18/04/2025
Gbadolite, la princesse déchue
Bienvenue à Gbadolite,
ville née d’un rêve plus grand que ses habitants,
ville construite à coups de caprices présidentiels,
où les cocotiers ont poussé plus vite que les écoles,
où l’odeur du pouvoir planait comme un parfum importé de France.
Ici, les routes s’ouvraient sous les bottes d’un homme
qui croyait que l’éternité avait son adresse au Nord-Ubangi.
Gbadolite, capitale de rien mais d’un homme,
Mobutu, le léopard, le roi sans trône qui a mis la jungle en smoking.
Ici, il avait tout :
un aéroport plus moderne que celui de Kin,
un palais climatisé en plein bled équatorial,
des souterrains anti-nucléaires,
des jardins où les papillons volaient en rang militaire.
Mais maintenant…
les lions dorment dans les murs lézardés,
le marbre est fissuré,
et les salles de réception n’accueillent plus que la pluie.
Viens.
Avance dans les rues.
Tu verras des enfants jouer au foot devant les ruines,
en rigolant, sans savoir que là,
des présidents d’Europe ont mangé des crevettes en costume.
Gbadolite, c’est pas juste un fantôme.
C’est une leçon d’humilité.
Un endroit où les oiseaux chantent encore,
même si les microphones sont rangés.
Mais c’est pas mort, non.
Y a encore des rires.
Des écoliers aux uniformes froissés mais aux cœurs repassés.
Des vendeuses qui t’écoulent du poisson avec des punchlines dignes d’un slameur.
Des agriculteurs qui bossent là où jadis,
un jardinier arrosait les roses d’un dictateur.
Gbadolite, c’est la contradiction pure.
C’est le luxe effondré,
le silence bruyant de la mémoire,
le vert de la brousse qui reprend ses droits
sans jamais effacer les empreintes.
Et toi, touriste de vérité,
tu viens ici, tu regardes,
et tu comprends que le Congo,
c’est pas que Kin, Lubumbashi ou Goma.
C’est aussi ici, dans cette ville paumée,
où le sol chuchote encore en lingala impérial,
mais où l’avenir pousse, lentement,
entre deux briques,
avec des racines têtues.
Alors viens.
Pas pour voir des ruines.
Mais pour voir un peuple qui a survécu à l’orgueil des puissants.
Pour comprendre que même un palais abandonné
peut devenir une école du réel.
Gbadolite,
c’est pas le passé.
C’est une vérité.
Et ici, les vérités ne meurent pas :
elles se transforment.