03/09/2026
FERMETURE DES FERMIERS OCCITANS : LE CIMETIÈRE DES OUTILS DE PRODUCTION DE L'AVAL AGRICOLE SE REMPLIT !
Quelques semaines après la fermeture du Moulin du Dadou par InVivo à Saint-Genest-du-Contest c'est au tour des Fermiers Occitans, filiale d'Arterris, de baisser pavillon à Labruguière. C'était pourtant un fleuron reconnu qui avait remporté de nombreuses médailles au Salon de l'agriculture. 57 emplois en moins, et des contraintes et incertitudes en plus pour les producteurs de canards et poulets concernés. Le Tarn est-il en train de devenir le cimetière des outils de production de l'aval agricole ?
Cette situation interpelle le président de la Chambre d'agriculture du Tarn, Sébastien Bruyère, qui affiche son soutien plein et entier aux salariés qui vont perdre leurs emplois. Un coup dur de plus porté à l'économie du Tarn après les 26 emplois disparus au Moulin du Dadou. Il a adressé un courrier aux administrateurs d'Arterris, envoyé en copie au préfet et au président du conseil départemental. À lire ci-dessous :
M. le président d’Arterris, Jean-François Naudi,
M. le président du Pôle Agroalimentaire d’Arterris, Nicolas Cros,
M. l’administrateur d’Arterris, Christopher Régis,
Le Tarn serait-il en train de devenir le cimetière des outils de production de l’aval agricole ?
Après le coup porté aux 26 salariés du Moulin du Dadou, à Saint-Genest-du-Contest, il y a quelques mois seulement, j’apprends avec stupéfaction que c’est au tour des 57 salariés des Fermiers Occitans, à Labruguière, d’avoir découvert au cœur de l’été que ce fleuron de la transformation des volailles et des palmipèdes de notre département allait à son tour fermer ses portes définitivement.
Après InVivo, c’est donc au tour d’un autre groupe coopératif agricole, Arterris, de rayer de la carte tarnaise une de ses filiales agroalimentaires.
Au-delà du drame humain que sont en train de vivre les 57 salariés des Fermiers Occitans, qui dénoncent un plan de sauvegarde de l’emploi a minima et envers lesquels nous exprimons une solidarité totale et indéfectible, c’est un nouveau pan de notre économie rurale qui s’éteint. Et par voie de conséquence des agriculteurs qui voient leurs avenirs s’écrire en pointillé.
Si les producteurs de canards gras avaient déjà dû trouver une solution dans le Lot il y a un peu plus d’un an, c’est au tour des éleveurs de poulets sous label de se voir proposer, à la hâte, de nouveaux transformateurs, pour partie dans le Gers. Ils peuvent légitimement s’interroger sur les contraintes que cela va leur imposer à court terme, pour l’organisation de leur production et les prix qui leur seront proposés.
Mais l’inquiétude est encore plus grande pour le futur. Si les marchés des produits de qualité devaient encore se restreindre, qu’en sera-t-il des choix de ceux qui les ont accueillis aujourd’hui ? On peut légitimement se demander s’ils ne privilégieront pas leurs approvisionnements de proximité, au détriment des producteurs tarnais ?
Ces filières, qui ont eu et auront à affronter des crises dans les années à venir, sont pourtant essentielles à l’agriculture tarnaise, qui a besoin de s’appuyer sur une diversification de ses productions, et à la vie économique de nos territoires.
Encore une fois, les premières informations qui me remontent évoquent des problèmes de gestion et un besoin de restructuration du groupe coopératif Arterris. Ces arguments ont bon dos face à des éleveurs qui font, de leur côté, un travail remarquable pour proposer des produits de qualité, comme en témoignent les médailles obtenues régulièrement au Salon de l’agriculture par les Fermiers Occitans.
Ces dernières semaines, nous avons alerté le préfet du Tarn et ses services sur les craintes légitimes que les crises climatiques à répétition font peser sur l’agriculture tarnaise, mais aussi sur les outils de production de l’aval qui pourraient se délocaliser en se rapprochant de zones d’approvisionnements moins impactées. On s’aperçoit que cet argument sert aussi de façade à la réalité, qui s’explique souvent par une mauvaise gestion et de mauvais choix stratégiques non assumés par les groupes coopératifs.
Des coopératives qui, comme Arterris sur son site internet, se permettent pourtant d’afficher en grand et en gras leurs valeurs de solidarité et de performance. Il va falloir renouveler votre communication et la rendre plus en phase avec vos fermetures sur le terrain.
Par ce courrier, je souhaite également vous questionner sur la suite :
- Quelles sont vos intentions pour l’outil de production que vous fermez et quelles pistes de reprise ont été explorées de votre part ?
- Quel accompagnement avez-vous mis en place pour les éleveurs de volailles et de palmipèdes ?
- Quel avenir envisagez-vous pour les salariés et leurs familles des Fermiers Occitans qui ont consacré leur énergie à cet outil territorial et qui sont aujourd’hui victimes de mauvais choix ?
Je conclurai mon propos en me demandant également pourquoi vos administrateurs, pourtant tous des agriculteurs à la base et pour certains sont Tarnais qui plus est, n’ont pas alerté le président la Chambre d’agriculture du Tarn que je suis ? Il en va de même pour les élus de notre session qui représentent le collège des coopératives.
Dans l’attente de vos réponses, je vous prie de recevoir, Messieurs, mes salutations distinguées, bien que profondément heurtées par la manière dont vous traitez nos territoires et ceux qui y travaillent.
Sébastien Bruyère, président de la Chambre d’agriculture du Tarn