04/16/2025
Depuis que je suis tout petit,
j’essaie d’explorer le monde
en regardant
Je regarde
comment les choses poussent,
se transforment, puis s’effondrent
Comment
elles se lient entre elles,
en viennent à s’apprivoiser
et parfois à s’aimer
Enfant,
j’observais mon frère jumeau Maxime
faire toutes les erreurs possibles à ma place
je l’ai vu essayer, découvrir
et avec lui, j’apprenais
En le regardant être,
j’en venais surtout à me comprendre à travers lui:
moi
Simon
au-delà de Maxime
au-delà même de chaque personne rencontrée dans ma vie
À jeter en moi
ce même regard qui a soif de tout,
inépuisable,
tant que la racine des choses n’est pas atteinte,
tant que le monde tel qu’il est
ne m’est pas compris,
tant que je ne saurai qui je suis
dans toute mon essence
réduit à ma plus simple expression,
un concept,
une idée
le Soi
le Je
Et à force de trop vouloir me trouver,
le Je m’a perdu dans un nihilisme profond
Ce Je ne pouvait en aucun cas
être l’amalgame de mes souvenirs;
ils sont trop relatifs, modifiables et volatiles
Je ne pouvait pas non plus se trouver dans les aspirations et les valeurs,
parce qu’à force de trop se camper
dans le sur-moi,
on finit par oublier que c’est seulement
une pure construction de l’esprit
Je n’est pas non plus émotion
cette seconde peau
qui s’accroche à nous,
qui s’étiole, qui s’effrite
et menace de Nous briser
à chaque débordement
Ça ne peut pas être ça
le Je
le Moi
le Nous?
Je veut juste laisser sa trace
Je veux juste laisser ma trace
dans le monde
Mais j'ai rencontré un mur
ou plutôt un gouffre immense
cicatrisé en plein centre de ma psyché
J'étais là
échoué à côté de ce monstre abyssal
qui avalait systématiquement
toute raison d’être
tout sens fabriqué
et qui ne laissait
absolument
rien
Le vide
total
Et cette réponse-là
m'a fait terriblement mal
Comment est-ce que je pouvais,
dans l’essence même de mon être,
n’être
que rien?
Et après tous ces mois,
toutes ces années
à essayer d’apprivoiser tant bien que mal
cette boîte de pandore impossible,
j’ai fini par simplement regarder au fond
J’ai vu
les vestiges d’un monde que je pensais
avoir connu
L'angoisse existentielle
propre à la condition humaine
Mais j’ai surtout vu
que tout ce vide-là
ne demandait
qu’à être
rempli