19/10/2026
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FOUMBAN : AU-DELÀ DU RETOUR AU CALME, L’URGENCE DE RESTAURER LA CONFIANCE
Par Nji Nsounchiat Fit Mama
Les événements tragiques survenus à Foumban le samedi 17 octobre 2026, à la suite d’un accident impliquant un camion de transport et un véhicule de la gendarmerie, ont une nouvelle fois plongé cette cité historique dans une situation de vive tension.
Les affrontements qui ont suivi entre des conducteurs de mototaxis et des éléments de la gendarmerie ont fait, selon les informations disponibles, un mort et plusieurs blessés.
Au-delà de la compassion et de la solidarité dues aux victimes et à leurs familles, ce nouveau drame interpelle notre conscience collective et soulève des interrogations auxquelles nous ne pouvons plus nous soustraire.
Pourquoi les tensions entre certaines composantes de la population de Foumban et les forces de maintien de l’ordre semblent-elles devenir récurrentes ? Pourquoi des incidents ponctuels dégénèrent-ils aussi rapidement en confrontations collectives ? Et surtout, que faisons-nous véritablement pour prévenir leur répétition ?
Ces questions méritent d’être posées avec lucidité, responsabilité et sans esprit partisan.
UNE RÉCURRENCE DES TENSIONS QUI DOIT INTERPELLER
Les événements du 17 octobre ne constituent malheureusement pas un précédent isolé.
En avril 2022 déjà, Foumban avait connu de graves tensions entre conducteurs de mototaxis et forces de police, nécessitant l’intervention des autorités administratives et traditionnelles pour rétablir le calme.
Quatre années plus t**d, les circonstances sont différentes, mais certaines réactions présentent des similitudes préoccupantes.
Cette répétition devrait nous conduire à dépasser les seules explications circonstancielles pour interroger les rapports quotidiens entre les populations et les forces de sécurité.
Existe-t-il des frustrations accumulées ? Des incompréhensions persistantes ? Des pratiques de contrôle ou des comportements individuels susceptibles d’alimenter progressivement un sentiment de défiance ?
Il serait injuste de généraliser d’éventuels comportements répréhensibles à l’ensemble des forces de défense et de sécurité, dont il convient de reconnaître l’engagement et les sacrifices.
Mais il serait tout aussi imprudent d’ignorer les signaux révélateurs d’un malaise dans les relations entre les citoyens et ceux qui sont chargés de leur protection.
Lorsqu’une crise se répète, il ne suffit plus d’en identifier les déclencheurs. Il devient nécessaire d’en rechercher les causes profondes.
LE SULTAN-ROI DES BAMOUN, UNE AUTORITÉ MORALE AU SERVICE DE LA PAIX
Dans cette nouvelle épreuve, l’attitude du Sultan-Roi des Bamoun, Sa Majesté Mouhammad Nabil Mfourifoum Mbombo Njoya, mérite d’être particulièrement saluée.
Profondément ému et affecté par la perte de l’un de ses fils, le souverain a choisi de demeurer auprès de ses populations en colère, partageant leur douleur et les exhortant inlassablement à la retenue et à l’apaisement.
Sa présence prolongée, jusque t**d dans la nuit, son écoute et son engagement personnel ont contribué, avec l’intervention des autorités militaires et sécuritaires, au retour progressif au calme.
Cette attitude illustre, une fois encore, le rôle fondamental que peuvent jouer les autorités traditionnelles dans la préservation de la cohésion sociale et la gestion des crises.
Elle mérite respect et reconnaissance.
Mais elle appelle également une interrogation essentielle :
Pourquoi faut-il si souvent que le Sultan intervienne personnellement pour désamorcer des tensions que des mécanismes institutionnels efficaces de prévention et de dialogue auraient pu permettre d’anticiper ?
L’autorité morale du souverain constitue indéniablement un facteur majeur de stabilité. Elle ne devrait cependant pas devenir le recours systématique face aux insuffisances éventuelles des mécanismes ordinaires de régulation sociale.
Cette réflexion dépasse la personne du Sultan. Elle interroge plus largement l’articulation entre les institutions républicaines et les autorités traditionnelles dans la prévention des conflits.
LES ÉLITES FACE À LEUR RESPONSABILITÉ COLLECTIVE
Ces événements doivent également interpeller les élites politiques, administratives, économiques, intellectuelles et sociales de Foumban et du département du Noun.
Dans ces moments particulièrement sensibles, leur implication collective n’a pas toujours été suffisamment perceptible dans l’espace public, du moins au regard de l’ampleur des tensions et de l’émotion suscitée.
Sans méconnaître les initiatives qui ont pu être prises individuellement ou dans la discrétion, une mobilisation plus visible et concertée aurait certainement constitué un signal supplémentaire de solidarité et d’apaisement.
Il ne s’agit pas de distribuer des responsabilités ni d’alimenter une polémique sur les présences ou les absences.
Il s’agit plutôt d’interroger notre conception même du rôle des élites.
Leur responsabilité peut-elle se limiter aux actions de développement, aux initiatives sociales et aux interventions ponctuelles ?
Ne devrait-elle pas également s’étendre à la prévention des tensions, à la médiation et à la consolidation permanente de la cohésion sociale ?
Foumban dispose d’importantes ressources humaines et de personnalités influentes, dont les compétences, les réseaux et l’expérience pourraient être davantage mobilisés dans cette perspective.
La véritable responsabilité d’une élite ne se mesure pas uniquement à sa capacité à se mobiliser dans l’urgence, mais également à son aptitude à contribuer à prévenir les crises.
UN ENJEU DE STABILITÉ DANS UN ENVIRONNEMENT SÉCURITAIRE SENSIBLE
La récurrence de ces tensions est d’autant plus préoccupante que le département du Noun évolue dans un environnement sécuritaire qui impose une vigilance particulière.
Sa proximité géographique avec la région du Nord-Ouest, durablement affectée par une crise sécuritaire, constitue un facteur de sensibilité supplémentaire.
Dans ce contexte, la coopération entre les populations et les forces de défense et de sécurité représente une nécessité stratégique.
La prévention de la criminalité, la circulation des informations utiles et l’identification précoce des menaces nécessitent des relations fondées sur la confiance réciproque.
Or, une dégradation durable de ces rapports pourrait fragiliser les dispositifs de prévention et de protection.
La confiance entre les citoyens et les forces de sécurité ne constitue donc pas seulement une exigence de bonne gouvernance. Elle représente également un impératif de stabilité territoriale et de sécurité nationale.
L’autorité de l’État doit être respectée et les forces de sécurité doivent pouvoir accomplir leurs missions dans des conditions appropriées.
Mais cette autorité doit également s’exercer avec professionnalisme, discernement et dans le respect de la dignité humaine.
Inversement, aucune frustration, aussi légitime soit-elle, ne saurait justifier les violences contre les agents publics ou les atteintes à l’ordre public.
Ces deux exigences sont indissociables.
PASSER DE LA GESTION DES CRISES À LEUR PRÉVENTION
Le retour au calme après les événements du 17 octobre constitue une étape essentielle, mais il ne saurait être considéré comme une réponse suffisante.
Les circonstances du drame doivent être établies avec transparence et les éventuelles responsabilités déterminées conformément à la loi.
Au-delà, il apparaît nécessaire d’engager une réflexion structurée sur les mécanismes de prévention des tensions à Foumban.
Pourquoi ne pas envisager, sous l’égide des autorités administratives compétentes et en concertation avec l’autorité traditionnelle, un cadre permanent de dialogue et de prévention des conflits, associant les forces de sécurité, les représentants des transporteurs, les élites et les organisations de la société civile ?
Un tel cadre permettrait notamment d’examiner les difficultés rencontrées lors des contrôles, de promouvoir le respect réciproque des droits et obligations et de mettre en place des mécanismes de médiation avant que les tensions ne dégénèrent.
Il permettrait surtout de substituer à la gestion ponctuelle des crises une véritable démarche d’anticipation.
CONCLUSION : FOUMBAN MÉRITE PLUS QU’UN RETOUR PÉRIODIQUE AU CALME
Le drame du 17 octobre doit constituer un moment de réflexion collective.
Une vie humaine a été perdue, des familles sont éprouvées et une ville a vécu de nouvelles heures d’angoisse.
L’implication personnelle du Sultan-Roi des Bamoun, conjuguée à celle des autorités militaires et sécuritaires, a contribué à éviter une aggravation des tensions.
Mais nous ne pouvons nous satisfaire d’un cycle dans lequel les tensions éclatent, les populations se mobilisent, le Sultan intervient, le calme revient et les causes profondes demeurent.
Les autorités publiques, les forces de sécurité, les élites et les populations ont chacune une responsabilité dans la construction d’un climat durable de confiance.
Dans un environnement régional marqué par des défis sécuritaires majeurs, nous ne pouvons nous permettre de laisser s’installer une défiance persistante entre les citoyens et les institutions chargées de leur protection.
La paix sociale ne saurait reposer uniquement sur les interventions d’urgence, aussi déterminantes soient-elles.
Elle doit être construite quotidiennement, par le dialogue, la justice, le respect mutuel et l’anticipation.
La véritable réussite ne sera pas seulement d’avoir ramené le calme à Foumban. Elle sera d’avoir tiré de ce nouveau drame les enseignements nécessaires pour éviter sa répétition.
C’est à cette responsabilité collective que nous sommes aujourd’hui appelés.
Nji Nsounchiat Fit Mama
Source: Chefferie Bamoun de Douala