06/20/2026
Olivette, la «super-héroïne» du Culte de Port-Alfred
«Andy Ellefsen rêve d’une bibliothèque qui porterait le nom d’Olivette Lévesque-Babin, à l’Église Saint-Édouard. En attendant que le projet se concrétise, lui et ses collègues ont fait de cette «super-héroïne» le visage du prochain Culte de Port-Alfred.
«C’est une personne extraordinaire, mais qui est peu connue. On lit les faits saillants de sa vie et on a le souffle coupé. Elle était très avant-gardiste», souligne le président du festival de La Baie.
Voilà pourquoi le visage d’Olivette Lévesque-Babin, décédée en 2002 à 88 ans, sera imprimé sur plusieurs chandails à l’effigie du Culte de Port-Alfred, et qu’une petite installation biographique permettra aux visiteurs d’en apprendre plus sur son parcours lors de la 4e édition, le 1er août.
«On va aussi l’afficher à la journée citoyenne de Patrimoine Saint-Édouard le 28 juin en après-midi. On va mentionner le fait qu’on milite pour que la bibliothèque porte son nom, pour tout ce qu’elle a fait», ajoute Andy Ellefsen, qui est aussi le vice-président de cette corporation impliquée dans la sauvegarde de l’église baieriveraine.
Le public découvrira ainsi l’histoire d’une mère de 14 enfants, qui aura défié toutes les conventions de son époque et multiplié les exploits toute sa vie: première femme à siéger sur un conseil municipal dans la région, études en urbanisme et en droit parmi les hommes, développement d’un programme de recyclage, fondation d’un centre pour femmes en difficulté... Et même l’atteinte d’un vieux rêve de jeunesse à 78 ans, avec des études en création littéraire à l’UQAC, et la publication d’un premier livre, deux ans plus t**d.
C’est d’ailleurs une photo d’elle avec l’ouvrage en main qui a été choisie pour l’installation biographique et le chandail du Culte de Port-Alfred.
«Des membres de la famille nous avaient envoyé leurs photos préférées. On est un festival de musique actuelle, on a un côté rock ‘n’ roll, et je trouvais que l’image, avec les lunettes fumées, montrait une autre facette de cette madame, qui correspond bien au Culte», note Andy Ellefsen, saluant du même souffle le design du chandail concocté bénévolement par l’artiste visuelle Alexa Tremblay-Francoeur.
«Je trouvais la photo badass, comme Mélikah le dit», renchérit-il, un sourire dans la voix.
Un cadeau «incroyable» pour la famille
La Mélikah en question, c’est l’autrice Mélikah Abdelmoumen, l’une des petites-filles d’Olivette Lévesque-Babin, qui en 2023 avait lancé un essai inspiré du parcours de sa grand-mère (Les engagements ordinaires). Deux ans après que sa tante, Constance Babin, en ait publié la biographie.
L’écrivaine originaire de Chicoutimi confirme avoir ressenti une grande joie, à l’instar d’autres membres de sa famille, en apprenant l’initiative via le groupe Facebook des Babin.
Surtout que le Culte de Port-Alfred, dont elle ne connaissait pas
l’existence jusque-là, «ça fit avec grand-maman».
«C’était une femme qui n’était pas traditionnelle, d’aucune façon.
Elle ne s’est jamais laissée enfermer dans les diktats de son époque, alors que ce soit ce festival-là qui pense à elle, je crois que ça lui aurait beaucoup plu. Il y a une transmission entre les générations, qu’elle aimait beaucoup, et ce ne sont pas des gens conventionnels», se réjouit Mélikah Abdelmoumen.
«Même Andy [Ellefsen], qui de ce que je comprends est quelqu’un d’extrêmement engagé, je crois que ma grand-mère aurait bien aimé boire une bière avec lui.»
Olivette Lévesque-Babin avait comme le Culte de Port-Alfred un côté «contestataire», «punk», et une propension à «exploser le cadre». Des traits surprenants pour une dame née en 1914, rigole sa petite-fille, mais qui l’ont justement amenée à porter avant le temps les causes féministe, environnementale et culturelle, notamment.
Au-delà de son petit bonheur à elle, Mélikah Abdelmoumen a eu une pensée pour ses oncles et ses tantes en apprenant l’initiative du festival baieriverain. Car la famille n’est plus seule, désormais, à porter la mémoire d’Olivette Lévesque-Babin.
«C’est un cadeau extraordinaire que les organisateurs nous font. On sent qu’elle est reconnue en dehors du cercle de la famille. Et ce qu’elle a accompli, justement, ce n’était pas juste pour nous, mais pour toute la communauté», partage l’autrice, qui se croise maintenant les doigts pour voir naître une Bibliothèque Olivette Lévesque-Babin, dans le coin de pays de sa grand-mère. »
Un article de Marc-Antoine Côté, Le Quotidien