21/05/2022
Les Maransé ou Kaadey
Le kaadciini, langue des kaadey est un dialecte songay parlé au Burkina Faso dans huit provinces sur les quarante cinq que compte le pays. Avec environ vingt mille (20.000) locuteurs (d’après nos enquêtes de terrain), le kaadciini fait partie de ces langues nationales qui jusque-là, n’ont fait l’objet d’aucune étude.
Après des enquêtes prospectives qui nous ont permis de circonscrire notre zone d’étude, nous avons vu que dans certains villages kaadé, (exemple : Barkana dans le département de Rollo ; Base, Sam et Bani dans le département de Bourzanga ; Begemdere dans le département de Nassere et Tifou, dans le département de Kaya), la langue avait disparue. Cette situation de la langue nous interpelle car elle risque de disparaître dans les prochaines décennies si rien n’est fait […]
1- PRESENTATION DES KAADEY
Le Maranga (plu. Maranse) désigne une ethnie du Burkina Faso et les personnes qui appartiennent à cette ethnie. Ils sont ainsi appelés par les Moose et par l’administration. Cependant, ils se reconnaissent plutôt comme des kaadey (sing. kaada) et leur langue est le kaadciini.
1.1 Situation géographique
1.1.1 Situation géographique des kaadey au Burkina Faso
Le kaadciini est parlé au Burkina Faso, principalement dans les provinces du Yatenga, du Lorum, du Soum, du Sanmatenga, du Namentenga, du Bam et du Ganzourgou. Au Burkina Faso, il est rare de trouver un village spécifiquement kaadey. Ils cohabitent habituellement avec les Moose ou les Peuls. […]
1.1.2 Situation géographique des kaadey en Afrique de l’Ouest
Selon le site wikipédia consulté le 17 mai 2010, Le songhaï compte 3 millions de locuteurs et est parlé dans plusieurs pays d’Afrique de l'ouest. Le songay est caractérisé par un faisceau de dialectes. Il est parlé en grande partie le long du fleuve Niger : au Mali, au Nord et à l’est du Burkina Faso, dans la partie occidentale du Niger, au nord-ouest du Nigeria et dans le nord du Bénin. Plus au Nord dans les oasis de Tabelbala (en Algérie), on parle une langue qui est songhaï en structure mais, en grande partie arabe et berbère dans son lexique.
Selon le même site, le songay est classé dans la famille nilo-saharienne. Le rapport du songay avec les autres langues de cette famille est cependant contesté et certains le rapprochent des langues mandé (appartenant à la famille des langues nigéro-congolaises) avec lesquelles il partage de fortes similarités.
Selon Nicolaï (1981), le songay se compose de deux groupes distincts de dialectes : songhaï méridional et songhaï septentrional. L'intercompréhension n'existe pas entre ces deux groupes. Le songay méridional est parlé principalement le long de la vallée du Niger, entre Djenné et Labzenga (au Mali) connu sous le nom de sonrhaï, puis le zarma en aval jusqu'au nord-ouest du Nigeria, le dendi dans le Nord du Bénin. On le trouve aussi dans plusieurs villages du Burkina Faso et au Ghana. Le songay septentrional est parlé par des populations sédentaires d'Ingal et de l'Aïr, et dans les oasis de Tabelbala (en Algérie), ainsi que par des populations nomades à Abdala et Aba lac au Niger et au Mali à Ménaka. […]
1.6 Les patronymes des kaadey
Selon notre informateur Kafando Yamba, certains patronymes sont surtout donnés par les Moose. Il nous a raconté l’origine du nom Pafadnam en ces termes : « Quand les kaadey sont venus s’installer dans le moogo, ils se déplaçaient toujours avec leur lance à la main. Même devant les chefs moose, ils ne se séparaient jamais de leur lance, ce qui ne plaisait pas aux moose qui en ont fait la remarque à leur chef. Ce dernier leur a simplement dit que c’est une ethnie qui ne donne pas de l’importance à la chefferie. Et depuis ce temps là, on a commencé à les appeler les Pafadnam, ce qui veut dire ceux qui ne donnent pas de l’importance à la chefferie ». Pendant la colonisation, lors des premiers recensements, les chefs moose ne connaissant pas leurs noms les ont fait recenser sous le patronyme Pafadnam.
Selon les kaadey que nous avons rencontré, les vrais patronymes kaadey sont : Maïga, Kirokoye, Garikoye, Cerakoye, Gerikoye, Gasambe, Gasonde, Tusakoye, Kobio, Mèhèrou. Nous avons dans notre parcours rencontré d’autres patronymes comme : Pafadnaam, Lompo, Kafando, Belem que les kaadey ne reconnaissent pas comme authentiques. Pafadnam Yamba, nous dit également que les kaadey à leur arrivée portaient des cicatrices assez particulières. C’était des traits larges qui quittaient le haut du visage et descendait le long de la joue jusqu’au niveau du menton. Les Moose les désignaient alors comme ceux qui portaient des larges balafres sur les joues "nenga yaa mara " pour dire que le visage est plein de rayures. Et par la suite pour désigner les kaadey les Moose disaient ceux dont le visage est pleint de rayures. D’où la déformation de "nª mara wa soaba" en "mara"+"-ga" pour désigner celui qui porte ces rayures.
Un extrait d'une étude du Dr Alain OUEDRAOGO sur les Maransé
Credit Photo: Vu sur Facebook !
Gouri Mathieu