12/13/2015
Ah! ces crétins de souverainistes…
Avec l’élection de P.K. Péladeau à la tête du Parti Québécois, la question de l’indépendance politique du Québec va prendre un nouveau souffle. L’ennui, c’est que, depuis plus d’un demi-siècle, le projet souverainiste repose sur une idée profondément naïve qui frôle l’imbécillité, c’est-à-dire : que la séparation va se faire sans heurt, dans la cordialité avec les voisins, à la satisfaction pleine et entière du Québec. À en croire les indépendantistes, au lendemain d’un référendum gagnant, le Premier ministre du Canada va téléphoner à son homologue québécois afin de lui dire : «Félicitations pour avoir obtenu un mandat de sécession! Comment pouvons-nous vous accommoder?»
Depuis toujours, les souverainistes sous-estiment stupidement la colère furieuse dans laquelle va entrer le Canada le jour où s’enclenchera une démarche réelle d’accession à l’indépendance. En vérité, rarissimes sont les divorces qui s’accomplissent dans la douceur, l’harmonie et le bonheur de chacun. Règle générale, la personne qui subit une décision de rupture de la part de son ex-partenaire, mais qui n’en veut pas se sent trahie, offensée, attaquée. Ce qu’elle aura perdu sur le plan sentimental, elle cherchera à s’en venger par le biais d’une guerre sans merci en ce qui a trait aux objets matériels et financiers. Et si elle dispose d’une grande force à ce chapitre, l’affrontement sera douloureux. Or, le sentiment patriotique canadien est intimement lié au concept d’un vaste pays certes socialement diversifié et complexe, mais unifié, qui s’étend d’un océan à l’autre. Briser cette vision équivaut à réveiller le lion qui dort. Il faut s’y attendre et s’y préparer : la séparation produira un conflit incendiaire. Les sanctions économiques, vous connaissez? Et je mets au défi les péquistes d’identifier un seul atout que le Québec possède qui pourrait infléchir en sa faveur le rapport de force hargneux que le Canada exercera à son endroit.Le second élément qui ne tient pas debout dans l’utopie souverainiste consiste à s’imaginer que le monde anglo-saxon va laisser s’établir sur le continent une enclave socialiste à tendance autarcique, fanatiquement écologiste, qui, sur le plan socioéconomique, va fonctionner totalement à l’envers de l’Amérique du Nord et qui risque même, irrationnellement, d’entraver la libre circulation des biens et des personnes. Qu’on se le tienne pour dit : l’indépendance politique du Québec ne sera jamais possible sans l’assentiment des États-Unis. Déjà que ceux-ci doivent composer avec cet antiaméricanisme aussi primaire que niais qui règne chez nous et par rapport auquel ils ne sont ni inconscients ni insensibles, il ne faudrait pas trop les incommoder avec un état anticapitaliste comme ils les abhorrent. Leur patience atteindrait alors ses limites. Il est absurde de penser, par ailleurs, qu’en cas de sécession, la reconnaissance du pays québécois par deux ou trois copains socioculturels ayant un siège à l’O.N.U. comme la Belgique et la France, suffirait à calmer le jeu et à couronner le tout. En ce monde, personne ne dicte leur conduite aux États-Unis. Théoriquement, ils pourraient décider d’envahir militairement le Québec et rien, sur cette planète, ne pourrait empêcher un tel geste. Avec une certaine lucidité, P.K. Péladeau a déjà évoqué le pire en soulevant l’idée qu’un Québec indépendant devra sans doute de doter d’une armée pour résister aux pressions de ses voisins politiques. Pour être honnête, donc, le Parti Québécois devrait inscrire dans son programme électoral un plan de conscription qui, le jour venu, mobilisera tous les hommes valides pour la défense de la souveraineté. Et, malgré tout, leur nombre sera toujours insuffisant face à la puissance de l’Amérique du Nord. De plus, chacun sait que la population québécoise est, en grande partie, composée d’hédonistes fanfarons entretenus et non point de vrais braves, opiniâtres et combatifs. Contrairement à Cuba, un Québec sécessionniste ne pourra pas bénéficier de l’appui d’une super-puissance ennemie des Américains comme l’était l’U.R.S.S.
Enfin, un autre point crucial que les souverainistes négligent dangereusement, c’est l’exode massif des loyalistes canadiens bien nantis, qui ne manquera pas de se produire si le Québec obtient son indépendance politique. Rêveusement, les péquistes salivent à la pensée de rapatrier les impôts que les Québécois paient actuellement à Ottawa pour organiser une orgie de dépenses publiques improductives comme seul le Québec sait en faire La réalité va leur présenter un tout autre scénario : celui où de nombreuses gens décideront plutôt de ne plus verser un sou à l’état québécois. Cela vaut autant pour les individus que pour les entreprises. Difficile alors de faire payer les riches quand il n’y en a plus. Impensable, par ailleurs, de construire une économie florissante avec des pauvres et des endettés. Cela dit, comprenons-nous bien. Depuis ma prime jeunesse, je suis sympathique à la cause souverainiste. Toutefois, j’ai grandi et j’ai appris à comprendre les rouages économiques de l’Amérique du Nord. Certes, disposer d’un territoire politiquement souverain est parfaitement légitime pour un groupe humain qui se considère comme distinct. Encore faut-il savoir dans quoi l’on s’embarque. Pour avoir la moindre chance de réaliser l’indépendance du Québec, le Parti Québécois devra présenter un projet de société nettement plus néolibéral que tout ce qui existe présentement sur le continent, de façon à séduire les Américains qui pourraient alors songer à refroidir le copinage étroit et naturel qu’ils entretiennent avec les Canadiens. Il faudrait que nos voisins du Sud voient dans le Québec du futur un terrain commercial extraordinairement avantageux, une sorte d’offre qu’ils ne pourraient pas refuser. Il faudrait aussi que les Québécois apprennent à s’impliquer positivement dans une économie de marché. Autrement, tout mouvement vers la souveraineté du Québec échouera lamentablement.
Robert Deschamps
auteur du MANIFESTE D’UN SURTAXÉ