17/04/2026
(4)Voici la suite du récit de ma première campagne toujours active!
Le sable humide et gris de l'île s'enfonçait sous leurs bottes avec un bruit spongieux. Entre les falaises de basalte qui semblaient monter jusqu'aux cieux et l'océan qui grondait dans la brume, les cinq aventuriers se sentaient minuscules, comme des grains de poussière sur l'échiquier d'un dieu disparu. Le silence de la brume avait englouti le dernier souffle du Brise-Fer plus loin vers le nord, ils ne voyaient que la falaise se perdre dans la brume.
« Ce chant... » murmura Adélaïde, brisant le silence. Elle avança arc en main, les yeux fixés sur la paroi rocheuse. « Ce n'était pas de la magie de la nature... Ce n'était pas naturel. »
Orcemera ne la regarda même pas. Ses yeux fouillaient les rochers. « Ce n'était pas de la magie, c'était autre chose.. La corruption change la nature même de la vie ici. Shako et ses hommes n'ont pas été attirés, ils ont été charmés.. »
« Ils sont morts pour que nous puissions arriver ici, » trancha Arayan d'un ton glacial. « Ne gâchez pas ce sacrifice en débattant sur la magie ou la nature. On a une mission. »
Trazk grogna, froissant son épaule là où capitaine Shako l'avait frappé.
« Sacrifice ou non, on est seuls maintenant. Et sans navire pour nous ramener. »
Calypso aperçut une lueur au loin, à travers le brouillard sur le rivage vers le sud. "Regardez", dit-il, pointant le rivage. « À travers la brume, ce doit être le village, nous devrions nous y rendre.
Le groupe d'aventuriers acquiesça et se mit en route vers le faible point lumineux au loin. Après quelques centaines de mètres, trois silhouettes émergèrent lentement du rideau de brume. Elles se tenaient sur la rive, leurs formes floues se découpant contre la faible lueur du village au loin.
Calypso, frappé d'une impulsion, distança ses compagnons de quelques mètres, poussé par ce besoin viscéral de trouver des réponses Peut-être une trace de cette "lumière" promise par la créature qui l'avait envoyée sur cette quête, il leva une main ouverte en signe de paix.
« Hey! » Appela-t-il, sa voix s'étouffant dans le brouillard. « Nous avons fait naufrage. Est-ce que ce sont les lumières du village que nous voyons au loin ? »
Les silhouettes ne répondirent pas. Elles commencèrent à marcher vers lui d'une démarche lourde, désarticulée. À mesure que Calypso s'approchait, l'odeur d'un mélange écœurant de marée basse, de chair décomposée et de sel atteint ses narines.
Ce n'étaient pas des survivants, ni des villageois.
Leurs corps étaient monstrueusement boursouflés, leur peau tendue par l'eau de mer jusqu'à devenir translucide et bleutée. Leurs yeux, vidés de toute humanité, brillaient d'un éclat vitreux, de leurs bouches entrouvertes s'écoulait un liquide noir et poisseux et leurs vêtements n'étaient plus que des lambeaux collés à des chairs gorgées d'eau.
« Calypso, recule ! » Rugit Trazk en dégainant son arme.
Les trois zombies accélérèrent soudainement, leurs mains enflées se tendant vers l'avant, comme s'ils essayaient d'attraper le sorcier.
Calypso réagit instinctivement, reculant d'un pas, il projeta ses mains en avant. Une sphère de givre crépitante jaillit de ses paumes, venant s'écraser avec un bruit sourd sur le visage boursouflé du premier zombie. La mâchoire de la créature se figea instantanément dans un bloc de glace bleutée, étouffant son râle fétide.
Avant que le mort-vivant ne puisse s'en remettre, Arayan surgit de la brume comme une ombre vengeresse. Sans un mot, il lança deux dagues avec une précision chirurgicale. Les lames s'enfoncèrent profondément dans le torse durci par le froid du zombie, dont le poids, déstabilisé par le givre et l'impact, bascula en arrière pour s'effondrer dans le sable.
De son côté, Trazk ne fit pas dans la dentelle. Rugissant un cri de guerre guttural, il abattit sa lourde hache à deux mains sur le second assaillant. Le tranchant de l'acier s'enfonça dans l'épaule spongieuse du marin maudit, le clouant presque au sol sous la puissance brute du Drakéide.
C’est alors que l’air s’embrasa. Orcemera, impatiente de montrer sa supériorité, incanta une formule rapide. Un trait de feu pur jaillit de ses doigts, perçant l’obscurité pour frapper de plein fouet le troisième zombie. La créature s'enflamma, sa peau gorgée de graisse et d'eau de mer grésillant dans un sifflement horrible.
« Admirez la puissance de la vraie magie ! » s'exclama la Haute Elfe, un sourire arrogant aux lèvres.
Mais avant que les flammes ne puissent consumer leur proie, une flèche siffla à quelques centimètres de l'oreille d'Orcemera. Le projectile d'Adélaïde frappa le zombie enflammé en plein sternum avec une force telle qu'il fut projeté en arrière, finissant sa course dans les vagues sombres qui éteignirent le feu dans un nuage de vapeur puante.
Adélaïde abaissa son arc, ses yeux froids fixés sur la mage.
« Ton feu fait trop de lumière, l'elfe. Tu vas attirer toute l'île sur nous avant qu'on ait fait cent pas, » cracha la chasseresse.
Orcemera se tourna vers elle, les yeux étincelants de rage, de petites flammèches dansant encore au bout de ses doigts.
« Ma magie l'aurait réduit en cendres ! Ta brindille n'a fait que le pousser dans l'eau. Tu as failli interférer avec un sort complexe, espèce de sauvage ! »
« Ta "magie complexe" n'est qu'un phare pour nos ennemis, » répliqua Adélaïde en tournant le dos, déjà en train de récupérer une flèche sur le cadavre au sol. « Dans la forêt de Nix, on apprend à tuer en silence. Apparemment, dans tes tours d'ivoire, on apprend surtout à s'écouter parler. »
Trazk retira sa hache du corps du deuxième zombie d'un coup sec, mettant fin à la dispute par le simple poids de sa présence.
« Assez, » grogna-t-il. « On ne sait pas combien ils sont. Si vous voulez vous entre-tuer, attendez qu'on soit hors de portée de vue de ses monstres. »
Calypso s'approcha du cadavre gelé que les couteaux d'Arayan avaient achevé. Il remarqua que malgré les blessures mortelles, il Continuait de s'échapper du liquide noir des plaies du monstre étendu dans le sable. Les dagues d'Arayan commencèrent à illuminer et disparurent du corps de la bête. Calypso se retourna vers Arayan avec un air embêté pour s'apercevoir que la lumière de ses dagues les fit réapparaître dans leurs fourreaux respectifs. Calypso, regarda ses compagnes avec inquiétude.
« On n'est pas coordonnés, » dit-il en regardant ses compagnons. « On a eu de la chance cette fois, mais si l'île a d'autres surprises de ce genre... on ne fera pas long feu. »
Trazk nettoya sa hache sur le lambeau de l'habit du marin.
« Économise ta salive, sorcier » grogna-t-il.
À l'horizon, la lueur du village semblait désormais plus intense, par contre, le soulagement d’avoir terrassé ces créatures fut de courte durée. Alors que le groupe s'apprêtait à reprendre sa route, un grognement étouffé m***a du sable.
« Écoutez, » chuchota Arayan.
Calypso sursauta lorsqu'une main glacée et boursouflée se referma avec une force inhumaine sur sa cheville. Le marin dont il avait gelé la mâchoire s'agitait frénétiquement au sol. Ses doigts s'enfonçaient dans le cuir de la botte du sorcier, et la créature tentait désespérément de planter ses dents dans sa jambe malgré la glace. Le craquement du givre contre le cuir était le seul son qui s'échappait de ce monstre.
« Ils ne restent pas au sol !? » Cria Calypso, essayant de dégager sa jambe d'un coup de talon désespéré.
Devant lui, le zombie que Trazk pensait avoir fendu en deux se redressait avec une lenteur cauchemardesque. L'énorme entaille qui barrait son torse laissait apparaître sa chair spongieuse. Il n'y avait pas de sang, seulement le liquide noir.. le monstre ne semblait pas ressentir la douleur.. La créature replaça son bras pendant et se remit en marche, ses yeux vides fixés sur Trazk.
Le danger m***a d'un cran quand deux nouvelles silhouettes émergèrent de l'eau, à quelques mètres seulement d'Orcemera et d'Adélaïde. L'eau ruisselait sur leurs corps boursouflés alors qu'ils sortaient des profondeurs, guidés par la même faim surnaturelle.
Orcemera leva la main, une incantation destructrice déjà sur les lèvres, mais Adélaïde lui saisit brusquement le poignet.
« Économise ton souffle, l'elfe ! » Siffla la chasseresse. « Tu peux bien les brûler, ils se relèveront toujours.. ce n'est pas la vie qui les anime, c'est la mort. On ne gagne pas ce combat ici. »
Orcemera dégagea son bras d'un geste sec, elle vit l'évidence, le cadavre qu'elle avait brûlé était le seul à ne pas retourner sur ses pieds.
« Repli ! » ordonna Trazk, dont la voix de commandement coupa court à toute discussion. « Vers le village, maintenant ! »
Orcemera suivit le groupe, malgré son impression que le feu pouvait venir à bout de ses choses. Les aventuriers se mirent à courir sur le sable mou, laissant derrière eux les râles des marins maudits. Leurs bottes lourdement chargées de sable et d'eau rendaient la progression difficile, mais l'adrénaline les poussait en avant. Derrière eux, les quatre zombies continuaient leur poursuite avec une endurance infatigable, leurs pas lourds martelant la grève en rythme.
Alors qu'ils s'éloignaient de la zone de combat, la faible lueur qu'ils avaient aperçue commença à prendre forme. Ce n'était pas un grand feu de joie, mais quelques lanternes de fer accrochées aux façades de la falaise.
Le village de DragonCrest apparaissait enfin, niché au creux des falaises. Les maisons semblaient faites à même la pierre, comme pour se protéger. À mesure qu'ils approchaient, un constat s'imposait, glaçant le sang de Calypso.. il n'y avait aucun bruit de vie. Pas d'aboiement de chien, pas de cris de pêcheurs, pas même le crépitement d'un foyer. Seulement le bruit de l'eau frappant sur les rochers un peu plus bas.. Les lanternes se balançaient doucement sous le vent marin, éclairant les quelques portes qu'il y avait devant eux.
Au centre du sentier, une immense statue de pierre représentant un dragon aux ailes brisées semblait monter la garde...
À suivre. Merci pour votre soutien!