09/13/2025
Magie, lumière et poésie soufflent sur la marina de Grand-Mère
Par Sébastien Houle, Le Nouvelliste
13 septembre 2025 à 00h09
La «tour à bûches» de la défunte Laurentide a repris vie, vendredi soir, sous le feu des projecteurs. Quelques centaines de personnes étaient massées aux pieds de la structure de béton, alors que la Ville de Shawinigan inaugurait le très attendu projet Histoire et identités – Espaces illuminés. Si le parcours du «Jardin lumineux» a été sinueux et controversé, la livraison n’en est pas moins éblouissante. Entre images d’archives et segments d’animation, la fable impressionniste fait vibrer la corde identitaire d’une Mauricie magnifique et magnifiée.
C’est un tour de force que réalisent les Studios Bain de minuit. La «jeune pousse» a récupéré le projet du Jardin lumineux qui n’avançait plus, et où d’importantes sommes avaient été englouties.
Le spectacle son et lumière présenté vendredi soir tire un trait sur les écueils passés et offre à Grand-Mère une œuvre unique et étonnante. La tour des papetiers, vestige de l’usine qui a fait vibrer le cœur de la ville durant 126 ans, s’avère être un canevas sur lequel une région tout entière se révèle à elle-même.
Et la trame historique remonte loin le cours du temps. Le récit fait la part belle aux racines atikamekw qui dorment dans le sol. Les Studios Bains de minuit ont d’ailleurs eu la délicatesse de confier la narration du court métrage à Lise-Yolande Awashish, membre de la communauté d’Opitciwan.
Ode à la nature, on dépeint ainsi, dans un tourbillon d’images, parfois abstraites, parfois figuratives, le «temps d’avant la papetière». Les chutes coulent et le bois abonde.
Puis s’invite une modernité faite de drave et d’embâcles, de bobines et de cliquetis du moulin à papier. L’arbre toujours, cette fois transformé au profit d’une Grand-Mère qui vit son âge d’or.
C’est peut-être ici que les idéateurs du projet touchent au génie, en exploitant pleinement l’architecture de la tour de béton, dont la masse et la carrure se marient avec grâce à l’austérité de l’usine et à la machine. L’image et l’écran ne font alors plus qu’un.
Le récit ne fait pas l’économie de la fermeture de la Laurentide. Le bulletin de nouvelles qui annonce le dernier jour de travail résonne comme un coup d’épée dans la trame sonore. Une fois la cicatrice évoquée, le fil de la fable reprend néanmoins sur une note optimiste.
C’est alors que la tour se sature d’éclats de blanc, qui laissent place à un papier réinventé, sous forme de cartes géographiques, de papier d’emballage, de feuilles s’élevant dans le ciel, comme autant de colombes. Puis l’arbre encore, qui semble dire «c’est ici que vit Grand-Mère».
Difficultés passées, projections à venir
On serait tenté de passer sous silence quelques difficultés techniques qui ont retardé la deuxième représentation de la soirée. Après une courte interruption, le spectacle a repris et l’équipe technique a promis de faire les ajustements nécessaires pour la prochaine fois.
De la même manière, certains spectateurs semblaient moins avantageusement placés sur le site, et disaient ne pas tout saisir de la narration. Sinon, les commentaires entendus allaient généralement de la satisfaction à l’émerveillement.
En amont de la présentation, le maire de Shawinigan, Michel Angers, saluait l’effort de chacun, Studios Bain de minuit, les équipes de la Ville, les nombreux entrepreneurs locaux, l’artiste Jacques Newashish, ayant chacun mis la main à la pâte.
Abordant du bout des lèvres les difficultés qu’a rencontrées le projet, le maire a un peu paru vouloir justifier la gestion du dossier, pour laquelle il a essuyé sa part de critiques. Quelque 3,4 millions de dollars et beaucoup d’énergie municipale ont été investis dans l’aventure.
Stéphane Turner, directeur au développement des affaires chez Bain de minuit, le maire de Shawinigan Michel Angers, et l'artiste Jacques Newashish ont rencontré la presse quelques minutes avant la projection.
Stéphane Turner, directeur au développement des affaires chez Bain de minuit, le maire de Shawinigan Michel Angers, et l'artiste Jacques Newashish ont rencontré la presse quelques minutes avant la projection. (Sébastien Houle/Le Nouvelliste)
L’avenir saura mesurer l’importance du legs, mais vendredi soir avait les allures d’une soirée de grande première à la marina de Grand-Mère.
Quand on se souvient du choc qu’avait causé la fermeture de la Laurentide, du maire Angers marchant à l’avant du peuple, qui avait pris la rue pour crier sa colère, et le vent violent d’incertitude qui soufflait alors sur la ville, on ne peut que constater le chemin parcouru.
On pourra voir et revoir la projection du spectacle chaque jeudi, vendredi et samedi soir, jusqu’à la fin de semaine de l’Action de grâce, et l’été prochain encore. Le spectacle se déployant sur trois faces de la tour, l’œuvre peut être plusieurs fois revisitée pour en redécouvrir de nouveaux aspects. L’accès au site est gratuit.
Les installations et les équipements appartenant à la Ville, il s’agira enfin de voir, par-delà l’an prochain, si un nouveau spectacle peut être mis sur les rails.
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