08/05/2026
Et si on était entrain d'assister à la grande paix de la terre?
LA GRANDE PAIX DE MONTRÉAL — 4 AOÛT 1701 : UN ÉVÉNEMENT UNIQUE OCCULTÉ DE NOTRE MÉMOIRE NATIONALE
Il y a plus de 320 ans, aujourd’hui, se déroulait en grande pompe la ratification de la Grande Paix de Montréal, un événement charnière de notre histoire nationale qui mit un terme à près d’un siècle de guerre intermittente entre l’Alliance franco-autochtone et la Confédération iroquoise.
En ce jour historique, près de quarante nations souveraines signèrent le traité de la Grande Paix, constituant de facto une reconnaissance par les Français de l’indépendance des Premiers Peuples.
Ce fut un accomplissement extraordinaire de rassembler à Montréal pas moins de 1 300 délégués — venus d’aussi loin que la vallée du Mississippi, du nord du lac Supérieur, de l’Iroquoisie et de l’Acadie — et de surmonter de nombreux différends, marqués parfois par de vieilles et amères rivalités et querelles intertribales, pour s’accorder sur la signature d’un traité de paix sans précédent.
De l’ouest, il y avait notamment des Outaouais, des Cris, des Ojibwés, des Illinois, des Miamis, des Wyandots, des Mascoutins, des Outagamis, des Menominees, des Népissingues, des Amikwas, des Potéouatamis et des Winnebagos.
De l’est, étaient aussi présents des Algonquins, des Wendats, des Iroquois de Kahnawake ainsi que des Abénakis. Ces derniers parlaient probablement au nom de la Confédération Wabanaki qui incluait les Penobscot, les Passamaquoddy, les Wolastoqiyik et les Mi’gmaq, tous des alliés traditionnels des Français et des Acadiens.
Pour l’occasion, Montréal se transforma en une arène grouillante et colorée, où les cultures, les langues et les coutumes se mêlèrent dans un esprit de réconciliation. Plusieurs chefs, dont le mémorable Wendat Kondiaronk, partageaient le désir des Français de bâtir un climat harmonieux pour laisser le champ libre au commerce des fourrures.
Au regard des traditions politiques autochtones, la Grande Paix de 1701 fut un remarquable triomphe. Enfin, on enterrait la hache de guerre.
Certes, sous l’arbitrage du gouverneur général de la Nouvelle-France, cet accord de paix ne fut pas dépourvu de tensions ou de conflits limités, mais à compter de ce jour, elle fit cesser définitivement les guerres iroquoises au Canada. À l’aube du 18e siècle, les cérémonies historiques du 4 août témoignaient du brillant succès de l’entreprise coloniale française en Amérique du Nord.
Elles couronnaient aussi une approche de colonisation qui ne reposait pas sur l’occupation intensive de territoires et la dépossession des peuples autochtones, mais sur une alliance avec eux et une sincère adaptation à leurs coutumes diplomatiques. Malgré leur faible nombre, les Français et les Canadiens avaient bel et bien réussi à étendre leur influence à l’échelle du continent.
La Grande Paix de Montréal détermina, en partie du moins, l’histoire politique et militaire du Canada jusqu’à la fin du régime français et il ne fait aucun doute qu’ensemble, les Premières Nations, les Français, les Canadiens et les Acadiens furent les véritables fondateurs originaux de ce pays.
Longtemps occultée par un héritage colonial ayant refoulé sa dimension autochtone, la mémoire de cet événement unique dans les annales des Amériques évoque aussi l’envergure de notre histoire commune et celle de notre métissage, jadis profond et intime.
En ces temps d’éveil collectif à une histoire marquée par tant d’injustices subies aux mains d’un régime britannique passé maître dans l’art de diviser pour mieux régner, la Grande Paix de Montréal constitue un précieux legs de nos ancêtres — legs dont nous seuls pouvons tirer les leçons qui s’imposent, de même qu’une inspiration qui puisse, un jour, mettre un baume sur nos amitiés fondatrices.
Pour en savoir plus et se procurer le livre 𝑳𝒆 𝑵𝒐𝒖𝒗𝒆𝒂𝒖 𝑴𝒐𝒏𝒅𝒆 𝒐𝒖𝒃𝒍𝒊𝒆́ - 𝑳𝒂 𝒏𝒂𝒊𝒔𝒔𝒂𝒏𝒄𝒆 𝒎𝒆́𝒕𝒊𝒔𝒔𝒆́𝒆 𝒅𝒆𝒔 𝒑𝒓𝒆𝒎𝒊𝒆𝒓𝒔 𝑪𝒂𝒏𝒂𝒅𝒊𝒆𝒏𝒔 : https://marco-wingender.ca/
Crédit d’illustration : François Girard / Vidéanthrop