09/10/2026
[Inclusion politique des personnes handicapées]
La Plateforme Inclusive Society for Persons with Disabilities interpelle les partis politiques à quelques mois des élections
À quelques mois des élections municipales et législatives de février 2027 au Cameroun, la Plateforme Inclusive Society for Persons with Disabilities a donné un point de presse ce vendredi 9 octobre 2026 à Yaoundé, au siège de la Fédération camerounaise des sports pour déficients intellectuels, à Nkol-Eton. Elle y a exigé une meilleure prise en compte des personnes handicapées dans la constitution des listes électorales.
UN CONSTAT SANS APPEL
Selon les données désagrégées de l' Organisation mondiale de la Santé (OMS) citées par la Plateforme, au moins 16 % de la population camerounaise vit avec un handicap, soit environ 4 millions de personnes. Pourtant, leur présence dans les instances de décision reste marginale. L'on n'enregistre aucun député titulaire ni suppléant, aucun sénateur titulaire. Il n'y a qu'une seule sénatrice suppléante nommée, 14 conseillers municipaux sur 10 569, un seul maire sur 360 et deux conseillers régionaux.
Ces chiffres ont été présentés par Boniface Mvondo, Directeur exécutif de la Plateforme, qui a rappelé que plus de 32 000 personnes handicapées sont inscrites sur les listes électorales, chacune d'elles influençant son entourage (familles, amis, accompagnateurs, sympathisants). La Plateforme estime ainsi à au moins 200 000 le nombre de voix potentielles, un poids électoral que les partis ne peuvent plus ignorer.
DES ACQUIS À CONSOLIDER
Créée en 2011 dans le cadre du projet « Accessible Elections for Persons with Disabilities » et légalisée en 2012, la Plateforme fédère aujourd'hui 130 organisations, dont celles qui représentent les personnes avec une déficience intellectuelle, souvent les plus invisibles du débat public. Elle est membre titulaire du Forum africain des personnes handicapées depuis 2015 et de l'Organisation mondiale des personnes handicapées depuis 2016.
Son plaidoyer des dernières années a produit des résultats concrets :
- un sénateur suppléant handicapé nommé en 2013 et reconduit en 2018 et 2022 ;
- cinq conseillers municipaux handicapés élus en 2013, puis 12 conseillers et 2 adjoints au maire aux dernières municipales ;
- l'introduction progressive d'aménagements raisonnables dans le processus électoral ( rampes d'accès, étiquettes en braille, pochettes tactiles) ;
- des conventions de partenariat avec la CDHC (2014), le ministère des Affaires sociales (2023) et plusieurs communes, dont Mbalmayo, Maroua 3, Ebolowa 1er, Yagoua, Bafoussam 1er et Yaoundé 6.
DES REVENDICATIONS PRÉCISES
Dans sa déclaration du jour, la Plateforme s'appuie sur la Constitution, la Convention des Nations Unies relative aux Droits des personnes handicapées (art. 29), le Protocole africain sur les Droits des personnes handicapées, la loi du 13 avril 2010 portant protection et promotion des personnes handicapées et le Code électoral, qui impose de tenir compte des composantes sociologiques et du genre dans la constitution des listes.
Elle exhorte les partis politiques à :
- rendre leurs réunions, conventions et supports accessibles (langue des signes, sous-titrage, formats simples, bâtiments accessibles) ;
- placer au moins une personne handicapée parmi les cinq premiers noms des listes aux élections locales ;
- promouvoir les militants handicapés méritants à des postes de responsabilité ;
- adopter des circulaires incluant systématiquement les jeunes et les femmes handicapés dans la constitution des listes ;
- instaurer un quota pour les personnes handicapées au sein des formations politiques.
SM Julien Nga Ebede, conseiller municipal à Monatélé et responsable de la commission participation politique de la Plateforme, a également porté ce message. Son parcours d'élu local illustre ce que permet l'inclusion lorsqu'elle est effective.
DES PARTIS ET INSTITUTIONS À L'ÉCOUTE
La rencontre a réuni plusieurs personnalités, dont Anne Feconde Noah, porte-parole de l'honorable Cabral Libii, président du Parti camerounais pour la réconciliation nationale (PCRN), ainsi que Carlos Simplice Fokem, point focal suppléant - Droits des personnes handicapées à la Commission des Droits de l'homme du Cameroun (CDHC).
La Plateforme a annoncé une vaste campagne de sensibilisation sur la participation politique des personnes handicapées. Du 14 au 18 octobre, elle s'associera au ministère de la Communication (MINCOM) pour une campagne dédiée aux jeunes handicapés. Elle prendra ensuite le relais dès le 20 octobre, et ce jusqu'en décembre 2026. Elle a appelé les professionnels des médias à accompagner cette « campagne citoyenne » et annoncé qu'elle renforcera les capacités des candidats handicapés aux prochains scrutins.
« Œuvrer ensemble pour une société camerounaise inclusive » : c'est la vision que la Plateforme a réaffirmée, en demandant aux partis de passer, avant le dépôt des listes, des principes aux actes.
A.T.