. La cérémonie religieuse de la Chandeleur a perdu une grande partie de ses fidèles la vieille pratique païenne garde les siens, qui continuent à demander aux rites séculaires la prospérité et le bonheur.

Dictons relatifs à la Chandeleur cités dans la région artésienne.
« À ch' Candéyer, on est à mitan garnier », c'est-à-dire qu’on est arrivé au milieu du grenier et on a consommé la moitié des provisions, du grain en particulier, sur lequel il faut vivre jusqu'à la prochaine récolte.
« À la Chandeleur, l'hiver s'arrête ou prend, rigueur » ; « Quand la Chandeleur luit, l'hiver quarante jours s'ensuit » ; « Quand le soleil luit à la Chandeleur, croyez qu'encore un hiver vous aurez ». On s'attend à une mauvaise période, froid intense ou pluie pendant six semaines si le soleil a luit sur les chandelles pendant la bénédiction et la procession.
Enfin, on prétend que le jour de la Chandeleur a lieu le mariage des petits oiseaux !"

Souvenir personnel. Ma mère, originaire de Linghem, née en 1926, gardait la première crêpe de la Chandeleur en haut d'une armoire. Elle était intacte un an plus t**d !

Pas-de-Calais décalé, 1er février 2026

La Saint-Nicolas avec Edmond EdmontLe Cercle historique du Ternois à Saint-Pol-sur-Ternoise et l’Agence régionale de la ...
06/12/2025

La Saint-Nicolas avec Edmond Edmont

Le Cercle historique du Ternois à Saint-Pol-sur-Ternoise et l’Agence régionale de la langue picarde unissent leurs efforts pour faire de 2026 « l’année Edmond-Edmont ». Né en 1849, décédé le 22 janvier 1926, Edmond Edmont fut un historien, un dialectologue, un poète, un prosateur, un maire aussi. Il fut le chantre du patois saint-polois, publiant durant trois décennies des chroniques dans le journal L’Abeille de la Ternoise. En 2026, sont prévues entre autres une réédition de son Lexique saint-polois – Alain Dawson rend l’ouvrage accessible au grand public ; un numéro spécial de la r***e Ternesia ; la publication de ses « savoureux » Par chi par lo : scènes de la vie quotidienne dans le Ternois au début du 20e siècle.

En ce 6 décembre 2025, voici la Saint-Nicolas vue par Edmond Edmont en 1902.

Il y sont pour cho arrivés, ch'z éfants, à ch' grand jour qu'il aspirt' edp*s des s'mânnes, à ch' grand jour eq' chés manmans qu'is leurs prêcht' edp*s si longtemps ? Aoui, mes gins, os y semmes edp*s à ch' matin, à Saint Nicolas. Ech grand saint il o passé à nuit dins tous chés maisons du qui gn'o d'z éfantà, aveuque sin baudet querqué d' toutes sortes ed biaux jus, ed toutes sortes ed chucates, ed pain n'épices et p*s cor ed baudets d' Saint-Nicolas, comme on sait cor n'in faire à Saint-Pô - voir document joint.
Os n’ n'nons tartous eu dins nous solets, in étant jônnes, os n’ n'nons tartous mingé, os s'en n’ n'avons tartous pourléqué !
Mais tout cho qu'il apporte ed bon, Saint Nicolas, ch'est seulement pou ch'z éfants qu'il ont été saches à l'école et p*s cor à lu mason, ch'est pou eux seul'mint qu'ech grand saint qu'i déquerque dins chés qu'minèes des tambours, des trompettes, des bell'é droules, des bébés, des biaux poroginelles, des fusiques, des p*stoulets, des sabes, des ménaches, des régimints d'soldats, des turlututus, des bidets, des maguettes, des bonhommes ed chuque et toutes les mille jus qu'on peut invintionner !
Mais... gare à chti-lo qui n'o poent été sage ! gare à chti-lo qui n'veut poent se laicher laver ! gare à chti-lo qui fait des grènes pour li poent aller teimpe à jouque ! gare à chti-lo qui n'est tout jusse bon qu'à faire arrabier sin père et p*s s'mère ! I peut compter qu'in plache d'avoir dins s'cauche des chucates, et p*s cor des biaux jus comme tous chés-lo qu'ej' viens d'parler, el baudet d’Saint-Nicolas i li laich'ro tout jusse des crottes, eune pugnie d'vergues et p*s cor un martinet, cho ch'est seur.
Et ch'est qu'is n'sont fin asseurés, do, tous chés mioches, del passache ed Saint-Nicolas et p*s cor ed sin baudet ! J'en’ n'intindoès deux orains qui n'in parleutt’ après l'école. Gn'in avoèt un qui dijoèt à l'aute :
— Hinhouin ! Saint Nicolas, ch'est mie vrai ; ch'est chés manmans qui l’mett’ eux-mêmes, ech chuque.
— Hinhouin ! qu'il o répondu l’aute, marche toudis ! Vo, Saint Nicolas, il est pus capabe eq’ ti.
Et ch’est qu’os étemmes fin bien d’echl’ avis-lo étou, do, in étant jônnes ! Mais, pour nous autres, dù qu’ch’est qu’il est invoè, ch’temps-lo ? Dù qu’il est l’temps qu’on alloèt porter des bottes ed foin et p*s cor des carottes edzous l’mantiau d’chelle qu’minée, à côté d’sin chabot u bien dé s’cauche, pour qu’el baudet d’Saint-Nicolas qu’il y resse longtemps et p*s cor qu’il y mèche gramint d’jus ? Dù qu’ch’est qu’il est, l’temps d’auterfoès qu’on creuyoèt cho dur comme du fer, même qu’el velle on n’voloèt poent s’indormir edvant d’avoir crié d’tout sin pus fort dins l’buhot d’chelle qu’minée :
« Saint Nicolas, patron des écoliers,
Apportez-me du chuque dins mes pétits solets ! » !
Saint Nicolas, ch'est pas seul’mint l’patron d’tous ch’z hirchons, ch’est cor el patron d’chés garchonnals et p*s d’chés gaspiots, ch’est cor étou l’patron d’chés jonn’hommes, qu’is n’vach’té pus à l’école u bien qu’il y vach’té cor. El messe ed Saint-Nicolas, ch’est in leu honneur qu’a s’dijoèt, dins l’temps d’auterfoès comme asteure, même eq’ ch’étoèt des grands d’amon d’chés Frères qu’il alloètt’té faire ech pourchas dins Saint-Pô. Seul’mint, adont on n’cujichoèt poent toudis chés pus sages d’inter eux, pace jé m’ramintus fin bien, qu’eune année gn’in o eu deux, énon, qu’il ont eu l’toupet d’s’in aller boire eune bonne mitan d’leu pourchas dins chés cabarets d’el ville ; aussi, à l’breunetten il avoètt’té leu prônne, faut pas d’mander, eune prônne du premier liméro, jé n’vous dis qu’cho. Mais cho, os savez, ch’est pas les pânnes d’in parler, ch’est inter nous ; du cop, ch’a étè des garchons d’el ville qu’il l’ont fait, ch’pourchas d’Saint-Nicolas.
Mais bref à cho, parlons d’auter cose.
Amon d’chés Belgicains, à Saint Nicolas, ch’est l’même parel eq’ par ichi ; ch’z éfants is mett’té lu chabot, lu solet, u bien leu cauche dins chl’âte ed fu, pour eq’ Saint Nicolas qu’i leu rimpliche ed chuque, in avant soin d’placher à l’appoé un molé d’avânne u bien des carottes pour sin baudet.
Os veyez qu’ch’est cinsémint tout partout l’même ju. Et ch’est pas du jour d’aujourd’hui qu’on fête Saint Nicolas…

Pas-de-Calais décalé, 6 décembre 2025

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