10/14/2021
La mer des hommes
Bientôt deux ans, on and off sur la mer des hommes. À y travailler et vivre. D’un quotidien où je me retrouve seule - ensemble. À en oublier presque mon identité de femme. Je pense qu’être constamment entourée d’hommes a fini par me changer. Je m’imprègne, devenant peu à peu l’une d’entre eux. Parfois je pense mieux les comprendre. Parfois je me laisse surprendre, croyant pouvoir adapter mes interprétations ici à mes relations intimes avec les hommes. Menant à une totale incompréhension; d’un langage différent ou absent. Je ne sais plus. Si pour autant la vie sur l’eau est un challenge, elle m’apporte toujours d’importantes réflexions.
Présentement au Nord de l’île de Baffin, au Nunavut, on se prépare tranquillement pour notre descente vers Québec. En attendant, voici un extrait du travail portuaire.
- La vie d’marins -
Sur ces tank-remorqueurs
On m’appelle Jane of all trade
Petite équipe à son bord
Bientôt sept, attendant le Grand Départ
24/24, on y travaille, y mange, y dort
Pendant plus d’un mois - jour et nuit
C’est ce qu’on appelle; a forced family
Sur l’eau, le self-control j’ai appris
La cuisine méditative
Respirer l’isolement, comme la graisse de bacon
La sentir nous envahir et l’aimer quand même
Mais surtout chercher son air
À travers
Quant au travail à quai
L’engrenage à été activé
Chaque jour la même rengaine
Parfois la migraine
Des nuits débalancées
Vite, vite du café!
Dehors, le thermomètre a les montagnes russes
La neige a eu la peau des bateaux
La mine a une drôle de mine
Et la glace aura raison du temps
Le deadline est setté
Il faudra se presser
Y’en a encore sept à loader
~
Time’s up, je sors dehors
Faut attacher l’amarre
J’ai sorti assez de lousse
Traversant l’side hull, sans frousse
On m’garoche un messenger
Watch out - watch out
Not really delicat
J’ai fait le plus beau des noeuds de chaise
Ils hissent, «ho hisse»
On s’échange un signe de X
Bien attachés
Le bateau qui était ancré
Ira s’amarrer
~
Voici la danse
Où remorqueurs portent assistance
À ces géants des mers
Venus chercher du fer
Une danse où je me vois
Mais où mon âme se noie
Ni abreuvée d’océan
Ni réchauffée par la terre
J’ai le mal du portuaire