02/12/2025
📢 LA LOI DU CHAUFFEUR : Pourquoi le Cameroun préfère la musique au conflit.
I. Le Bus, Miroir de la Nation
Nous faisions le voyage de l'Ouest vers le Littoral.
Nous avions payé notre ticket, mais dans cette Nation, payer le prix n'est qu'un droit à l'attente. Nous avons dû attendre ce bus deux heures durant. Deux heures dévorées par le temps, sans excuse, sans un mot de la compagnie, qui tenait notre argent et méprisait notre attente.
Enfin, il arriva. Ce bus n'était pas un simple moyen de transport ; il était le microcosme du Pays. À bord, le peuple s'agitait : certains s'efforçaient de monter leur mayonnaise, d'autres voulaient combattre l'injustice.
II. Le Chauffeur, Maître du Temps
Une fois lancés, le contrat s'est dissous en caprices. Le Chauffeur s'est vite imposé comme le maître absolu, disposant de notre temps comme d'une monnaie volée. Il arrêtait le bus à sa guise. Chaque arrêt était un rappel que notre temps ne valait rien face à l'arbitraire du conducteur.
III. La Tragédie de la Dette Volée
Le drame survint lors d'un arrêt momentané. Au bord de la route se tenait l'image même de la survie : une Vieille Vendeuse, le visage buriné, offrant des épis de maïs bouilli. Le prix était de 150 Fcfa, mais le Passager ne possédait qu'un billet de 500 F. L'échange devait être rapide.
Mais le Motoboy, serviteur zélé de l'injustice, cria au Chauffeur : « Pars ! Vas-y ! »
Le Chauffeur, sans un regard, relâcha l'embrayage. La voiture commença à s'éloigner. La Vieille Vendeuse s'élança, tentant de suivre le bus. Elle n'a rien eu du Passager. Elle voyait le bus s'éloigner avec son espoir de survie – les trois cent cinquante francs qu'elle devait rendre.
IV. La Culpabilité Forcée et la Menace
Le Passager se retrouva les mains pleines. Il tenait l'épi de maïs bouilli, mais il était souillé par la dette. Il ne pouvait jeter ce maïs, car c'était jeter le travail et l'espoir de la Vieille Femme dans la poussière.
Un Voisin de Bus se leva, fustigeant le Chauffeur. Le Motoboy répondit par la menace physique : « Ose encore ouvrir la bouche malhonnête, et je te frapperai comme un gibier ! » Les passagers firent bloc, protégeant l'homme qui parlait. Le bus était au bord de l'explosion.
V. Épilogue : L'Allégorie du Pays
Mais le Chauffeur avait une arme plus puissante que la force : la Distraction. Il alluma la musique.
Une mélodie douce emplit l'espace. Un passager demanda d'en hausser le son. En un clin d'œil, tout se calma. L'indignation se dissout dans le rythme. Le maïs fut mangé sans être payé. La voiture se remit à rouler tranquillement.
C'est ainsi que se révèle la mécanique interne de la Nation :
Ce Bus est l'image exacte de notre Pays. Les Passagers sont le Peuple ; ils crient, montrent une solidarité éphémère, mais finissent par accepter la distraction pour éviter le combat.
Le Chauffeur et le Motoboy sont les Gouvernants. Ils exercent une autorité arbitraire, méprisent le temps des citoyens, et imposent leur loi par la menace physique ou la manipulation psychologique.
L'injustice n'a jamais été résolue. Elle a simplement été étouffée. Les victimes restent des victimes, et la vie reprend son cours. La seule chose qui change, c'est la musique.
❓ Question d'Engagement
Et vous, dans ce scénario, étiez-vous le Passager silencieux, le Voisin qui crie, ou celui qui a demandé de hausser le son de la musique ?