31/07/2024
Discours prononcé par M. le comte de Villeneuve préfet du département des Bouches-du Rhône pour l’inauguration de la statue du Roi René qui a eu lieu à Aix le 19 mai 1823 en présence de Son Altesse Royale Madame, duchesse d’Angoulême
«Madame,
Le jour où la ville d’Aix a le bonheur de posséder Votre Altesse Royale est, sans contredit, l’un des plus beaux qu’elle puisse consacrer dans son histoire déjà si riche en souvenirs. Cette antique Cité méritait une telle faveur par la joie si pure, si touchante, si unanime qu’elle fit éclater à la restauration des Enfants de Saint Louis sur le trône de leurs pères ; par la courageuse et inébranlable fidélité qu’elle leur conserva au jour des épreuves ; par le dévouement dont elle n’a cessé et ne cessera jamais de faire la plus honorable profession ; enfin, par tous les sentiments qu’elle éprouve et fait éclater devant la Fille de nos Rois venant combler les vœux d’une population digne de fixer ses regards parmi tant de villes rivales, en ce moment, de respect et d’amour.
Mais, lorsque Votre Altesse Royale veut bien présider à l’inauguration d’un monument élevé à la mémoire d’un des meilleurs Princes qui aient régné sur la Provence avant sa réunion au Royaume des Lis, sa présence jette sur cette intéressante cérémonie un éclat dont nous n’osions concevoir l’espérance et dont, bien moins encore, nous essayerons de peindre l’effet sur les âmes profondément émues d’un tel concours de circonstances.
Le Prince qu’après plus de trois siècles nous connaissons encore dans nos villes, comme dans nos hameaux sous le nom du Bon Roi René est, pour la Provence, ce qu’est Henri IV pour le Béarn, et ce que ce Monarque devint ensuite pour le reste de la France. Comme lui et comme le Roi que la Providence nous a rendu, comme Votre Altesse Royale et comme tout ce qui porte le nom de Bourbon, René d’Anjou, Roi de Naples et de Sicile, était issu du sang de saint Louis, et nos pères, en l’aimant comme le meilleur des Rois, étaient ainsi les instruments de cette Providence qui a voulu que l’éternelle union des Français à l’auguste Famille de nos Rois triomphât à jamais de tous les efforts par lesquels le crime essayerait de briser ce faisceau sacré.
Le nom de René, Madame, se trouve honorablement lié à tous ce qui se fait de remarquable pendant près de soixante années du quinzième siècle, si fécond en grands événements : combattant à côté de l’Héroïne d’Orléans, ses drapeaux furent toujours ceux de la France ; brave et loyal, généreux et franc, plein de dignité et de résignation lorsque la fortune trahit ses armes, des principes religieux constamment pratiqués lui offraient des consolations dans les malheurs politiques, dans les traverses que lui suscitèrent des ennemis puissants et dangereux, dans les chagrins intérieurs auxquels il fut en butte pendant sa longue carrière. En même temps que les sciences, les lettres et les arts furent pour lui un délassement utile, il encouragea l’agriculture, le commerce et l’industrie, et encore aujourd’hui nous jouissons de plusieurs cultures qu’il naturalisa dans ses États : toujours occupé du bien-être de ses peuples, il leur donna des lois, monuments impérissables de sa justice, de sa bonté, de ses lumières, de son désir de faire régner les bonnes mœurs et de sa charité envers les pauvres : tout, jusqu’à ces fêtes singulières dont il fut l’ordonnateur en même temps que l’historien, et qui, renouvelées devant vous, Madame, vous rappelleront quelques traits d’un siècle à la fois religieux et chevaleresque, tout concourt à rendre sa mémoire chère au habitants de ce pays, et Votre Altesse Royale sera témoin des transports qu’excite dans la ville qu’il habita si longtemps, la vue de son image révérée.
C’est ainsi, Madame, que nous savons aimer nos Princes : notre amour pour le Bon Roi René s’est encore accru de celui que nous portons à la Maison de Bourbon, qu’il aimait lui-même et à laquelle il était si digne d’appartenir.
Le Roi Louis XVIII, qui visita la Provence lorsque Sa Majesté en portait encore le nom ; Son Altesse Royale Monsieur, dont le voyage suivit de si près la restauration, et qui se fit adorer des bords de la Durance aux rives de la Méditerranée ; votre auguste Époux, auquel ce département eut plus d’une fois le bonheur d’offrir ses hommages et ses services ; la jeune et déjà si grande Princesse dont les premiers pas en France furent marqués sur cette terre, et qui apprendra à son Fils qu’une génération se forme ici pour l’aimer et pour le défendre s’il en était besoin ; tous nos Princes, Madame, savent qu’ils peuvent compter, à la vie et à la mort, sur les fidèles et bons Provençaux… Rien ne manque à leur bonheur, puisque Votre Altesse Royale daigne accueillir des hommages, des vœux qui sont portés à leur comble en cette solennité mémorable, qui laissera dans nos cœurs des impressions non moins profondes que les sentiments voués au bon Roi dont le monument va s’élever sous vos auspices, à ce bon René dont l’âme tressaille dans le séjour éternel, de ce qu’on fait pour honorer sa mémoire, de la bonté avec laquelle Madame daigne y prendre part, et de la certitude que les enfants de ces fidèles serviteurs qu’il affectionna tant pendant sa vie sont toujours dignes de leurs pères.
Vive le Roi ! Vive Madame !
Vive la famille royale !»
(Illustration présentée dans « Histoire de René d'Anjou, roi de Naples, duc de Lorraine et cte. de Provence », tome 3, 1476-1481, par M. le vicomte F.L. de Villeneuve Bargemont, chez J.J. Blaise éditeur, Paris, 1825)
#1825