Depuis sa fondation en mai 1982, UBU compagnie de création a connu un développement artistique exemplaire. La renommée internationale qu'elle s'est acquise est en effet le résultat de près de 25 années d’activités à l'enseigne d'une compagnie de recherche et de création. Une compagnie en marge, il faut bien le dire, des modes traditionnels de production et de diffusion théâtrales. Avec quarante sp
ectacles dont plus de la moitié a fait l’objet de tournées ou de sorties à l’étranger, la compagnie affiche aujourd’hui une feuille de route impressionnante. Dès son premier spectacle, Coeur à gaz et autres textes DADA, UBU s’organise autour du travail de Denis Marleau et d’un noyau de collaborateurs qu’il a progressivement réunis. Dans ce parcours théâtral sans interruption, deux créations, Merz Opéra (1987) et Maîtres anciens (1995), constituent des étapes charnières pour le développement de la compagnie. Chacune d’elles lui a permis d’étendre son réseau de diffusion à l’étranger, en même temps qu’elles ont été emblématiques d’une démarche double et complémentaire. D’un côté, une exploration de nouveaux langages poétiques inspirés des approches musicales et plastiques parmi les plus radicales du XXe siècle ; de l’autre, la représentation scénique qui puise dans le répertoire théâtral ou romanesque contemporain d’ici et d’ailleurs. En 1996, Le Passage de l’Indiana ouvre une nouvelle voie dramaturgique : UBU se met pour la première fois au service d’une écriture théâtrale québécoise, celle de Normand Chaurette. Voie qui s’est poursuivie avec ce dernier ainsi qu’avec le romancier Gaétan Soucy et développe par le fait même une inscription encore plus prégnante dans la culture québécoise d’aujourd’hui tout en favorisant son rayonnement à l’étranger. Cette création du Passage comme plusieurs autres confirment aussi la préoccupation d’UBU d’intégrer à sa pratique la contribution d’artistes d’autres disciplines comme les compositeurs Denis Gougeon et John Rea, les plasticiens Michel Goulet, Pierre Granche et des créateurs québécois de premier ordre ou de jeunes artistes qui ont été initiés à l’art théâtral au sein de la compagnie tout en enrichissant ses propres horizons. L’équipe d’UBU fait face à un important carnet de commandes depuis 1995 comme, entre autres : la double présentation au Festival d’Avignon (1996) du Passage de l’Indiana et de Maîtres anciens suivi de leurs tournées et sorties au Québec, à Ottawa et en Europe (1996-1997); le spectacle d’ouverture du même festival en 1997 dans la Cour d’honneur du Palais des Papes, Nathan le Sage de Lessing et sa diffusion française (1997) ; la création et la diffusion européenne des Trois derniers jours de Fernando Pessoa de Tabucchi (créé à Dijon en 1997), la reprise de cette dernière production à Ottawa et celles de Maîtres anciens à Montréal (1998), Urfaust, tragédie subjective de Goethe-Pessoa, coproduction germano-franco-canadienne, créée à Montréal en 1999 et diffusée en Allemagne et en France ; la présentation en première mondiale du Petit Köchel de Normand Chaurette à Avignon en juillet 2000 suivie d’une tournée en France et en Suisse ; la création d’Intérieur de Maeterlinck au Théâtre du Rideau Vert jusqu’à la création de Catoblépas de Gaétan Soucy au Centre national des Arts et sa présentation au Festival de théâtre des Amériques puis en programmation régulière au Théâtre d’Aujourd’hui et au Théâtre national de la Colline à Paris. Retrouvant l’oeuvre de Maeterlinck, Denis Marleau a ensuite entrepris la conception et la réalisation de la fantasmagorie technologique Les Aveugles, créé au Musée d’art contemporain de Montréal en 2002. Il sort ensuite un grand texte de l’oubli en portant à la scène Au Coeur de la rose de Pierre Perrault en collaboration avec le Théâtre du Rideau Vert. Autre pièce d’un pays du nord, Quelqu’un va venir, de l’auteur norvégien contemporain Jon Fosse est monté pour la première fois au Canada, au CNA puis à Montréal, à l’Usine C. En 2002, Denis Marleau a aussi retrouvé Beckett avec La Dernière Bande, repris dans une nouvelle mise en scène avec Gabriel Gascon au Théâtre du Rideau Vert. Le spectacle a tourné par la suite au Québec, au Canada et en France. Parallèlement à la longue tournée des Aveugles, Denis Marleau se penche en 2004 sur un récit de Tchekhov, Le Moine noir, dont il adapte la traduction d’André Markowicz pour la scène. Créé au Manège de Mons en Belgique, la production a par la suite fait l’objet d’une tournée en Europe et au Canada. En 2004 toujours, deux autres installations technologiques, soit Dors mon petit enfant de Jon Fosse et Comédie de Samuel Beckett ont été commandées et créées dans le cadre de Lille 2004, capitale culturelle européenne. Dors mon petit enfant a depuis tourné en Europe, en diptyque, avec Les Aveugles. Toujours à la recherche de voix contemporaines inusitées, Denis Marleau ouvre en 2005 le Festival de théâtre des Amériques avec Nous étions assis sur le rivage du monde... de José Pliya. Il s’agissait là de sa première incursion dans l’univers de ce dramaturge franco-béninois. A l’automne 2005, il a revisité de nouveau l’œuvre de Normand Chaurette abordant cette fois l’un de ses classiques, Les Reines qui fut présenté au Centre national des Arts, au Théâtre d’Aujourd’hui, ainsi qu’au Théâtre du Nord, à Lille. L’année 2005 a également été marqué par la création à l’Espace libre d’Ombres, premier texte dramatique et première mise en scène de Stéphanie Jasmin qui partage dès lors la direction artistique d’UBU avec Denis Marleau. En 2006, UBU crée La Fin de Casanova, une pièce méconnue de la poétesse russe Marina Tsvetaïeva à Espace Go à Montréal, production qui tient l’affiche ensuite au Centre national des Arts à Ottawa en novembre. Parallèlement, les fantasmagories technologiques continuent à voyager à travers le monde. La saison 2007-2008 marque les vingt-cinq ans de la compagnie avec deux spectacles significatifs : Othello, une première incursion chez Shakespeare porteur d’une vision forte et singulière dans une traduction de Normand Chaurette, qui signe aussi un nouveau texte Ce qui meurt en dernier créé à GO dans la foulée. En 2008-2009, deux spectacles percutants sont créés et diffusés en tournée en Europe : Le Complexe de Thénardier, de José Pliya, créé au Festival Francophonies en Limousin (Limoges) suivi d’une tournée européenne et d’une diffusion montréalaise à l’Espace GO ainsi qu’Une fête pour Boris, de Thomas Bernhard, créé au Festival TransAmériques à Montréal puis tout de suite répercuté au Festival d’Avignon, marquant un retour complètement réussi de Denis Marleau dans la cité des papes, huit ans après le spectacle tout aussi acclamé Les Aveugles. Une fête pour Boris a ensuite entrepris une grande tournée européenne pour ensuite être diffusé à Montréal à l’Usine C puis à Ottawa au CNA, en février 2010. En somme, dans la poursuite de ses exigences de création, UBU continue à approfondir ses liens d’ouverture avec les artistes contemporains et son exploration des répertoires de la modernité. Parallèlement, la compagnie tisse un réseau de plus en plus développé de partenariat à l’échelle internationale tout en affirmant sa pratique théâtrale chez elle, au Québec. Denis Marleau s’est mérité de nombreux prix et distinctions à travers les années dont deux Doctorats Honoris Causa, de l’Université Lumière-Lyon 2 (2003) et de la Faculté des arts de l’UQAM; Chevalier de l'Ordre des Arts et des Lettres, France, (2002); l’Ordre national du Québec (1999); le Prix Centre national des Arts du Gouverneur général, Canada (1999), le Prix du Cercle des critiques de la Capitale, Ottawa pour Le Moine noir, 2003, le Prix de l’Association québécoise des critiques pour Les Aveugles, (2002); le Prix du Cercle des critiques, Ottawa, pour Au Cœur de la Rose, (2002) et plusieurs masques de l’Académie québécoise du théâtre.