17/07/2022
Festival d'Avignon - juillet 2022
Mes 7 coups de cœur
Un bon cru cette année pour le festival Off d'Avignon, la sélection fut difficile! Voici sept pièces qui vont certainement séduire les directeurs de théâtre, et que vous retrouverez probablement l'année prochaine dans les salles parisiennes..
1) Le prix de l'ascension
(De Antoine Demor et Victor Rossi)
Une comédie dramatiquement acide sur le pouvoir, mais tellement délicieuse... On suit deux étudiants, de leur sortie de l'ENA à la présidentielle. Joutes verbales, trafic d'influence, corruption... Des dialogues enlevés, plus vrais que nature. Pas une once d'humanité dans cette compétition sans merci. S'y rendre sans adolescent pour ne pas l'encourager à l'abstention...
2) Au non du père
(Ahmed Madani) création à Avignon
Pièce très originale construite autour de l'obsession d'une femme de retrouver son père qui ne voulait pas d'elle. Sur scène, autour d'une cuisinière, pendant qu'elle concocte fondant au chocolat et pralines, son récit et celle du metteur en scène se répondent...
On est captivé par cette histoire vraie aux allures de conte ou, comme d'habitude chez Madani, le spectateur est invité à participer... s'il le souhaite. Une ode à l'amour et au pardon.
3) Un ennemi du peuple
(D'après Henrik Ibsen, mise en scène de Guillaume Gras et la compagnie des animaux bizarres et véhéments)
Grand texte acide d'Ibsen sur la vérité, bâti sur la découverte d'un médecin : les bains thermaux de sa ville sont empoisonnés. Cependant, personne ne veut vraiment l'écouter, car toute l'économie de la ville et des familles repose sur l'exploitation de ces bains. La "majorité compacte" reste un mur devant lequel tout se fracasse. Jusqu'où dénoncer?
Le texte, fable christique qui vaut à elle seule le détour, est magnifié par une troupe vive qui nous tient en haleine, et une mise en scène contemporaine bien trouvée, sans coulisses. Une vraie réussite.
4) Les galets au tilleul sont plus petits qu'au Havre
(De Nicolas Chaigneau et Claire Laureau)
Quatre comédiens pour cette pièce drôle, créative et originale. Et plus profonde qu'il n'y paraît. Elle est créée à l'économie, avec mimes et dialogues elliptiques, dans la lignée des grands Jacques Tati, Patrice Thibaud et Macha Makeieff.
On retrouve de nombreuses situations vécues au quotidien : difficulté à quitter un dîner trop long, conflit qui dégénère à partir d'un sujet anodin comme la différence entre assiette creuse et à soupe, sensation d'être pris au piège à côté d'un importun qui raconte comme une logorrhée sa vie inintéressante...
Que celui qui ne retrouve pas ici ou là, sa mère, son conjoint ou soi-même, lance le premier galet.
5) Glenn: naissance d'un prodige
(D'Ivan Calbérac)
S'il y a cette année au festival beaucoup (trop?) de pièces biographiques qui relatent la vie d'une personnalité, celle sur Glenn Gould mérite le détour. On le suit de son adolescence avec une mère fusionnelle comme celle de Romain Gary, jusqu'à sa mort. Au côté de six comédiens remarquables, le spectateur est plongé dans la vie du pianiste génial et hypocondriaque qui fascine les foules mais détruit ceux qui l'entourent.
6) L'autre fille
(D'après Annie Ernaux, mise en scène de et avec Marianne Basler)
Les répercutions de la mort prématurée d'une grande sœur cachée sur la suivante sont parfois immenses. Ce récit très littéraire tente d'en cerner les raisons. Un seul en scène sur les secrets de famille, magnifié par l'écriture précise, la réflexion intelligente de l'auteur et le jeu de la comédienne. À fleur de peau, mâchoire tremblante, cœur au bord larmes, elle sait crâner parfois. On n'est pas étonné que Marianne Basler soit aussi la metteuse en scène de ce récit. Elle en incarne totalement la narratrice perturbée.
7) Lost in open Space
(Alexandre des Isnards et Charles de Saint Remy)
Amusant seul en scène avec Charlie Winner, cadre dynamique qui montre l'entreprise sous son mauvais jour, grâce à Vero la "chief happiness officer" végane, l'ordinateur qui recrute, le manager qui ne souhaite pas manager et envoie le salarié se faire coacher, le boss rétif au télétravail. Vous avez certainement croisé l'un d'eux....