10/07/2026
Aujourd’hui, j’ai besoin de partager un peu de ma tristesse et de mon désarroi face à l’évolution de notre métier.
Cela fait douze ans que je tatoue, que je perce et que je m’investis dans
mon activité. Douze ans de passion, d’apprentissage, de rencontres, mais aussi de responsabilités, de charges et de sacrifices pour faire vivre
mon shop.
Et aujourd’hui, le constat est amer.
Je vois de plus en plus de personnes se lancer avec peu d’expérience, pratiquer des tarifs toujours plus bas et, parfois, dénigrer des professionnels qui essaient simplement de vivre honnêtement de leur travail.
Nous subissons déjà la crise comme tout le monde.
Cette course aux prix les plus bas fragilise encore davantage notre profession.
Un tatouage ou un piercing a un coût.
Derrière le geste, il y a du matériel, des bijoux adaptés, des consommables, des exigences d’hygiène, du temps, de l’expérience et un suivi.
Il y a aussi un local à faire tourner et des charges à payer.
Baisser les prix sans fin ne fait pas disparaître ces coûts. À force, en piercing, on se demande si l’on ne finira pas par nous demander de travailler gratuitement.
Nous n’avons pas tous la même réalité économique.
Exercer à titre complémentaire ou dépendre entièrement de son activité pour vivre peut laisser des marges de manœuvre différentes.
Mais quelle que soit notre situation, nous devrions garder le souci de pratiquer des tarifs qui respectent le travail accompli et la valeur du métier.
Les conventions aussi me laissent parfois un goût amer. Réaliser une pièce magnifique à un tarif dérisoire pour décrocher un prix ou gagner en visibilité, je trouve cela profondément regrettable. La reconnaissance mérite-t-elle que l’on brade autant son travail ? Quel message envoie-t-on ensuite aux clients sur le prix d’un tatouage ?
Je regrette aussi de voir moins de place laissée à la découverte de nos flashs et de nos univers. De plus en plus de demandes arrivent avec un projet généré par intelligence artificielle, déjà figé, avec l’attente de le reproduire tel quel. Cela peut donner le sentiment que notre regard, notre créativité et notre capacité à construire un projet personnel passent au second plan. Pourtant, cette rencontre entre une personne et un artiste fait aussi toute la richesse du tatouage.
Je respecte les personnes qui débutent, qui apprennent et qui cherchent leur place. Nous avons tous commencé un jour. Ce qui me peine, c’est le manque de respect entre collègues, le dénigrement et certaines pratiques que je ressens comme une concurrence déloyale. J’aimerais retrouver davantage de solidarité et une déontologie commune : respecter les clients, respecter ses collègues et assumer la valeur de son travail.
Après douze ans, ma passion est toujours là. Mais je suis triste de voir un métier auquel je tiens autant se fragiliser dans cette course permanente au moins cher et à la visibilité.
Derrière chaque shop, il y a une personne qui travaille, qui doute, qui paie ses factures et qui essaie de tenir. J’aimerais qu’on ne l’oublie pas. Et qu’on retrouve un peu de respect pour ce métier, pour celles et ceux qui le font vivre, et pour tout ce qu’il demande.
Bon c était une tartine mais je pense qu’on est plusieurs à avoir ce sentiment🥰 Sylvie