10/05/2026
"Sham" = B -. Bien.
En salles en France et pas de date de sortie annoncée au Québec.
En quelques mots: Pour bien apprécier le long-métrage, il est indispensable de se fondre dans les particularités de la culture ainsi que les codes de la société japonaise. Et si la démonstration manque parfois un peu de nuances, cet engrenage en milieu scolaire est palpitant de bout en bout, avec un montage malin. On peste avec le personnage principal, on se passionne pour le procès et la morale sur la vérité est bien assénée. Encore un suspense dramatique en milieu scolaire qui frappe fort!
Un film japonais de Takeshi Miike.
Avec Gô Ayano, Kô Shibasaki, Kazuya Kamenashi, ...
Les œuvres sur des engrenages malheureux qui virent au drame à l’école sont à la mode. Un élève ou son entourage qui fausse la réalité (et la vérité) et un professeur qui va en subir les tristes conséquences, parfois jusqu’au point de non-retour. Que l’on traite de l’islamisme (« L’Abandon » et « Amal, un esprit libre »), de l’homophobie (« Amal, un esprit libre » et « Pas de vagues ») ou encore de différents types de harcèlements (« Pas de vagues », « La Salle des profs », ...) comme ici, ce sont souvent des films forts, puissants et qui portent à réflexion. Comme si ce type de suspense placé dans le cadre scolaire s’obligeait à être excellent. « Sham » ne déroge pas à la règle et comme ses cousins allemands, belges ou français, il nous happe et nous remue. Fait rare, les américains ne semblent pas encore s’être véritablement intéressés à ce genre d’intrigue, tiré de faits réels ou non.
Pour « Sham » c’est le cas. Le versatile et stakhanoviste cinéaste japonais Takeshi Miike, s’empare d’un fait divers ayant défrayé la chronique il y a plus de vingt ans dans une petite ville japonaise. Le temps aura eu raison de la vérité et permis de tirer cette incroyable affaire au clair où la vie et l’honneur d’un professeur auront été détruit par les déclarations de parents d’élèves, relayées et amplifiées par des médias à sensation. Le script reprend les grandes lignes de cette affaire pour nous mettre face à un thriller judiciaire aussi bien qu’un drame et une analyse des comportements humains. Pour bien apprécier le film, il est important de se fondre dans la culture et la mentalité japonaise sinon certains comportements ou autres réactions peuvent sembler inappropriés, exagérés ou non indiqués. Et il faut avouer que dans sa dénonciation des jugements hâtifs et des dangers de la rumeur, le cinéaste n’y va parfois pas avec le dos de la cuillère. C’est parfois un peu outré et à la limite du didactisme.
Malgré cela, le tourbillon moral et juridique qui nous présente l’intrigue est palpitant à souhait. En illustrant, dans une première partie, les dires et dénonciations calomnieuses de la mère de l’élève, il nous met dans une situation inconfortable et de détestation du professeur. Pour ensuite, renverser la charge et prendre parti pour celui-ci le reste du film. Un procédé habile qui montre les nuances de vérité induites par les points de vue des uns et des autres sur une même situation. « Sham » ne nous lâche pas d’une semelle pendant plus de deux heures. Le désespoir de ce professeur face à L’injustice est bien rendu et nous fait pester sur notre siège. Le procès est conduit avec maestria comme dans les plus grandes œuvres du genre. L’issue de cette affaire est attendue avec impatience par le spectateur. Miike a le mérite de filmer bien avec un montage malin et adéquat. Si la démonstration manque parfois un peu de retenue, elle réussit son coup pour un film passionnant qui nous pousse à réfléchir sur la notion de vérité et le poids des on-dits.