09/04/2026
𝗥𝗘𝗧𝗢𝗨𝗥 𝗦𝗨𝗥 𝗟'𝗘𝗡𝗧𝗥𝗘𝗧𝗜𝗘𝗡 𝗔𝗩𝗘𝗖 𝗗𝗢𝗡 𝗗𝗔𝗥𝗕𝗬
𝗣𝗥É𝗦𝗘𝗡𝗧É À 𝗟'𝗔𝗡𝗚𝗟𝗜𝗖𝗔𝗡𝗘 𝗟𝗘 𝟵 𝗔𝗢Û𝗧 𝗗𝗘𝗥𝗡𝗜𝗘𝗥
Hommage à Don Darby par Marie Rioux
J’ai connu Don il y a une cinquantaine d’années au mythique bistrot le Chantauteuil dans le Vieux Québec. Mon amoureux était serveur à cet endroit et il croisait la faune artistique du moment. Il me présenta Don, Jocelyn Gass, Égide Allaire, Carol Poulin et bien d’autres….
Grâce à ces rencontres j’ai eu accès à un petit espace d’atelier dans un sous-sol d’une vieille bâtisse près de la rivière à Limoilou. Certains bricolaient, d’autres soudaient… dans une ambiance pas mal masculine. Franchement ce n’était pas ma place avec mon chevalet et mes pinceaux. L’aventure dura à peine 2 mois… Les années ont passé. Je croisais Don ainsi qu’André Bécot au fil des expositions. André, quel artiste généreux, quel professeur original, quel ami fidèle de Don.
Ensuite, j’ai retrouvé Don lors de l’ouverture de mon restaurant, l’Abraham Martin, installé dans le complexe Méduse, haut lieu d’un regroupement de centres d’artistes en Art Actuel et cela au milieu des années 1990.
À cette époque, le collectif « L’îlot Fleuri » occupait un terrain vague situé juste en face de mon café. Ce lieu abandonné, véritable cicatrice au cœur de St-Roch, était devenu le cheval de bataille de l’artiste Louis Fortier, grand ami de Don, Ils habitaient tout près. Louis et un comité avaient rassemblé et invités sculpteurs, artistes reconnus et émergeants à transformer cet espace en un symbole de résistance, de beauté et de renouveau, en le rendant plus vivant, plus humain, plus vert.
C’est aussi à cette époque que Don m’a confié L’HOMME de PÉKIN. Il souhaitait que cette sculpture d’acier habite le café, où les clients pourraient non seulement l’admirer, mais surtout la toucher. À force de caresses le métal se polissait peu à peu. L’oeuvre vivait au rythme des gens comme Don l’avait souhaité et imaginé.
L’ HOMME de PÉKIN est demeuré une dizaine d’années dans mon restaurant. Don venait parfois souper le vendredi soir après une longue journée passé à son atelier. Nous discutions de tout, mais surtout d’art. Il m’encourageait à poursuivre ma démarche, à persévérer malgré les doutes et mon manque de temps.
Après la vente de mon restaurant j’ai pu enfin me consacrer entièrement à mon travail d’atelier. Mon travail évoluait, je me suis jointe, au groupe d’artistes du Studio Bécot. Nous nous y croisions souvent, on échangeait toujours autant sur le travail de l’artiste, des journées magiques et des moins bonnes où l’on se sent complètement dépassées. Il m’a surtout appris à profiter de ces journées difficiles en m’occupant différemment à l’atelier. Et que petit à petit à force de travail et de persévérance nous entrons dans notre bulle de création, notre univers des possibles… et c’est un grand bonheur.
Un jour, lors d’une exposition collective au Studio Bécot, Don s’est arrêté devant une de mes œuvres. Après un moment il me dit: tu crées des atmosphères. Don Darby a été le premier à mettre des mots sur ce qui m’animait profondément.
Ce moment a marqué un tournant dans mon parcours. Il m’a donné la confiance de poursuivre cette voie qui est encore aujourd’hui au cœur de ma démarche artistique.
Nous partageons, je pense, une même conviction: on naît créateur, on ne le devient pas. Heureusement… ou malheureusement. Les véritables créateurs, comme Don, ont rarement une vie ordinaire. Je l’ai souvent entendu dire qu’il était marié à l’art. J’imagine qu’il a dû en faire pleurer quelques-unes…
On rencontre rarement des artistes comme Don Darby. Il fait partie de ceux qui ne semblent jamais tout à fait conscient de l’importance de leur œuvre.
En 2015, la Maison Hamel Bruneau lui consacrait sous le commissariat de l’artiste multidisciplinaire Hélène Matte une remarquable rétrospective qui soulignait l’ampleur et la cohérence de son œuvre.
Qu’en 2026, une exposition d’envergure lui soit consacrée au Centre d’exposition Louise-Carrier n’est que justice à ce grand artiste qui continue à produire encore aujourd’hui. Il fallait le voir, rayonnant, lors du vernissage le 28 juin dernier. Heureux, le regard d’enfant d’un jeune homme ….de 89 ans. Merci à Claude Vallière, un grand allié des arts visuels à Lévis depuis de nombreuses années.
Pour moi, Don restera avant tout un artiste libre et généreux qui a su reconnaître en moi ce que je ne voyais pas encore.
Merci mon Ami!
Marie Rioux
𝗣𝗵𝗼𝘁𝗼𝘀 : Serge-Philippe Tremblay