Franchement, tu

Franchement, tu Compagnie de théâtre ethnographique fantastique

Photo prise sur le vif du programme Repairs (enfin un peu posée quand même) : Repairs, c'est ce programme qu'on a la cha...
13/11/2024

Photo prise sur le vif du programme Repairs (enfin un peu posée quand même) : Repairs, c'est ce programme qu'on a la chance de co-animer avec la Métropole d'Amiens et Stanislas Roquette, et qui permet à de jeunes artistes d'entrer sans perdre trop de plumes dans le métier – suivi de leurs projets, sessions de formation sur des thématiques administratives ou techniques précises, temps de répétitions, rencontre d'artistes inspirants. Très heureux que la Métropole d'Amiens nous fasse cette confiance de suivre depuis 3 ans cette jeunesse là.

A la salle où se réunissent les profs de la Maison Familiale Rurale de Conty (et c'est aussi la salle où on fête les ann...
17/10/2024

A la salle où se réunissent les profs de la Maison Familiale Rurale de Conty (et c'est aussi la salle où on fête les anniversaires), on a accroché un poster au mur : un gros rocher doré suspendu au dessus d'une falaise, retenu dans son équilibre précaire par on ne sait quoi, peut-être la volonté des moines birmans en robe safran à côté, peut-être les lois exceptionnelles de la physique, un genre de miracle aux causes floues (le propre des miracles, c'est le flou).

A la Maison Familiale Rurale, avec Raphaël Mathon et la compagnie Franchement, tu, on travaille avec les élèves sur les métaphores. Les raggazzi de Pasolini, mais au féminin en 2024 en Picardie, classes populaires avec trop de vie pour leurs petits espaces de grandes jeunes femmes.
- Les métaphores, vous voyez ce que c'est ?
- Oui. C'est des comparaisons sans le mot comme.
- Exactement. Ça vous arrive de ne pas réussir à exprimer précisément ce que vous voudriez dire ?
- Oui.
- Toutes ?
- Oui. Oui. Oui.
- Ça vous faire quoi ?
- C'est frustrant. Ça me met en colère. Ça me rend triste.
- Ça sert à ça, les métaphores. Des fois, les mots ne conviennent pas. Alors on prend des images. On arrive à exprimer ce qu'on ressent en faisant le détour par l'image. Et puis c'est frappant pour ceux et celles qui vous écoutent. On essaye ? Je vous fais une liste de 20 mots, vous prenez les 4 que vous préférez, vous me trouvez des images. C'est parti.
- Le travail, c'est le sourire d'une petite vieille qui ne sent pas très bon.
- La peur, c'est la silhouette de mon père qui s'en va à nouveau.
- La jalousie, c'est une vieille poupée en plastique sale qui me regarde.
- L'amour, c'est un four brûlant dont j'ai ouvert la porte.

Le surlendemain, avec notre groupe de randonneur.ses adultes, on mène pour la deuxième fois nos ateliers de poésie en forêt de Crécy, pas loin de la Baie de Somme. Il fait un temps radieux. On écrit des haïkus après trois heures de marche dans les odeurs de sous-bois.
Sous le soleil tiède
Les champignons en ronde
La sorcière veille.

Soleil doré comme un rocher birman.

Rentré depuis deux jours à Paris, et toujours la Géorgie dans la tête, les sanatoriums de Tskhaltubo, la Russie aux ague...
01/10/2024

Rentré depuis deux jours à Paris, et toujours la Géorgie dans la tête, les sanatoriums de Tskhaltubo, la Russie aux aguets, les élections législatives qui se profilent, et donc l'Europe ? Pas l'Europe. Et moi maintenant de retour, à préparer les élèves de Terminale au bac à Montreuil pour le Théâtre Public de Montreuil, à dessiner au Théâtre 13 avec Raphaël Mathon et Nicolas Gonzales des ateliers de poésie qu'on donnera autour d'Amiens, et demain passer au théâtre (à la Bastille, coucou Gurshad Shaheman), et après-demain encore (à Belleville). Mais toujours sous les paupières les vaches qui paissent, les réfugiés oubliés, les rues à noms de poètes, les avenues Staline, les théâtres en ruine. Somptueux, misérable, le passé qui se tortille encore, qui se prépare peut-être à renaître. L'ami Nicolas Gonzales me disait qu'après une immersion dans la dernière forêt primaire d'Europe en Pologne il avait pris une claque : « dans cette forêt primaire, 30% des arbres sont morts, mais en fait ils ne sont pas morts : les souches appartiennent à la forêt, elles vont se décomposer, elles alimentent la vie qui va naître. Il n'y a pas de mort. Il n'y a qu'un mouvement continu, et il n'y a que la hache des hommes qui est parvenue à rompre. » A Tskhaltubo, sur les marbres du sanatoriums, les figuiers faisaient déjà des mètres de haut sans qu'on comprenne où ils plongeaient leurs racines. Dehors, les vaches paissaient.

Depuis maintenant plus de trois semaines en Géorgie, toujours pour écrire sur l'Abkhazie, le pays manquant. Sur l'autoro...
26/09/2024

Depuis maintenant plus de trois semaines en Géorgie, toujours pour écrire sur l'Abkhazie, le pays manquant.
Sur l'autoroute vers l'ouest, à intervalle régulier, on lit « Sokhumi », la capitale de l'Abkhazie, à quelques centaines de kilomètres de Tbilisi. On n'y accède plus depuis 2008 et l'occupation russe. Les panneaux sont quand même renouvelés. Quand j'arrive au checkpoint, tout à l'ouest, après être passé par Gori (la ville de Staline) et Koutaisi, deux cars démarrent sous la pluie : ceux des rares Géorgiens restés en Abkhazie, qui repartent à Gali, petite enclave de l'autre côté, et disposent des laissez-passer adéquats. Je ne passe pas – et de toute façon, qu'est-ce que je verrai, si je m'approchais du pont, de la frontière officielle, si j'allais de l'autre côté ? Chacune des personnes que j'ai interrogées m'a déconseillé de passer en Abkhazie, l'ambassade, la Croix Rouge, les journalistes. Dans un mois, se tiennent les élections législatives, l'avenir européen ou russe de la Géorgie se joue en ce moment, pas la peine de jouer l'espion opportun en territoire occupé, les Russes seraient contents. Alors je reste de ce côté-ci de la frointière, je rencontre les déplacés abkhazes. Certains vivent encore à la campagne, dans des anciens centres aérés soviétiques, d'autres en marge des villes dans des sanatoriums abandonnés, d'autres dans des logements sociaux édifiés il y a trois ans mais qui se désagrègent déjà. Sur les routes que j'emprunte, les chevaux, les chiens et les cochons folâtrent, laissés à leur drôle de liberté champêtre.

Depuis deux semaines à Tbilissi, en Géorgie, à rechercher sur l'Abkhazie. ..A l'époque soviétique, l'Abkhazie est surnom...
17/09/2024

Depuis deux semaines à Tbilissi, en Géorgie, à rechercher sur l'Abkhazie. ..
A l'époque soviétique, l'Abkhazie est surnommée la perle de la Mer Noire. On raconte que lors de la répartition divine des territoires, les Abkhazes sont arrivés en re**rd (ils aiment rappeler qu'ils ont élevé la paresse au rang d'art), et Dieu les a trouvés sympathiques. Il leur a alors offert la région qu'il comptait se garder pour en faire son jardin. Une région fertile de mandariniers, de bougainvilliers, de plages, de montagnes et de lacs. L'Abkhazie est une splendeur entre le Caucase et la Mer Noire.
Fin des années 1980. L'Union Soviétique s'effondre, la Géorgie prend son indépendance. L'Abkhazie, soutenue (certains disent encouragée) par les Russes, réclame à son tour la sienne, et fait sécession de la Géorgie, avec qui elle est liée depuis plus d'un millénaire. C'est la guerre de 1991-1992, qui, entachée de massacres des deux côtés, se solde par le déplacement de 250.000 Géorgiens, soit 10% de la population du pays, à pied, à travers les montagnes. Les cadavres de civils jonchent les bas-côtés des chemins montagneux.
Depuis 2008, l'Abkhazie est officiellement occupée par les Russes. Elle compterait 240.000 habitants, dont la moitié d'Abkhazes ethniques (sur les documents d'identité officiels, l'Union Soviétique avait imposé la dénomination de l'ethnie de chacun de ses citoyens). L'autre moitié est composée de Russes, d'Arméniens et de Grecs. Quelques dizaines de milliers de Géorgiens vivent encore en Abkhazie, à Gali. C'est tout. L'indépendance de l'Abkhazie est reconnue par la Russie, la Syrie, le Venezuela et le Costa Rica, plus trois États micronésiens. Les Géorgiens n'ont plus le droit d'y pénétrer.
Si tu parles d'Abkhazie aux Géorgiens de quarante ans, les yeux s'humidifient instantanément. L'Abkhazie, c'est là où les oncles sont morts. C'est là aussi où se dressait le foyer, ou la villa de vacances. C'est le pays perdu. Le Moscou des "Trois Sœurs", un Moscou incendié, aux maisons occupées par qui vous avez combattu. ..
J'écris de la Maison des Écrivains de Tbilissi. Pendant les grandes purges des années 30, le poète Paolo Iashvili s'y est suicidé pour ne pas dénoncer son ami futuriste Titsian Tabidze, qui sera quand même assassiné ; s'y réunissaient les écrivains qui décidaient ensemble de qui était fidèle à la ligne officielle et qui ne l'était pas. De qui allait survivre et qui allait mourir. Les purges staliniennes suivaient l'annexion de la Géorgie par l'URSS en 1921, après trois ans d'indépendance et de social-démocratie.
A Tbilissi, on vit bien : le vin est bon, la bouffe aussi, on y danse, on y fait l'amour. La Géorgie, on s'en rappelle, c'est le pays de la Toison d'Or, de la magie de Médée et d'Aetes. Les immeubles sublimes s'effondrent, les vieilles vendent des figues. Celui qui se présente comme un étranger, les vieux lui parlent immédiatement en russe. Les jeunes, eux, s'y refusent, et parlent anglais.
Tbilissi est une ville intranquille, où, à un mois des élections législatives qui verront la Géorgie se tourner vers l'ouest ou la Russie, le manque s'appelle peut-être Europe, ou droits civiques, ou Abkhazie. Une ville où l'on se rappelle des poètes massacrés, où les rues prennent des noms d'écrivains et de chorégraphes. Une ville qui en chantant cherche à agripper son futur du bas d'une montagne qui ne s'écroule toujours pas, une montagne qui lui envoie ses chars.
La montagne presse son ombre sur la bouche de la ville. Le visage de la montagne est impassible, et soudain amical, et soudain brutal.

31/05/2024

Mardi et mercredi derniers, c'était les restitutions des travaux des options Théâtre du lycée Jaurès de Montreuil (les Terminales et les Premières), que Nicolas Kerszenbaum a la chance de suivre depuis une dizaine d'années avec le Théâtre Public de Montreuil. Ils travaillaient "Richard III" de Shakespeare, "Scènes de Violences Conjugales" de Gérard Watkins. Les ados touchaient au sublime : tu les voyais se dresser pendant deux heures, ces ados, ces bientôt adultes, et prendre en charge des émotions, des situations qui ne sont pas encore les leurs, mais qui pourront l'être, des endroits de fiction, d'élargissement de soi ; tu les observais faire ce don-là, celui d'une empathie avec un personnage, avec ce qui n'existe pas mais ce qui pourrait avoir été ou advenir ; tu les sentais, au sein de leur groupe, tenir cette générosité à 15 pendant deux heures. A ces instants, le théâtre devient une magie : celle invoquée par l'ouverture partagée tout azimut, par la multitude des traversées – traversées par le personnage de fiction qu'on défend, par la parole d'un auteur, par les partenaires sur le plateau, par les spectateur.rice.s dans la salle. Être soi, et à la fois infiniment plus : devenir légion. Immense, immense joie pour la compagnie que ce travail avec elles et eux.

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