09/13/2018
Hochelagadie!
Tu voulais des nouvelles, depuis longtemps: en voilà, et en ordre chronologique, en plus, chanceuxse.
En janvier dernier, quatres mois après le réemménagement de la Flèche sur Sainte-Catherine, j'ai eu un accident bête comme le sont franchement la plupart des accidents. Un faux mouvement, un choc à la tête - j'en ai été quitte pour deux mois d'arrêt de travail afin de me remettre d'une commotion cérébrale.
Il se trouve que j'étais déjà en épuisement professionnel, à ce moment là, en bon gros burn out - certain.e.s se rappleleront peut-être de mon texte, "Brûler la boss", publié à cette période - bref.
Oui, je continuais à travailler pareil, car dans ma situation 1- je n'avais pas vraiment le choix et 2- il m'étais facile de penser que je pouvais continuer, tant que j'avais l'énergie de le faire. Je brûlais donc la chandelle par les deux bouts - mais comme ça faisait beaucoup de lumière, ça me gardait réveillée.
L'accident est venu mettre bon ordre à tout ça - malheureusement.
Pendant ma convalescence, bien qu'ayant des bénévoles de feu prêts à aider le plus possible, l'entente de paiement avec Hydro Québec n'a pu être honorée: la librairie ne vivait pas assez pour générer les fonds nécéssaires. Début février, le courant a été débranché.
Bien qu'ayant réouvert en mars, sans électricité mais avec une activité surprenante, il a été presque immédiatement évident qu'il serait impossible à la Flèche de demeurer dans son ironiquement si nouveau local.
Légalement poussée à la fermeture et au délocalisement, la librairie a effectivement fermé et les collections sont actuellement toujours entreposées dans un lieu qui s'occupe de ce genre de choses.
La fermeture et le déménagement ont été, en eux même, un cauchemard tel que je n'en souhaite à aucun de mes collègues. J'ai personellement eu la chance riche et incroyable d'avoir une petite poignée de proches prêts à travailler presque 20 heures en ligne pour m'aider à sortir de là à temps - et le temps jouait drastiquement contre nous: ultimement, nous nous sommes retrouvés à devoir vider les lieux à 10 jours d'avis.
L'argent récolté à l'époque avec la campagne de socio-financement aura finalement servi à déménager et à payer les premiers mois d'entreposage: c'est à présent ressource écoulée.
Voilà donc pour les choses.
Pour ce qui est de moi, la libraire, ça ne s'est pas très bien passé. C'est encore très, très difficile.
Je suis toujours en épuisement professionnel, pour dire les choses pudiquement. Pour dire les choses plus bravement je pourrais parler de dépression.
C'est un drôle de lieu, avec des paysages étranges et effrayants, des géométries variables, des textures aveugles. Le soleil se lève toujours, mais il a parfois un halo étrange. Le vent devient plus lourd, ou l'automne, ou le manque de sommeil - bref ça sait être très poétique sous ma plume, mais c'est aussi vraiment tangible et écrasant, la plupart du temps. Je crois que beaucoup d'entre vous peuvent se faire une idée, s'imaginer jusqu'ou ça peut aller dans le creux.
Dans l'actuel, je ne peux pas travailler. J'ai dû devenir prestataire de l'aide sociale, ce qui me permet de payer mes loyers et de conserver mon appartement ainsi que l'entrepôt. Les allocations familiales paient les épiceries, l'électricité. Je n'ai plus ni internet, ni téléphone: trop cher, même les moins cher.
Je suis devenue une utilisatrice assidue de la Banque Alimentaire Aylwin, connue aussi sous le nom d'S.O.S. Itinérence.
J'aimerais prendre deux minute ici pour souligner à quel point ielles font un travail incroyable, sans relâche, même lorsqu'ielles sont supposé.e.s être en vacances.
S.O.S. est le seul service de ce genre à exister dans le quartier, et sans eux beaucoup de personnes verraient leur qualité de vie drammatiquement mise en danger.
Merci profondément d'avoir persévérer et de continuer à exister tous les jours d'avantage!
Enfin. Certains matins, donc, je me réveille avec l'impression terrifiante de ne pas être sortie du cauchemard, mais grâce à mon fils, à mon copain, à ma famille et à mes précieuxses ami.e.s, je me retrouve tous les jours à continuer à vivre, m'accrocher, créer, trouver des raisons, trouver du beau - je me retrouve tous les jours à remonter un peu plus la pente - j'ai même recommencé doucement à donner quelques ateliers: une victoire personelle face au combat ordinaire.
Alors voilà. Pour le moment je prends soin de moi - je ne peux pas faire autre chose. Je n'ai pas les moyens de faire autre chose - et bien sur je ne parle pas que d'argent.
Tout ce qui concerne physiquement la librairie est encore à suivre, légalement les délais savent être très, trop longs - alors j'attends.
Je suis trèes, trèes fatiguée mais je ne m'avoue pas, je ne m'avoue plus vaincue.
À bientôt.