09/09/2024
« Personne ne sait combien de temps peut durer une seconde de souffrance »
Graham Greene
Non en effet, il serait bien inutile et surtout mal avisé de penser quantifier la souffrance, surtout celle d’autrui.
Ce que je reconnais derrière cette vérité qu'énonce l’auteur, c’est la sensation interminable qui imprègne les plus grandes douleurs de l’existence. Cumulé au fait que malheureusement bien trop souvent, ces interminables secondes de souffrance se succèdent et s’emboîtent.
Lorsque le corps se voit soumis à une douleur trop extrême, certains mécanismes permettent de s’échapper, de s’évanouir. Car il y a des limites à ce qu’il peut endurer.
Imaginez maintenant les douleurs psychiques, celles du cœur, celles de l’âme.
Quelles sont les échappatoires de l’esprit ?
Certains diront la crise ou la déconnexion pour ne pas dire la folie, pour les cas les plus traumatiques. Le traitement qu’on en fait aussi est différent. Pour des grands traumas, des professionnels sont déployés, la société et l’entourage seront généralement plus compréhensifs.
Mais quand est-il des souffrances qui se cumulent et qui oppressent, celles qui ne sont ni trop lourdes pour faire basculer soudainement l’esprit, ni trop fortes pour engendrer des crises marquantes.
Elles se déposent dans nos souvenirs. S’amoncellement. Des ombres de souffrance qui cohabitent avec notre quotidien. Certaines guérissent, d’autres s’enfouissent mais toutes ont cette particularité d’être uniques.
La souffrance ne devrait jamais se voir limiter par autrui, ni quantifier et encore moins comparer.
Souvent l’entourage tentent de comprendre, ou de limiter les paramètres de la souffrance. Car personne n’aime voir la souffrance. Elle nous éclabousse de sa laideur, on veut l’enrayer, on veut l’éloigner. Mais ce faisant, il arrive malheureusement qu’on l’augmente par nos réactions maladroites.
Il m’a été donné d’assister à un séminaire sur les traumas et les crises très récemment. L’essentiel de cette formation faisait état de la meilleure manière de répondre à la souffrance d’autrui. Par la présence et l’écoute. D’être simplement compatissant des douleurs et de recevoir le trop plein qui déborde de la souffrance. Surtout d’éviter de l’augmenter en tenant de la comparer ou de la résoudre.
Évidemment ce n’est pas donné à tous d’avoir cette réceptivité, cette empathie. Ce que j’en retiens cependant, c’est de ne pas vouloir endiguer ou résorber la souffrance d’autrui selon nos préconçues.
Rappelons que si une seconde peut sembler interminable dans la souffrance, il serait affreux d’en ajouter par des phrases, des mots et des gestes blessants, jugeant et maladroits.
Certes nous voulons aider et c’est compréhensible. Alors dans ce cas, soyons simplement cette oreille qui reçoit la tristesse, l’épaule qui soutient, la main tendu et qui retient celui qui se trouve au bord d’un précipice de détresse.
Cela me fait penser à un prophète de la Bible, Eli, qui s’est senti dépassé à un moment de sa vie. Il était accablé de chagrin, découragé, épuisé par la souffrance qui semblait sans fin. Il s’est assis au pied d’un arbre en criant à Dieu son désir d’en finir avec son existence.
Savez-vous comment Dieu a réagi ? Il ne l’a pas sermonné, ni adjoint à se relever. Non, il lui a fait parvenir de la nourriture et lui a dit de se reposer et de refaire ses forces. Simplement.
Parce que quand la douleur devient insoutenable, qu’elle s’accumule et s’accroche, ce qu’on a besoin c’est de refaire ses forces.
Une seconde à la fois.
On a besoin de support physique, mental, d’écoute et de présence. On a besoin de temps, pas compté, pas limité. Juste du temps pour que la douleur devienne soutenable. Pour refaire ses repaires.
Pour retrouver l’espoir.
On a besoin de se donner le droit d’avoir mal et le droit de prendre le temps que ça prend, pour que la seconde passe.
Gabrielle
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