26/03/2022
SAMBOUE JEAN BERNARD_24 ANS DÉJÀ!
Il y a 24 ans de cela déjà que SAMBOUE Jean Bernard tirait sa révérence! C’était le 26 mars 1998! En ce jour anniversaire de sa disparition, je rends un hommage mérité à cet illustre homme de culture, arraché à notre affection à seulement 49 ans! Mais un Artiste ne meurt pas, dit-on! Dors en paix, Tonton SAMBOUE! Nous t’aimons!!!
KARI, LE VILLAGE NATAL
SAMBOUÉ Jean Bernard est originaire de KARI, situé à une quinzaine de kilomètres de Houndé, chef-lieu de la Province du Tuy. KARI, beaucoup l’ignorent, est un conglomérat de sept villages traversés par la RN1. A gauche, après Houndé et Soukourlaye, en allant à Bobo-Dioulasso, trois (3) magnifiques villages s’étalent au flanc des fières et emblématiques collines: Gnienkuy, Dombokuy et Dankari (Kamahan). A droite, s’étendent, plus en profondeur, majestueusement, Lonkuy, Bombi, Bonsa, et Doufien, le village de l’Artiste. Le savoir-faire de la jeunesse « Karisienne » est la confection de chaises de soupir en bois, très prisées des nombreux voyageurs! Les autochtones de KARI sont les Bwaba. Les Peuls et les Mossé constituent les deux groupes ethniques majoritaires de cette atypique fédération de sept (7) villages à l’hospitalité légendaire!
L’ENSEIGNANT ET LE MUSICIEN
SAMBOUE Jean Bernard est né vers 1949 à Dankari. Après ses études primaires à Dédougou et Houndé puis ses études secondaires à Bobo-Dioulasso, il fait son entrée en 1971 à L’université de Ouagadougou, autrefois appelé Centre d’enseignement supérieur. Avec son DEUG en poche, il débuta une carrière de professeur de Sciences naturelles (SVT) et obtint plus t**d sa licence. Parallèlement à son métier d’enseignant, il s’adonna à la musique, une de ses passions favorites. Sa particularité? Le tianhoun, cet instrument de musique fabriqué à base de tiges, typique au peuple bwa qu’il jouait avec admiration. Une véritable virtuose!
L’ÉCRIVAIN
En plus de l’enseignement et de la musique, SAMBOUE Jean Bernard aimait lire. Cette passion dévorante pour la lecture le conduit au crépuscule de sa vie à écrire sur son lit d’hôpital à la PISAM (Polyclinique Internationale Sainte Anne-Marie) à Abidjan ce magnifique roman Halombo, chronique romancée du pays Bwa. Edité à titre posthume en 2001 par les éditions Hamaria ce roman de 135 pages est préfacé par son ami Oger KABORE qui, parlant de l’auteur disait qu’il est « un homme très pénétré des réalités de son milieu natal et pétri dans la sève de sa culture ancestrale ». Ce roman, qui rappelle Crépuscule des Temps anciens de son Aîné N**i BONI, rapporte à travers ses personnages principaux Siénwan et Halombo des récits et anecdotes très édifiants du village de KARI. Les lecteurs de cette œuvre se souviendront toujours de l’anecdote de la mort brusque du chef de terre qui était source d’inquiétude. L’enquête mystique va révéler que sa mort serait la sanction infligée par les ancêtres parce qu’il aurait égorgé les poulets sacrificiels avec la main gauche.
LA SEPARATION
Le 26 mars 1998, Ö, incurable douleur ! « La baguette de Kari » s’est brisée en « brousse ». SAMBOUE, ce triste 26 mars 1998, tu as rejoint à jamais Maman Laho avec qui tu t’évadais les soirs venus sur les Collines de Kari ! Orphelines, ces collines, fières, de Kari sont désormais orphelines, sans toi ! SAMBOUE, le temps n’est plus beau, sans toi ! Et notre amour aussi ! L’amour de Aicha, de Lisa, de chérie Denise. Oh, Oh Oh, oui, tu nous as trahis ! Et nous serons malheureux pour toute notre vie ! L’Aurore est si sombre, glaciale et effroyable à présent, à Doufien !
INTERROGATIONS
SAMBOUE, les collines de Kari sont présentement en mutation ! Désolation ! Ils ont dérangé, par leur cupidité, le sommeil du boa ! Sur l’Autel, ils veulent bâtir des hôtels ! Sacrilège ! Le panthéon multiséculaire est profané ! Et les dieux n’assistent plus les pieux ! Renégats, sans bouée, ils périront, assurément, noyés dans leur mare de rénégation, SAMBOUE ! Interrogations ! Inquiétudes légitimes ! Ö, Lombo, N**i, Wanhoun, vous nous avez vraiment déçus ! Et toi Pèrèkoin, pourquoi n’écoutes-tu pas nos supplications ?
GRATITUDE
Paix sur toi, Homme de Culture. Paix sur toi, digne fils de KARI ! « La mort tue l’homme ; elle ne tue pas son nom ! », disait Maitre Frédéric Titenga PACERE. Nous le porterons haut, le flambeau de notre culture ancestrale ! Nous le ferons flotter fièrement, sur nos fières collines, l’étendard de notre culture que tu nous as légué ! « On meurt pour être un guide, on meurt pour être un flambeau », disait encore Maitre Frédéric Titenga PACERE ! Merci de nous avoir montré et éclairé le sentier SAMBOUE ! Sur tes indélébiles traces, DOMPIRO de Kari, le fils de la fourmilière de Dombokuy joint passionnément ses pas !
L’HOMMAGE
Mes tristes vers célèbrent aujourd’hui une icône
Dont les mélodies dans mon âme encore sonnent,
Comme la trompette au jour dernier des Écritures.
M'entends-tu depuis la solitude de ta sépulture ?
Il s'appelait SAMBOUE Jean Bernard !
Je ne l'ai connu que vraiment bien trop t**d !
J'étais encore trop jeune lorsque cette virtuose du tianhoun,
En dépit de tous ses talents fut appelé à rejoindre Wanhoun
Et tous mes vénérables aïeuls qui séjournent sous les collines,
Les collines de Kari, le Panthéon des détenteurs de mes racines.
C'était en mille neuf cent quatre-vingt et dix-huit, en terre d'Eburnie.
Mon Père a pleuré comme un élève studieux qu'on punit.
Tes collègues professeurs ainsi que tes élèves ont pleuré !
Que dire des larmes intarissables de ton ami Oger KABORE ?
Et des jérémiades de tous ces musiciens et parents déboussolés ?
Déboussolés ! Oui, ton départ nous a tous désolés !
Halombo, ce chef d'œuvre que tu as écrit sur ton lit d'hôpital
Est resté jusqu’aujourd’hui l’héritage que je garde de ton départ brutal.
Ce roman me rappelle tellement Crépuscule des Temps Anciens
De ton Ainé N**i BONI, aussi arraché trop tôt à l'affection des siens !
Halombo ! Hakani! Ô que de précieuses dames vertueuses !
Samboué, Boni, Ô, que de preux héros terrassés par la vicieuse !
Vingt et six mars mille neuf cent quatre-vingt et dix-huit,
A l'appel de ton nom par Dombeni, tu dis définitivement oui.
Kari, tu enterras ce jour le talent que tu avais reçu !
Ah, Ancêtres, vous nous avez vraiment déçus !
Lombo, N**i, Pèrèkoin, pourquoi n'avez-vous pas écouté nos supplications ?
Qui portera désormais l'étendard sur nos collines en mutation ?
Gnienkuy, Dombokuy et toi Kamahan qui est aussi dans Kari !
Lonkuy, Doufien, Bombi, Bonsa voulez-vous que de vous l'on rit ?
Rappelez-vous les fiers baassés de nos vaillants Ancêtres !
Avez-vous oublié les chansons de Wadio qui nous font connaître ?
Hélas oui, car vous ne savez plus boire que ce vin blanc,
Ce vin devenu un cancer qui cloue tous nos jeunes au banc.
Ils ne savent même plus danser au rythme du vénérable Dô,
Au pas du yenyé, du baka et de toutes ces danses de notre crédo.
Ils sont tous partis, nos Héros que nous aimions tant !
Soutenez, bon sang, les seuls qui vous restent pendant qu'il est temps !
Repose en paix Tonton Bernard, auprès de grand-mère Laho !
Et couvrez-nous de vos bénédictions, vous qui nous voyez depuis là-haut !
Boromo, 26 mars 2021
In Hommage, Editions Plum’Afrik, Août 2021, p.93
LA VIDEO
Pour clore cet hommage à notre illustre disparu, je vous invite à visionner la vidéo-amateur que nous avons montée l’année dernière lors du 23e anniversaire de son décès ! Nous n’avons aucun droit ni sur les sons, ni sur certaines images contenus dans la vidéo. Notre intention est juste de rendre un hommage mérité à cette icône de notre Cuture, à ce « Bend-Naba » vite arraché à notre affection ! Dors en paix SAMBOUE, car tu n’es pas mort !