04/08/2026
La maquette : l'outil architectural que nous sous-estimons encore en Afrique
Lorsque l'on observe les plus grandes références mondiales en architecture, une chose saute aux yeux : malgré les progrès extraordinaires des logiciels de conception et de modélisation 3D, la maquette continue d'occuper une place essentielle dans le processus de création.
Au Japon, comme dans de nombreuses agences et écoles d'architecture à travers le monde, la maquette n'est pas considérée comme un simple objet d'exposition. Elle est un véritable outil de réflexion. Elle permet d'observer un projet sous différents angles, de mieux comprendre les volumes, les proportions, les relations entre les espaces et d'identifier des imperfections qu'un écran ne révèle pas toujours.
Il serait évidemment exagéré d'affirmer que la qualité de l'architecture japonaise ou occidentale repose uniquement sur l'utilisation des maquettes. Leur réussite est aussi le fruit d'une culture de la recherche, d'une formation exigeante, de l'innovation et d'une grande rigueur dans la conception. Mais la place qu'ils continuent d'accorder à la maquette montre qu'ils la considèrent encore comme un outil indispensable, et cela mérite notre attention.
L'Afrique, quant à elle, ne manque ni de talents ni de créativité. Nos architectes conçoivent des projets remarquables et nos écoles forment des professionnels compétents. Le véritable défi est peut-être ailleurs : avec l'arrivée des logiciels de CAO, de la modélisation 3D et des rendus photoréalistes, nous avons parfois tendance à croire que la maquette est devenue facultative, voire dépassée. Pourtant, un logiciel représente un projet. Une maquette permet de le comprendre autrement.
Elle facilite les échanges avec un client, aide les étudiants à mieux saisir les volumes, permet aux concepteurs de tester leurs idées et révèle souvent des problèmes de proportion, de circulation ou d'implantation avant même le début des travaux. Elle ne remplace pas les outils numériques, tout comme les outils numériques ne remplacent pas la maquette. Les deux sont complémentaires.
Le véritable enjeu n'est donc pas de choisir entre le numérique et la maquette, mais de savoir tirer le meilleur de chacun. Les pays qui excellent aujourd'hui en architecture n'ont pas abandonné la maquette avec l'arrivée des ordinateurs ; ils l'ont intégrée dans une méthode de conception plus complète.
Si nous voulons élever encore davantage la qualité de notre architecture, nous devons cesser de voir la maquette comme une simple exigence académique ou un objet de présentation. Nous devons la considérer pour ce qu'elle est réellement : un outil de pensée, d'analyse, de communication et de conception. Car avant de construire un bâtiment, il faut d'abord le comprendre. Et comprendre un projet passe parfois par le fait de pouvoir le voir... mais aussi de pouvoir le tenir entre ses mains.
Soy Issouf Bamba Vivien Bamba Philippe Bodou Samuel Antwi Bah-Awa Koné Brou