L'Âme Peule

L'Âme Peule Le Fouta-Jaloo, entre mémoire et devenir. Histoire, traditions orales, musique, récits de familles : on croise les voix plutôt que de répéter des slogans.

Bienvenue si vous cherchez à comprendre, à transmettre ou simplement à écouter.

UN HOMME QUITTE LAALIYA, AU FOUTA JALOO… POUR ALLER APPRENDRE ET ENSEIGNER À L’AUTRE BOUT DU MONDE PULAAR.Son nom ?Moodi...
09/06/2026

UN HOMME QUITTE LAALIYA, AU FOUTA JALOO… POUR ALLER APPRENDRE ET ENSEIGNER À L’AUTRE BOUT DU MONDE PULAAR.

Son nom ?

Moodi Aalimu.

Et son parcours raconte une histoire que l’on oublie souvent :

nos savants ne restaient pas forcément au Fouta.

Selon Shaykh Muusa Kamara, Moodi Aalimu serait originaire de Laaliya, dans la province de Kolaade, au Fouta Jaloo.

Mais pour apprendre, il part.

Laaliya → Bunndu → Fuuta Tooro.

À Haayre, il étudie auprès de plusieurs maîtres.

Puis il rejoint Golleere.

Et là, détail fascinant :

son maître, Ceerno Moodi Daara, est lui aussi originaire du Fouta Jaloo.

Imaginez la scène.

Deux hommes originaires du Fouta Jaloo…

qui se retrouvent à enseigner et à étudier…

dans le Fouta Tooro.

---

Puis Moodi Aalimu avance encore.

Il apprend.

Il mémorise.

Il reçoit l’ijāza : l’autorisation de transmettre le savoir.

Et celui qui était parti chercher des maîtres devient à son tour…

un maître.

Ses élèves viennent apprendre auprès de lui.

Le savoir continue sa route.

---

Et ce qui est encore plus intéressant :

Moodi Aalimu n’est pas un cas isolé.

La source rapporte aussi d’autres lettrés originaires du Fuuta Jaloo présents dans le Fuuta Tooro, parmi lesquels :

Ceerno Moodi Daara
Moodi Haamiidu Yumberi
et d’autres savants.

Autrement dit, il existait une véritable circulation de lettrés entre les régions du monde haalpulaar.

Fouta-Jaloo → Bunndu → Fuuta Tooro → Mauritanie → Maghreb

Bien avant les frontières nationales actuelles.

---

Quand on raconte l’histoire du Fouta Jaloo, on parle souvent des Almamy, des guerres, des diiwe et des familles dirigeantes.

Mais il existait une autre carte.

Une carte invisible.

Celle des savants.

Des hommes qui partaient étudier.

Des maîtres qui voyageaient.

Des élèves qui revenaient avec du savoir.

Des enseignements qui passaient d’une génération à l’autre.

Le Fouta n’était donc pas seulement une terre de pouvoir.

Il était aussi connecté à un vaste monde intellectuel.

---

Et le trajet de Moodi Aalimu résume presque tout :

LAALIYA

BUNNDU

FUUTA TOORO

GOLLEERE

TRANSMISSION

Et cela pose une question :

combien d’autres savants partis du Fouta ont parcouru ces routes… mais dont nous avons oublié les noms ?

📚 Source : Shaykh Muusa Kamara, « Zuhür al-basatïn fī Ta’rīkh al-Sawādin » — Florilège au jardin de l’histoire des Noirs.

Photo illustration: Almami Oumar Bademba — Alfaya

AVANT INTERNET, COMMENT LE SAVOIR PASSAIT DU FUUTA JALOO AU FUUTA TOORO ?Aujourd’hui, il suffit d’un clic pour envoyer u...
09/06/2026

AVANT INTERNET, COMMENT LE SAVOIR PASSAIT DU FUUTA JALOO AU FUUTA TOORO ?

Aujourd’hui, il suffit d’un clic pour envoyer un livre de Labé à Dakar.

Mais il y a quelques siècles, comment un enseignement pouvait-il passer du Fuuta Jaloo au Fuuta Tooro, puis jusqu’en Mauritanie et au Maghreb ?

Il n’avait pas besoin de bateau.

Pas besoin de camion.

Pas besoin de poste.

Et parfois même…

le livre ne bougeait pas.

Un maître enseignait.

Un disciple apprenait.

Puis il partait ailleurs.

Il s’installait.

Enseignait à son tour.

Et ses élèves devenaient eux-mêmes des maîtres.

Pas d’Internet.
Pas de bibliothèque numérique.
Pas de photocopieuse.

Mais un véritable réseau de transmission.

Fuuta Jaloo → Fuuta Tooro → Bunndu → Mauritanie → Maghreb

Et le plus intéressant ?

Le savoir ne circulait pas uniquement grâce aux livres.

Il circulait grâce à la mémoire, au maître, à l’élève et à la chaîne de transmission.

Un texte pouvait être mémorisé, expliqué, commenté…

puis transmis à une nouvelle génération.

Maître → élève → voyage → nouvel enseignement → nouveaux élèves.

C’est ainsi que des villages du Fuuta pouvaient devenir des lieux de savoir et rayonner bien au-delà de leur région.

Un livre pouvait rester dans un village… pendant que son contenu parcourait des centaines de kilomètres

C’était une sorte d’Internet humain.

Pas de serveurs.

Pas de Wi-Fi.

Pas de Google.

Des hommes.

Avant les réseaux sociaux, il existait déjà des réseaux de savoir.

Et leurs « connexions » n’étaient pas des câbles.

C’étaient des hommes.

Aujourd’hui, nous avons des millions de livres accessibles en quelques secondes.

Mais avons-nous encore la même capacité à transmettre ce que nous savons ?

Parce qu'une civilisation ne survit pas grâce à ce qu'elle possède.

Elle survit grâce à ce qu'elle transmet.

Et pendant des générations, dans les sociétés du Sahel et de l’Ouest africain, le réseau le plus puissant n’était peut-être pas une route.

C’était…

la chaîne humaine du savoir.

📌 Source : Shaykh Muusa Kamara, « Zuhür al-basatïn fī Ta’rīkh al-Sawādin » — Florilège au jardin de l’histoire des Noirs.

CHALLENGE PULAAR — SAIS-TU VRAIMENT LIRE NOS POÈMES ?On parle beaucoup du pulaar.On dit qu’il faut le préserver, le tran...
08/20/2026

CHALLENGE PULAAR — SAIS-TU VRAIMENT LIRE NOS POÈMES ?

On parle beaucoup du pulaar.

On dit qu’il faut le préserver, le transmettre, le défendre.

Mais entre parler pulaar et comprendre ce que nos anciens écrivaient ou récitaient, il y a parfois un monde.

Alors aujourd’hui, je vous lance un défi.

Voici un poème en pulaar.

Votre mission :

Traduisez le en français. Pas mot à mot si le sens se perd.

Expliquez ce que le poème veut vraiment dire.

Bonus : identifiez les expressions, images ou références culturelles qui résistent à la traduction.

Pas de traducteur automatique. Pas de copier-coller.

Ce n’est pas un contrôle de vocabulaire. C’est un contrôle d’héritage.

LE POÈME :

A yi'ataa ñaawoowo ko wonaa ngeenaari.
A yi'ataa yoydo ko wonaa jom sunnu.
A yi'ataa haqqilante mo gooto hoolii.
A yi'ataa moƴƴo ko wonaa yiɗudo aduna.
A yi'ataa mo barrazuujo ko wonaa janfotooɗo h***e muuɗun.
A yi'ataa lamɗo ko wonaa tooñoowo.
A yi'ataa seedeejo ko wonaa mo kala no jingana gido muuɗun.
A yi'ataa suddiiɗo ko wonaa yeddoowo gendiiko muuɗun.
A yi'ataa jiyaaɗo ko wonaa yeddoowo sayyidi muuɗun.
A yi'ataa biddo ko wonaa yeddoowo saara muuɗun.
A yi'ataa alyatiima ko wonaa ñaameteeɗo jawdi muuɗun.
A yi'ataa yiɗuɗo ma ko wonaa xaral.
A yi'ataa okkoowo ko wonaa iwal maa kulol.
Si ɓe yi'ii moƴƴo, ɓe hutoo mo.
Si ɓe yi'ii bondo, ɓe wirta mo.
Ɓe jantoo ayiibe yimɓe ɓe yejjita ayiibe maɓɓe.
Si ɓe yi'ii tedduɗo, ɓe hoyna mo.
Si ɓe yi'ii mawɗo, ɓe yawoo mo.
Si ko lamɗo laamorɗo diina, ɓe lo'ina mo.
Si ko tooñoowo, ɓe doga mo.
Si himo okka, ɓe wonda e makko ha'i wonde ko tooñoowo.
Si himo wuddi, ɓe seeda e makko ha'i wonde ko nunɗuɗo.
Si ɓe yi'ii majjuɗo, ɓe andintaa mo.
Si ko gando, ɓe gomɗintaa mo.
Si o wowlii, ɓe inna ko rayti.
Si o deƴƴii, ɓe inna ko mirñaare.
Fitina on feeñii, zamaanu waylike.

LE DÉFI :

Publiez votre traduction directement en commentaire.

Et surtout, ne regardez pas les réponses des autres avant de participer.

Dans 7 jours, je publierai :

une traduction de référence,

l’auteur et le traducteur,

les expressions difficiles...

Parce qu’une langue ne disparaît pas seulement quand on arrête de la parler.

Elle disparaît quand on ne comprend plus ce qu’elle nous raconte.

À vous.

EN 1888, DES PEULS DU FOUTA-DJALLON DÉCOUVRENT LA FRANCE.Et ils pensent d’abord que les soldats français sont… des capti...
08/19/2026

EN 1888, DES PEULS DU FOUTA-DJALLON DÉCOUVRENT LA FRANCE.

Et ils pensent d’abord que les soldats français sont… des captifs.

L’anecdote paraît drôle.

Mais derrière elle se cache quelque chose de beaucoup plus intéressant.

En 1888, une ambassade officielle du Fouta-Jaloo part pour la France avec le docteur Bayol.

Quatre envoyés :

Modi Mahamadou-Saïdou, conseiller de l’Almamy Ibrahima Sory.

Modi Abdoul Bagui, porte-étendard du roi.

Alfa Médina, envoyé de Modi Boubakar Biro, chef de l’armée sorya.

Et Modi Ibrahima-Sory, envoyé d’Alfa Aguibou, chef de Labé.

Avec eux : un interprète peul vivant depuis longtemps au Sénégal.

POUR CERTAINS, C’EST LE PREMIER VOYAGE HORS DU FOUTA

Ils traversent le Bambouc.
Puis Saint-Louis.
Puis l’océan.

Et là, première claque :

ils voient la mer pour la première fois.
À bord du paquebot, Mahamadou-Saïdou joue aux dames avec les passagers.
Il gagne souvent.

Puis ils arrivent à Bordeaux.

Le port.

Les voitures.

Le bruit.

Ils restent presque sans voix.

PUIS BORDEAUX LES ACHÈVE

Banquet.

Musique militaire.

Cathédrale.

Théâtre.

Ballet.
Tout les étonne.
Le ballet, surtout.

À tel point qu’ils rappellent la danseuse plusieurs fois.
Mahamadou-Saïdou en parle encore longtemps après.
Ils découvrent une autre société à une vitesse impossible à imaginer depuis le Fouta.

ET PUIS… LE TRAIN

Aujourd’hui, prendre un train est banal.

Pour eux, c’est presque de la science-fiction.
La locomotive les terrifie.
Puis ils comprennent qu’elle passe sous les montagnes pour aller plus vite.

La peur devient admiration.

Ils n’arrivent même pas à croire qu’ils viennent de parcourir en quelques heures une distance qui leur aurait demandé des semaines à pied.

Et bientôt :

Paris.

PARIS LES LAISSE SANS VOIX

Les maisons.
Les rues.
Les voitures.
La foule.
L’immensité de la ville.

Leur réaction est simple :

« Beaucoup de Français ! Beaucoup de voitures ! »

Pour eux, Bordeaux ressemble maintenant presque à un village.
Paris paraît gigantesque.
Ils visitent les théâtres, les promenades, les monuments.
Mais ce qui les marque le plus ?

L’Opéra.

Ils comprennent peut-être peu Hamlet.
Mais la musique les fascine.
Pour Mahamadou-Saïdou, c’est probablement le plus beau spectacle du voyage.

ET VOUS SAVEZ CE QUI EST ÉTONNANT ?

Ils ne sont pas intimidés par les puissants.
Ils rencontrent le ministre des Colonies.
Le président du Conseil.
Le président de la République.
Et restent parfaitement à l’aise.
Mais ils attendent surtout une autre rencontre :

Faidherbe.

Son nom est déjà extrêmement connu dans le monde soudanais.
Ils le connaissent tellement qu’ils lui parlent presque comme à une vieille connaissance.

PUIS ARRIVE LA SCÈNE LA PLUS INCROYABLE

Ils voient passer un bataillon français.

Mahamadou-Saïdou demande :

« Tout ça, c’est les captifs du chef des Français ? »

On lui explique :

Non.
Ce sont des soldats.
En France, tous les hommes doivent servir.

Réponse :

« Oui. C’est même chose comme captifs ! »

Impossible de lui faire accepter l’idée.
Pour lui, l’obligation militaire ressemble forcément à une forme de dépendance.
Il repart convaincu que les soldats sont, d’une certaine manière, les captifs du président de la République.

MAIS LE PLUS INTÉRESSANT ARRIVE À LA FIN

Parce qu’ils découvrent surtout le beau côté de la France.

Richesse.
Industrie.
Transports.
Luxe.

Ils imaginent même que tous les Français sont riches.

Puis ils voient des mendiants.
Et quelque chose change.
À chaque fois qu’ils en rencontrent un, ils donnent immédiatement de l’argent.

« Donne l’argent au monsieur. »

Eux aussi veulent aider.

ET MAHAMADOU-SAÏDOU A UNE IDÉE

Il veut recommencer le voyage.
Il explique qu’il fera des affaires entre le Fouta et la France.

Il imagine même venir régulièrement…
avec sa femme préférée.

Des commerçants et industriels français leur ouvrent leurs établissements et leur offrent des échantillons à ramener au Fouta.

Puis vient le départ.

Le 3 février.
Direction Marseille.
Puis le bateau.
Puis le retour vers le Fouta.
Ils quittent la France profondément émus.
Et envoient même un télégramme en peulh pour remercier ceux qui les avaient accompagnés.

MAIS IL Y A UNE QUESTION DERRIÈRE CETTE HISTOIRE.

Ces hommes découvrent la France à travers ses trains, ses théâtres, ses usines, ses villes et ses technologies.

La France, elle, découvre quoi du Fouta ?

Un territoire à conquérir ?
Des souverains avec lesquels négocier ?
Une société à administrer ?
Ou simplement un futur morceau de l'empire colonial ?
C'est toute l'ambiguïté de cette ambassade.

En 1888, le Fouta-Jaloo envoie des ambassadeurs découvrir la France.
Quelques années plus t**d, les Français vont venir découvrir le Fouta…avec une tout autre intention.

QUI A VRAIMENT ABATTU LA CHEFFERIE EN GUINÉE ?On raconte que le 31 décembre 1957, Keïta Fodéba signe l’arrêté qui suppri...
08/17/2026

QUI A VRAIMENT ABATTU LA CHEFFERIE EN GUINÉE ?

On raconte que le 31 décembre 1957, Keïta Fodéba signe l’arrêté qui supprime la chefferie coutumière.

Pratique.

Un décret. Un coup de stylo. Fin de l’histoire.

Sauf que non.

Parce qu’en réalité, la chefferie guinéenne était déjà largement morte politiquement avant 1957.
Et Sékou Touré n’a pas créé sa chute.
Il l’a récupérée.

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LE PROBLÈME COMMENCE BIEN AVANT SÉKOU TOURÉ

Depuis 1904, les chefs de canton ne sont plus vraiment les anciennes autorités traditionnelles.
Ils deviennent surtout des relais de l’administration coloniale.
Impôts. Réquisitions. Portage. Maintien de l’ordre.

Le système est simple :
Paris ordonne.
Le commandant de cercle transmet.
Le chef exécute.

Comme l’écrivait l’administrateur colonial Van Vollenhoven :
« Le chef indigène n’est qu’un instrument, un auxiliaire. »

Et le problème, c’est que la population le comprend très vite.

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AU FOUTA JALOO, LE CHEF N’EST PLUS TOUJOURS PERÇU COMME UN CHEF

Il peut être associé aux prélèvements, aux corvées et aux violences.
À Dalaba, certaines sources administratives rapportent des prélèvements très lourds :
50 francs par famille à certaines fêtes,
25 francs par personne pour le 14 juillet,
jusqu’à 10 000 francs ou deux bœufs à l’occasion d’un décès.

Les récalcitrants pouvaient être attachés à un arbre pendant des jours.

Et il y a un autre problème : le système colonial avait aussi laissé survivre des rapports sociaux très inégalitaires.

Au Fouta-Jaloo, une partie de l’aristocratie peule continuait notamment à tirer profit du travail de personnes anciennement captives.

Autrement dit : la chefferie perd son prestige… tout en restant associée au privilège.

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PUIS VIENT LA GUERRE

En 1943, la subdivision de Dalaba compte environ 60 000 habitants.

Elle doit fournir :

110 000 journées de portage.
370 tonnes de riz.
1 300 bœufs.

Imaginez la pression exercée sur les villages.
Et les chefs sont coincés.

D’un côté : l’administration française.

De l’autre : des populations épuisées.

Et certains chefs profitent du système.

En 1955, un administrateur remarque même que leur opulence contraste fortement avec la misère de leurs administrés.

À partir de là, une chose se fissure :
la légitimité.

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ET C’EST LÀ QUE LE PDG ARRIVE

Le PDG comprend quelque chose d’essentiel :

il ne faut pas seulement combattre les chefs.
Il faut combattre ce qu’ils représentent.
Jusque-là, la Guinée était largement organisée autour de regroupements régionaux et ethniques :

Comité de la Basse-Guinée.
Amicale Gilbert Vieillard au Fouta.
Union du Mandingue.
Union Forestière.

Et d’autres associations à caractère communautaire.

Puis arrive le Parti Démocratique de Guinée, section guinéenne du RDA, créée en 1947.
Le parti va progressivement devenir une organisation nationale de masse. Et surtout, il propose une rupture très concrète :

s’attaquer à l’ordre colonial.

Même à travers la grève de l’impôt.

---

ET L’IMPÔT DEVIENT UNE A**E POLITIQUE

Entre 1951 et 1957 :
l’impôt passe de 250 à 625 francs CFA.
Et la rémunération versée aux chefs pour le recouvrement augmente également.

Résultat ?

Pour beaucoup de villageois, l’équation devient terriblement simple :

le chef = l’impôt.

Le PDG = ceux qui promettent d’en finir avec l’impôt.

Et ça change tout.

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LES CHEFS PERDENT MÊME CHEZ EUX

En 1954, à Dinguiraye, une partie de la chefferie soutient Barry Diawandou contre Sékou Touré.
Elle mise sur ses réseaux.
Mais le rapport de force change.

En janvier 1956, les élections au suffrage universel consacrent la progression du PDG.
Puis, en mars 1957, le parti remporte 58 sièges sur 60 à l’Assemblée territoriale.

À ce moment-là, les chefs ne contrôlent plus politiquement les populations qu’ils sont censés représenter.

Un administrateur résume brutalement la situation :
« En l’absence du soutien administratif, ils se sont effondrés. »

Voilà peut-être le point essentiel.
La chefferie dépendait encore du pouvoir colonial pour tenir debout.

Quand ce soutien disparaît, elle tombe.

---

ALORS, QUI L’A TUÉE ?

Sékou Touré ?

Oui… mais pas tout seul.

La colonisation avait déjà achevé la chefferie.
Elle lavait transformée en auxiliaire administrative.
L’impôt et les réquisitions l’avaient rendue impopulaire.
Les "privilèges" avaient détruit une partie de sa crédibilité.

La guerre avait aggravé la fracture avec les villages.

Et le PDG avait construit une nouvelle légitimité :
celle du parti, du vote et de la mobilisation de masse.

À la veille de l’indépendance, la chefferie est donc déjà politiquement battue.
L’arrêté du 31 décembre 1957 ressemble moins au meurtre d’une institution qu’à **l’acte de décès d’un système déjà à bout de souffle.

---

ET LE « NON » DE 1958 ?

C’est là que l’histoire devient encore plus intéressante.

En septembre 1958, la France demande aux territoires africains de choisir leur avenir.

La Guinée répond :

NON.

La chefferie traditionnelle aurait-elle pu favoriser le « Oui » ?
Peut-être. Mais en 1958, elle n’a plus la capacité politique de jouer ce rôle.

Ses relais sont affaiblis.

Son influence est profondément entamée.

Le « Non » de la Guinée ne tombe donc pas du ciel.

Il repose aussi sur des années de colère accumulée contre l’ordre colonial… et contre ceux qui en étaient devenus les représentants locaux.

---

La vraie question n’est donc peut-être pas :
« Sékou Touré a-t-il supprimé la chefferie ? »

Mais plutôt :

« Pourquoi la chefferie était-elle devenue assez impopulaire pour pouvoir être supprimée presque sans résistance politique ? »

Et là, l’histoire devient beaucoup plus inconfortable.

Parce que parfois, une institution ne meurt pas quand on signe son abolition.

Elle meurt quand plus personne ne croit encore en elle.

Pourquoi certains chefs peuls ont-ils accepté l’alliance coloniale ?Ils ne furent pas tous des traîtres. Beaucoup furent...
08/17/2026

Pourquoi certains chefs peuls ont-ils accepté l’alliance coloniale ?

Ils ne furent pas tous des traîtres. Beaucoup furent des hommes pris dans un piège que l’Afrique s’était elle-même tendu.
L'Europe n'a pas conquis une Afrique unie.
Elle est entrée dans une Afrique déjà en guerre contre elle-même.

Au Fouta comme ailleurs, l’Europe ne s’est pas abattue sur un continent uni. Elle est entrée dans des sociétés déjà traversées par des fractures profondes : entre lignages rivaux, entre castes, entre maîtres et captifs, entre villages et pouvoirs centraux.

Les haines héritées du passé ne s’étaient pas éteintes ; elles s’étaient aiguisées à mesure que la stratification sociale se durcissait. La solidarité ethnique qui avait porté les premiers États africains se déliait. Chaque famille, chaque clan, chaque chef regardait l’autre avec méfiance.

Au Fouta, la fracture la plus ancienne opposait Peuls et Jallonke.
Les Peuls avaient bâti l'État théocratique sur les terres des Jallonke, les refoulant ou les soumettant. Un siècle plus t**d, la blessure n'était pas refermée. Pour certains chefs jallonke, l'officier français ne fut pas d'abord un colonisateur : il fut un recours contre la domination peule.

La déchirure ne s'arrêtait pas aux frontières ethniques.
À Timbo, au sein même des maisons régnantes, le sang coulait pour l'almamiat. Bocar Biro, pour s'emparer du pouvoir, fit assassiner des prétendants de son propre sang. Des frères, des cousins. Chaque meurtre élargissait le fossé entre les grandes familles.

C’est dans cette fissure que le conquérant s’est glissé.
Il n’a pas eu besoin d’inventer un plan diabolique.

Il lui a suffi de lire les haines locales, d’acheter des fidélités, de promettre des trônes, de jouer un lignage contre un autre.
Les chefs peuls qui ont signé des traités ou accepté des protectorats ne pensaient pas toujours trahir une nation.
Ils pensaient survivre. Gagner un avantage sur un rival.
Préserver leur pouvoir face à un voisin menaçant.
Éviter que leur propre famille ne soit écrasée.

Quand la colonne française s'avançait, elle ne forçait pas une porte fermée. Elle entrait dans une maison déjà fissurée.
Certains chefs peuls n'ont pas trahi une nation : ils ont choisi un camp dans une guerre qui les dépassait, pour survivre à un rival, venger un frère, sauver un trône.

Le drame, c’est que ces calculs à courte vue les ont tous broyés.
Les « collaborateurs » d’hier furent les premières victimes de la machine qu’ils avaient laissée entrer.
Le colonisateur les utilisa tant qu’ils servaient ses conquêtes, puis les jeta ou les réduisit à l’état de relais humiliés.
La colonisation ne récompensait pas la fidélité ; elle la consommait.

Le colonisateur utilisa les alliances, puis écrasa les alliés d'hier.
Et par un détour cruel, c'est la colonisation elle-même qui, après trois quarts de siècle de martyre, rendit possible l'unité que les anciennes divisions interdisaient.

Cette domination, en écrasant les anciennes structures, a créé la condition de ce qui n’existait pas — une conscience commune, un refus partagé. L’unité africaine est née de la négation coloniale, mais seulement après trois quarts de siècle de martyre. Ce n’est pas une gloire à célébrer ; c’est une blessure à comprendre.

Nuancer la collaboration, ce n’est pas la légitimer.
C’est refuser de réduire l’histoire à une fable morale.
C’est reconnaître que les chefs peuls n’étaient ni des saints ni des monstres, mais des hommes pris dans un temps où l’intérêt immédiat dévorait toute vision commune.
Leur responsabilité est réelle, mais elle se mesure à l’aune d’un monde qui se défaisait avant même que l’Europe ne porte le coup final. Nuancer n'est pas absoudre. C'est refuser le conte moral pour regarder l'histoire en face.

Mais pire encore, la majorité de nos dirigeants continuent de faire ces mêmes choix aujourd’hui. A croire que histoire ne nous sert a rien.

**Erratum**Après de nouvelles recherches, je n'ai pas retrouvé la trace du manuscrit cité dans cet article (*Tarikh al-N...
08/11/2026

**Erratum**

Après de nouvelles recherches, je n'ai pas retrouvé la trace du manuscrit cité dans cet article (*Tarikh al-Nisa' fi Futajaloo*).

Je me suis peut-être trompé en relayant cette information : il n'apparaît dans aucun catalogue officiel d'archives.

Cependant, le patrimoine manuscrit du Fouta-Jaloo et de Tombouctou est bien réel.
Des dizaines de manuscrits inédits en Ajami dorment encore dans des familles à Labé, Timbo et ailleurs.
Pour les curieux qui souhaitent explorer ces sources authentiques, des milliers de manuscrits (en arabe et en ajami pulaar) sont consultables en ligne, notamment via la Bibliothèque Mamma Haidara (HMML) ou l'African Ajami Library de Boston University (liens en bas erratum).

La recherche continue, et l'histoire des femmes du Fouta reste un champ d'étude fascinant à explorer sur des sources vérifiables.

https://www.vhmml.org/readingRoom/view/513181

https://open.bu.edu/collections/5b8eea86-12fb-41ce-8961-3a0342b357d0

La femme qui a écrit l'histoire du Fouta en ajami — et que personne n'a lue depuis 100 ans

Dans une bibliothèque de Tombouctou dort un manuscrit en pulaar écrit en caractères arabes par une femme du Fouta-Jaloo vers 1850. Elle y raconte la guerre sainte... du point de vue des épouses laissées derrière.

Nenen Fatoumata Binta Diallo, née vers 1810 à Timbo, fille d'un karamoko de la lignée Bah. Éduquée exceptionnellement — son père avait étudié à Djenne et croyait que « le savoir n'a pas de sexe » — elle a appris l'arabe, le ajami (pulaar écrit en caractères arabes), et la chronique historique (taarikh).

Vers 1850, pendant le règne de l'almamy Ibrahima Sori Maudo (1840-1851), elle a composé un texte unique :
« Tarikh al-Nisa' fi Futajaloo » — Histoire des femmes du Fouta Jaloo.

Ce n'est pas une chronique officielle. C'est un journal collectif : elle a interrogé des dizaines de femmes — épouses de guerriers, filles de chefs, captives, servantes — sur ce qu'elles ont vécu pendant les guerres de conversion (1720s), les guerres civiles entre maisons royales (1750s-1780s), et les razzias d'esclaves vers la côte.

Le manuscrit contient :

Les chants de deuil (Marthiya en arabe, Wullandu en pulaar) que les femmes chantaient en cachette pour leurs fils partis à la guerre
Les stratégies de survie : cacher le grain, négocier avec les soldats, protéger les enfants
Une critique voilée : « Les hommes font la guerre au nom de l'islam. Les femmes en payent le prix au nom de la vie. »
Des généalogies maternelles — lignées tracées par les mères, invisibles dans les chroniques officielles patrilinéaires.

Le manuscrit a été copié par un étudiant tombouctien en 1890, puis disparu pendant la colonisation.

Retrouvé en 2003 dans la Bibliothèque Mamma Haidara à Tombouctou, il n'a jamais été traduit ni publié.
Depuis 170 ans, cette femme attend qu'on la lise.

Pendant qu'on célèbre les almamys, les conquêtes, les traités — quelque part, une autre histoire du Fouta-Jaloo dort, écrite par une femme qui a eu l'audace de penser que la mémoire des mères valait autant que celle des guerriers.

Elle avait raison. Il est temps qu'on la découvre.

Abd al‑Rahman Ibrahima Sori, le prince du Fouta vendu au MississippiFils de l’almamy Ibrahima Sori Mawdo, né à Timbo en ...
08/10/2026

Abd al‑Rahman Ibrahima Sori, le prince du Fouta vendu au Mississippi

Fils de l’almamy Ibrahima Sori Mawdo, né à Timbo en 1762,
Abd al‑Rahman reçoit une éducation d’élite : études coraniques, droit malékite, arabe, perfectionnement à Djenné et Tombouctou.
À 26 ans, il commande déjà 2 000 hommes et parle cinq langues, dont l’anglais.

En janvier 1788, alors qu’il revient d’une mission militaire, il est capturé par des guerriers Hebohs, un groupe rival non musulman. Vendu aux négriers, il est échangé contre deux flasques de poudre, quelques mousquets, huit mains de tabac et deux bouteilles de rhum.

Déporté à Natchez, Mississippi, il est acheté 930 dollars par le fermier Thomas Foster. Ironie amère : cet homme qui protégeait le commerce des esclaves pour le compte de l’État théocratique devient lui‑même la proie du trafic atlantique.

Dans la plantation de coton, son maître remarque ses manières et son anglais : il le surnomme « Prince ».
Abd al‑Rahman passe quarante ans en captivité, sans jamais cesser d’espérer revoir Timbo.

En 1828, l’intervention du sultan du Maroc Abderrahmane ben Hicham convainc le président américain John Quincy Adams d’ordonner sa libération.

Il a 66 ans. Il embarque pour l’Afrique, mais meurt au Liberia en 1829, sans avoir atteint le Fouta Djaloo.

Son portrait, gravé en 1828, est conservé à la Bibliothèque du Congrès. Un marqueur historique a été posé à Natchez en 2025. Aujourd’hui, des Afro‑Américains découvrent par des tests ADN qu’ils descendent de cet homme qui fut à la fois maître et captif, guerrier et esclave.

Ce destin rappelle que le Fouta Djaloo, puissance islamique, participait lui aussi à l’alimentation du trafic transatlantique.

La catégorie des maccuɓe, les captifs de case, précédait et nourrissait la traite atlantique.
L’histoire d’Abd al‑Rahman n’est pas celle d’une Afrique innocente broyée par l’extérieur : elle est celle d’un monde où les lignes de fracture traversaient les sociétés elles‑mêmes.

Que devrait‑on enseigner de cette vie, au Fouta comme aux États‑Unis ? Quelles histoires semblables vos propres familles ont‑elles gardées ?

(Sources : archives académiques, Mississippi History, travaux de Sylviane A. Diouf, RTBF, Le Lynx.)

Savez-vous ce que la France conserve encore dans les tiroirs de son patrimoine? La tête coupée d'un Almamy. Celle de Boc...
08/08/2026

Savez-vous ce que la France conserve encore dans les tiroirs de son patrimoine? La tête coupée d'un Almamy. Celle de Bocar Biro.

Revenons sur l'horreur absolue de l'histoire. En 1896, après une résistance farouche face à la pénétration coloniale, l'Almamy Bocar Biro est tué au combat.
Mais l'armée française ne se contente pas de le vaincre. Elle le décapite.

Ce qui suit est d'une cruauté qui dépasse l'entendement : on prend la tête sanglante de cet homme, non pas par un soldat, non pas par un ennemi, mais par sa génitrice, une vieille femme.
Nénan Diariou Sylla sa mère, une vieille femme forcée de porter la dépouille de son fils comme un trophée jusqu’à Conakry.
Oui, On oblige une mère à porter la tête de son fils décapité.

Elle, cette mère anéantie, a dû marcher pendant plus d'une journée entière, portant dans ses mains ou sur sa tête le crâne de son fils, le fruit de ses entrailles, jusqu'à Conakry.

Pourquoi ? Pour l'offrir en trophée au gouverneur colonial.

Imaginez la douleur. Imaginez les poids physique et psychologique de cette marche funèbre.
Une mère qui ne peut même pas pleurer son enfant en paix, contrainte de livrer sa dépouille à ses bourreaux pour satisfaire leur soif de macabre.
C’est de la pure torture d'âme.
Forcée de comparaitre devant le gouverneur Ballay avec cette charge macabre.
Après cela, elle est internée à Conakry pendant trois ans avant de retourner mourir dans son village.

Quelle était l’ampleur de sa douleur ?
Aucun texte ne la décrit.
Mais cette image – une vieille femme peule, digne, portant le crâne de son propre enfant – est le symbole le plus cruel de la barbarie coloniale.

Et aujourd'hui ? La France, pays qui se targue d'être le pays des Droits de l'Homme, a tranquillement gardé ce butin de guerre.
La tête de l'Almamy Bocar Biro se trouverait encore exposée ou conservée dans un musée en France.
Aujourd’hui, le crâne de Bocar Biro, ainsi que ceux de trois de ses proches (son fils, son frère et son chef de guerre), repose dans les réserves d'un Musée à Paris.
Un chef religieux, un dirigeant peul, un être humain, réduit à l'état de pièce de collection, de curiosité ethnographique au milieu d'autres restes humains volés.
Ironie ultime de l'histoire, le musée s'appelle le Musée de l’Homme.
L'Homme, cet étrange animal capable des pires atrocités.

On parle de civilisation ? Exposer le crâne décapité d'un leader africain dans une vitrine, c'est la marque ultime de la barbarie déguisée en science!
Qu'est-ce qui justifie qu'on puisse acheter un billet pour regarder la tête coupée de notre histoire?

La Guinée demande aujourd'hui le rapatriement de cet almamy, de cette dignité, de ce héros, de ce leader, de cette tête.
Ce n'est pas une simple requête diplomatique, c'est une exigence morale, historique et sacrée.
Rendre sa dépouille à un homme pour qu'il repose enfin en paix auprès de sa mère qu'on a torturée, c'est le strict minimum.

Tant que la France refusera de rendre ce qu'elle a coupé, volé et exposé, ses discours sur la "réconciliation des mémoires" ne seront que du vent.

Il est temps de rendre sa tête à l'Almamy.
Il est temps de laisser les morts reposer.
Il est temps enfin de laisser a chacun le droit de raconter, écrire et faire son histoire.

Rendez-nous Bocar Biro. 🇬🇳✊🏾

La France doit-elle rendre le crâne de Bocar Biro – et de sa mère, le repos ?

- **Oui** : c’est un acte de justice, de respect et de réparation mémorielle.
- **Non** : il fait partie de l’histoire coloniale française et doit être conservé.
- **Peut-être** : à condition que la Guinée s’engage à en faire un symbole de réconciliation.

**Votez en commentaire : 🇬🇳 Rendre | 🇫🇷 Garder | 🤝 Sous condition

Et surtout, dites-nous : comment peut-on encore exposer le crâne d’un homme dont la mère a été forcée de le porter ?

Adresse

6585, Avenue Du Parc
Montreal, QC
H2V4J1

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