08/26/2026
Le 26 août 1621, dans la petite colonie de Québec, Guillemette Hébert épouse Guillaume Couillard de Lespinay. Cette union est généralement considérée comme le premier mariage entre deux personnes françaises célébré et consigné en Nouvelle-France.
Guillemette, c'est la fille des premiers colons Louis Hébert et Marie Rollet. Elle est arrivée avec eux au printemps 1617. Lors de son mariage, Guillemette est très jeune, elle a environ 13 ans. Lui, a le double de son âge. Le mariage aurait été célébré dans la petite chapelle des Récollets, près de l’Habitation de Québec.
Il faut imaginer le décor : Québec compte à cette époque que quelques bâtiments, une poignée de familles françaises et une population européenne permanente encore minuscule. La chapelle est modeste et toute la colonie, ou presque, peut connaître personnellement les nouveaux époux. Même le fameux Samuel de Champlain était présent!
Après les noces, Louis Hébert accorde au jeune couple une parcelle de terre voisine de la propriété familiale afin qu’il puisse y établir son foyer. Ce mariage est pas juste un événement religieux : il participe à l’enracinement matériel et familial des Hébert et des Couillard à Québec... mais aussi de toute la colonie.
Le premier enfant connu du couple, Louise, naît en 1625, environ quatre ans après le mariage. Au cours des deux décennies suivantes, Guillemette donne naissance à dix enfants : Louise, Marguerite, Louis, Élisabeth, Marie, Guillaume, Madeleine, Nicolas, Charles et Catherine-Gertrude.
Guillemette et Guillaume demeureront mariés pendant près de 42 ans, jusqu’à la mort de Guillaume Couillard en 1663. Leur union donnera naissance à l’une des plus importantes descendances de la Nouvelle-France.
En 1648, on y retrouve leurs dix enfants ainsi que plusieurs personnes à leur service. Parmi elles se trouve Olivier Le Jeune, le premier homme noir connu à avoir été réduit en esclavage en Nouvelle-France. Encore enfant, il est amené de force à Québec en 1629, puis donné à Guillaume Couillard en 1632. Il demeure au service de la famille jusqu’à sa mort, en 1654. Le registre le désigne alors comme « domestique », mais aucun acte permet de confirmer qu’il aurait été affranchi.
Cette présence nous oblige à regarder le parcours de Guillemette dans toute sa complexité. Elle fut une femme ayant occupé une place importante dans la colonie, mais elle appartenait également à une famille aisée qui a profité du travail d’une personne réduite en esclavage. Le matrimoine ne consiste pas à remplacer les grands hommes par des femmes rendues irréprochables : il doit aussi raconter leurs privilèges, leurs contradictions et les systèmes auxquels elles ont participé.
Guillemette Hébert meurt le 20 octobre 1684, à l’âge d’environ 78 ans. Elle est inhumée auprès de son mari dans la chapelle de l’Hôtel-Dieu.
Elle laisse alors plus de 250 descendantes et descendants. Leur nombre serait aujourd’hui bien difficile à calculer. Une branche de la famille délaissera même le patronyme Couillard pour reprendre celui d’Hébert, contredisant ainsi la croyance voulant qu’aucune personne portant ce nom ne descende directement de Louis Hébert.
Son mariage est passé à l’histoire, mais Guillemette fut bien davantage qu’une mariée de la première heure. Propriétaire terrienne, gestionnaire d’un patrimoine considérable, donatrice, v***e capable de prendre ses propres décisions et matriarche d’une immense descendance, elle a participé activement à l’établissement de la colonie.
Une colonie dont elle a contribué à bâtir la suite, avec ses œuvres, ses biens, ses décisions… et les parts plus sombres de son histoire.