16/06/2016
Sahab Koanda expose actuellement à la galerie Out of Africa de Sitges dans le cadre de l'expo AFRICAN RECYCL'ART du 8/6 au 7/8. L'artiste sera en juillet en résidence chez les galeristes Sorella Acosta et Jacques Collaer et réalisera pour le Club Hippique de Sitges une oeuvre monumentale: un cheval et son cavalier. Inauguration de cette oeuvre le samedi 16 juillet au Club Hippique.
SCULPTURE : SAHAB KOANDA
C'est trop brièvement que nous vous avions présenté SAHAB KOANDA en juin dernier... Prolifique et imaginatif, cet artiste ne cesse de produire de nouvelles sculptures ou mobilier ou encore mobilier-sculptures... Retour sur son travail avec en plus ses dernières créations...
Né en 1971 dans le village de Bissighin dans l’arrondissement de Sigh-Noghin, le jeune Sahab Koanda a fréquenté l’école coranique jusqu’à l’âge de 12 ans. Il entre ensuite dans la vie active d’abord comme manœuvre dans les chantiers de construction, ensuite comme apprenti-chauffeur dans le groupe Fadoul avec l’appui de son frère ainé, qui y était déjà employé. Il abandonna cette tache au bout de 5 ans pour se faire engager dans l’entreprise Oumarou Kanazoé (OK). Après 3 mois d’activités, il rompu son contrat pour des raisons personnelles. C’est de là, que l’idée d’une profession libérale lui illumine l’esprit ; celui de l’artiste qui permettra d’agir en toute indépendance.
Il se fait employé en qualité d’acteur- comédien dans une troupe théâtrale de jeunes au quartier tampouy (Ouagadougou). Des talents d’artiste plasticien commencent à se révéler en lui. Il s’affiche comme polyvalent dans le domaine artistique, s’initie à la danse traditionnelle et contemporaine, joue des instruments traditionnels comme le « Djem bé » tout en apprenant à les confectionner. Ses premières œuvres en tant que plasticien reposent sur des pièces collectées ça et là (vieilles semelles de tapettes en plastiques, morceaux de calebasses, sacs de jutes, balaies, vieilles écuelles, etc.) qu’il représentait sous forme de tableaux décoratifs.
D’artiste comédien au plasticien en récupération, Sahab Koanda ne manque pas d’embrasser autant de filières artistiques.
Sculpteur, peintre, musicien, designer, travaillant d’exposition en résidence d’artistes, au Burkina Faso et partout ailleurs dans le monde entier, l’artiste se fait par moment, conteur perpétuant la riche tradition orale de son pays.
Philosophie de sa création
Pourquoi l’art de la récupération ?
« L’art c’est l’art, la sculpture c’est la sculpture. Cependant, l’art de la récupération à beaucoup d’importance et d’enjeu pour la société moderne. » Dit l’artiste.
Sahab Koanda fait partie de la génération d’artistes plasticiens qui ont choisi de représenter des objets d’art à partir de matériaux de récupération. Si certains plasticiens utilisent des matériaux de base comme les sachets, les tessons de verres, les cornes et sabots d’animaux, etc. Sahab lui, a trouvé d’autres matériaux pour laisser libre cours à son imagination : les vieilles carcasses et pièces d’engins à deux roues. Cadres, cylindres, pistons, bougies, guidons, pignons, pédaliers, chaines de transmission, selles, réservoirs d’essence, garde-boues, pots d’échappement et biens d’autres sont les matériaux qu’il utilise pour représenter ses œuvres.
Et ce choix n’est pas un produit du hasard. Pour l’artiste, trois objectifs sont à l’origine du choix de la récupération.
Conserver et valoriser la richesse de la société africaine. A travers ses œuvres, il entend léguer aux générations futures, l’histoire de nos sociétés d’antan car, ne dit-on pas que : « quand un vieillard meurt en Afrique, c’est toute une bibliothèque qui brule ? » ;
Sensibiliser et promouvoir la protection de l’environnement, l’hygiène de vie et de la ressource naturelle ;
Contribuer à la promotion de la culture burkinabè à travers la récupération. Car produire une œuvre à base de la récupération, c’est produire un bouquin à l’intérieur duquel est peinte la société.
Roi de la récupération, ambassadeur et prince des poubelles, il fait des poubelles son dortoir et de leurs odeurs un déodorant. Lorsque les poubelles deviendront richesses, c’est que Sahab n’est pas loin.
Meilleur prix festival des arts plastiques 2012, l’artiste prône le développement culturel burkinabè, gage de tout succès. A l’instar des pays comme la chine et de japon qui ont connu un boum économique grâce à la promotion de la culture.
Pour lui, l’avenir de l’art au Burkina Faso n’est pas compromis. Mais les acteurs dans ce domaine, doivent résolument s’employer à faire la promotion des artistes afin qu’ils représentent dignement le Burkina Faso aux grandes expositions artistiques. Il estime que les artistes burkinabè doivent œuvrer à valorisé leur richesse culturelle partout et ailleurs dans le monde entier et partant montrer que l’homme noir n’est pas que consommateur mais aussi créateur.
Créations et thèmes abordés
S’inspirant de la nature et sans plan ni dessin préalable, l’artiste manipule le métal pour créer des personnages incongrus évoquant les beautés et les maux de la société. Entre ses mains, un boulon, une tige de métal, une vieille pelle se transforme en un objet d’art tels les effigies de paysan, de porteuse d’eau, de musicien, de danseuse, et biens d’autres.Grande
Les grossesses indésirées, les droits humains, les droits de l’enfant, la planification familiale, le grand banditisme, la corruption, l’amour maternel, la lutte contre le chômage, les us et les coutumes, l’eau et l’assainissement, l’hygiène de vie, sont autant de thématiques abordées dans ses œuvres.
Egalement, on rencontre dans ses œuvres, des portraits d’illustres personnalités qui ont marqués l’histoire du monde actuel mais aussi des représentations de l’espèce animale et végétale.
Sahab Koanda est un artiste qui est en perpétuelle voyage entre plusieurs mondes ; celui des humains, des eaux, de la forêt et des esprits. De ses chefs-d’œuvre se résume son destin. Etre aux multiples origines, il est à la fois humain comme le cheval à travers le symbole de sa « Harley Davidson », animale à travers le symbole de « lion du désert » et halieutique à travers la toute dernière création « la KS » au symbole de crevette.
D’acteurs comédiens à l’artiste plasticien en passant au promoteur artistique Sahab Koanda est toujours entre deux continents pour des expositions, des résidences d’artistes, des ateliers et prestations artistiques et cela depuis l’an 2000.