06/12/2021
EMOTION PUCCINI !
Qu'il fut extrêmement émouvant oui émouvant d'assister en ce 29 novembre 2021 dernier aux commémorations de la journée Puccini voulue, conçue et organisée par l'istituto culturale italiano de Bruxelles, en qualité de directeur du Centre Lyrique Giacomo Puccini de Bruxelles à l'occasion de la 97ème commémoration de la disparition de l'illustre et flamboyant Maestro Giacomo Puccini survenue en la clinique du docteur Ledoux au 1 avenue de la Couronne à 11h30 du matin, clinique remplacée depuis par l'imposant immeuble de briques rouges de la résidence Crown House.
Sur invitation officielle de l'istituto culturale dans l'impulsion remarquable mémorielle et lyrique de son nouveau directeur le professeur Paolo Sabbatini en ce jour particulier pour ceux qui ont le Maestro Puccini dans le coeur et sous l'hospice bienveillant de cet homme d'elégance et de grande culture représentant de l'état italien, je fus très heureux d'assister en un nouveau dévoilement de la plaque Puccini déjà existante mais pour l'occasion renovée en un nettoyage, en un lessivage ô combien bienvenu, ô combien à propos, ô combien nécessaire, rendant enfin la dorure originelle, en un noble bronze doré d'époque du magnifique profil en noblesse de chevelure et de port de tête du Maestro Puccini, ne faisant pourtant en rien disparaître de ce 23 décembre1858 gravé, boursouflure d'inexactitude calendaire et indélébile qui désomais se révèle encore plus, redonnant ainsi toutefois et tout est là, l'habitude au devoir et au lustre de mémoire dû au Maestro Puccini mort à Bruxelles et de venir ainsi en tout petit nombre symbolique, se souvenir oui se souvenir et se recueillir devant le lieu symbolique qui vit s'éteindre le dernier génie de l'opéra.
J'y étais donc anonyme, dans la foule entouré de la gente politique locale et italienne venue à propos célébrer et tenir tribune et moi d'alors écouter un verbe hélas convenu, superficel et bien trop politique en évocation du Maestro, "Puccini grand européen..." et pas une parole sur l'homme et l'oeuvre lyrique, mais qu'importe le principal étant d'être parmi ces à peine 20 personnes venues commémorer le célèbrissime compositeur de Manon Lescaut, la Bohême, Tosca, Fanciulla del West, Il Trittico et Turandot.
Oui l'important était bien d'être là présent dans cette matinée froide et symbolique et se souvenir au son des hymnes nationaux belge et italien du Maestro toscan dont seront jouées quelques notes de son oeuvre "chrysanthème" par quelques instrumentistes, morceaux de 1890 qui par ses thèmes inspireront le premier triomphe de l'illustrissime Puccini en la Manon Lescaut de 1895, notes se faisant enluminures de l'instant après des années de silence en cet endroit chargé d'histoire lyrique, au pied du lieu même où se tenait alors cette clinique du docteur Ledoux tombeau où à l'aube de ses 65 ans allait infortunement entrer dans un dernier souffle de souffrance le Maestro Puccini.
Un Maestro Puccini terrassé d'une crise cardiaque laissant ainsi de façon tragique s'envoler son ultime rêve, celui de composer son final de la Turandot désiré ardemment, en un duo ambitionné, imaginé plus grand et somptueux que celui du Tristan wagnérien, final entravé dans la violence de l'emportement soudain implaccable et fatal de cette macable décidée égoïstement de prendre brutalement le dernier matin du compositeur, s'ennivrant des faiblesses cardiaques du musicien affaibli par la maladie, offrant moqueuse comme linceul au célèbrissime compositeur au seuil d'un lendemain d'une opération à la gorge de la dernière chance, l'agonie muette, Puccini vaincu dans le silence d'une voix qui n'était plus, d'aiguilles au radium en gorge martyrisée, d'une terrible ironie du sort d'être condamné à s'exprimer sur un petit carnet griffonné, pour celui qui avait su enchanter en oeuvres lyriques extraordinaires la voix des autres, laché par un coeur anéanti par tant de souffrances vaines et inutiles alors que la guérison n'eut été au vu de la gravité du mal que fol et vain espoir...
Les 36 pages laissées ainsi de la Turandot restée inachevée par le Maestro de Torre del Lago au chevet de son agonie, dont ses dernières forces furent pourtant inlassablement mises à composer jusqu'au bout malgré le mal qui le rongeait, nous laissent jusqu'à nos jours orphelin de cette fin promise restée dans l'abîme d'un novembre s'en allant emportant l'inspiration fulgurante qui n'aura pu livrer la conclusion dramatique qu'aurait été cette ultime confrontation Turandot-Calaf firmament d'amour ambitionné et célébré après le sacrifice de Liu, comme le souhaitait ardamment et l'espérait profondement le compositeur en ce final de ce troisième acte ultime voulu glorieux d'apothéose passionné et triomphal, finissant de rappeler au Monde que le "patron" de ce temps lyrique s'appelait définitivement Giacomo Puccini.
Turandot composé entre espoir et hésitation par un Maestro fébrile et en prise à de forts accents de doute en mélancolie marquée, atmosphère étrange qui dès le début de la composition de son ultime drame lyrique resté ainsi pour l'éternité le testament du dernier génie italien, devient terrible prémonition avenue hélas de ne point pouvoir finir jamais l'ouvrage novateur en tout point qui se verra transformer en cette conclusion effroyable à la vie du compositeur italien le plus populaire et adulé de ce début de siècle convalescent d'un premier conflit mondial en cette Italie prête à s'offrir malheureusement conquise au fascime du Duce.
Dès lors cette Turandot abandonnée aux confins de cette mort captive de son hypothétique final, cette Turandot réduite en silence et orpheline de son créateur restait au bord de la théâtralité lyrique merveilleuse fluide, émouvante, passionnée déchirante et immuable du compositeur héritier de Verdi dans le coeur des amoureux de l'opéra italien, Turandot condamné à rester dès lors dans l'accomplissement déchirant de cette prémonition odieuse drapée dans les ténèbres, la mort du Maestro privant de sa divine inspiration l'ultime chef d'oeuvre, inspiration condamnée alors en continuité plusieurs mois plus t**d affublée d'un final insipide que la famille et Ricordi permis toutefois concédant que l'on finissa de combler un impossible vide laissé béant de mesures vides de notes à naître, laissant entendre l'espoir délicat et déchu de combler l'urgence puccinienne de n'avoir pu, de n'avoir su finir son ouvrage par faute de trop s'être adonné à la cigarette, qu'en inexorable maîtresse de fumée rattrapa le Maestro de Torre del Lago au pire des moments, interdisant définitivement la créativité en ce couronnement lyrique perdu et évanoui, d'une vie de musicien travailleur acharné, voulu et esperé final triomphant d'une oeuvre lyrique, Puccini ignorant lorsqu'il arriva à Bruxelles que ce fut pour un aller sans retour, pour une Turandot sans son duo final.
Une oeuvre lyrique devenue universelle incontournable entièrement happée des passions et déchirements humains aux amours contrariées en mort souvent reconciliée de héros écrasés en force de destins déchirants et vaincus, fatum dépassant la fiction et rattrapant le Maestro lui interdisant d'atteindre le but ultime d'une vie entière consacrée à bâtir la plus belle théâtralité lyrique qu'il soit.
Car enfin et alors que l'on se trouve à l'endroit funeste, outre au recueillement du, au coeur qui se serre et à la rêverie qui se plairait à deviner l'ombre du Maestro passé saluant d'un geste l'évocation de sa personne, on ne peut s'empêcher de se poser la seule question qui vaille, oui la seule question qui vaille en cet instant empli d'émotion. Fallait-il finir la Turandot?
Oui fallait-il réellement laisser inachevée la Turandot ou la laisser abandonnée à d'autres sculpteurs lyriques de thèmes musicaux qui n'auraient jamais pu et jamais su pétrir même matière musicale magnifique superbe et chinoise en féerie sanglante assumée.
Les grands noms de l'époque refusèrent sachant l'impossibilité de la chose et c'est ainsi que l'entreprise fut laissée à l'inspiration d'un pauvre Alfano adoubé certes mais bien incapable de se confronter à l'impossible final en tentatives de musique en mesures reprises de l'ébauche de ces fameuses 36 pages restées héritières des actes déjà composés révélant que Puccini dépassait alors en tout ce qu'il avait déjà offert au monde en passion, en maîtrise de sonorités et mélodies novatrices arrachant le coeur et les larmes d'émotions en défi de vie et de morts en personnages devenus depuis légendes, théâtralité lyrique moderne du Maestro révelant depuis à chaque fois que le rideau se lève sur cette Chine sacrificielle, comme les dernières forces laissées par le Maestro en cette course contre une mort perdue d'avance, laissaient entendre un talent toujours renouvelé incandescent de lyrisme, d' orchestrations, de choeurs, de personnages souverains devenue seule certitude amère d'empreinte laissée en ce 1 avenue de la Couronne, symbole d'un temps passé et qui manqua cruellement laissant ceux qui aiment profondément Puccini sans réponse ou amers et dubitatifs face au final d'Alfano, final achevé en pirus tant se cherche Puccini sans se deviner jamais, sans se voir exister, pages qu' il eut été sage au vu du résultat de laisser choir sans continuité de descendance par d'autres inspirations depuis dévoilées et imposées au risque de profaner le chef d'oeuvre et de le rendre boîteux aux portes du ciel et des nuages de cette Chine défigurée en son ultime visage par des choix imposés et écouter depuis à contre coeur.
Oui la mort de Liu eut été préférable en un final en son final de la digne évidence comme le décida le chef et ami du compositeur disparu, le Maestro Arturo Toscanini au soir de la première au teatro alla Scala, le 25 avril 1926 véritable hommage du peuple italien à son ultime génie de compositeur...que n'en fusse été toujours ainsi en tradition imposée pour les autres représentations!
Donc aurait-il fallu oui aurait-il fallu laissé inachevé ce patrimoine lyrique de toute beauté se suffir ainsi à lui-même en l'inspiration puccinienne la plus sublime même delaissée, en authenticité de ce duo qui par d'autres terminé n'aura jamais enflammé les théâtres lyriques comme celui que nous entendons depuis des décennies, ou Alfano fait entendre en un Puccini peu assumé un héritage où Alfano se montrera incapable, s'attachant en sa résolution drammatique rapide malheureuse et baclée, incapable en son travail de se pouvoir revendiquer alors du compositeur disparu exaltant un final espéré qui n'arrive jamais!
Mais peut-on lui reprocher!
Terminer Turandot c'était accepter et s'atteler à l'impossible, gravir l'Everest sans avoir rien à pouvoir le faire. Alfano ne restant par ailleurs connu que pour ces pages finales en une postérité lyrique bien faible, ses propres opéras n'ayant jamais passé le jugement du temps et l'on se peut interroger du choix fait à l'époque par la famille Puccini dans la gestion d'un cornelien dilemme qui passé par les affres du temps laisse une blessure ouverte en celle de 36 pages d'ébauches en rien transcendées.
Inévitablement cette interrogation se fait vive donc lorsque l'on se trouve face à cette façade imposante de la résidence Crown House en un jour où la tristesse se veut souvenir devant cette magnifique plaque qui ironie fait naître le Maestro le 23 décembre 1858 alors que le Maestro naissait le 22 décembre, ultime pirouette en coqueterie de date, du au compositeur lui-même, et on l'ignore, qui lorsqu'il arriva à Bruxelles donna ce 23 repris par le sculpteur lors du travail de bronze par la suite apposé, où le profil magnifique de Puccini embellit le lieu, plaque à l'élégance nostalgique de beauté lyrique perdue, se révèlant encore plus belle au rayon de soleil caressé dans le froid d'un ciel bleu complice.
Le questionnement se fait donc jour inexorable ou désuet me direz-vous, se révélant urgence dans l'acceptation bien réelle et désormais inévitable d'une inspiration tordue, souffrante, éteinte et meutrie en ses lieux de ce final autre rajouté par Alfano qui ne fut jamais disciple du grand Puccini comme entendue proféré par des politiques ignorants de ce 29 novembres 2021 en mots bâclés et inexacts.
Inspiration d'Alfano qui profane peut- être et même sûrement l'inspiration que le génie s'éteignant vaincu d'épuisement laissa s'échapper en feuilles restées quasi vierges et immaculées, l'image d'un Puccini muet souffrant désolé afflige et se fait jour en ma mémoire alors que les notes de chrysanthème s'éloignent devant le petit attroupement qui repart dans le bruit de la ville, qui souvent ignore que c'est en cet endroit que le Maestro rencontra la mort.
On ne peut donc blâmer la reprise du thème de la "Nessun Dorma" fait par Alfano pour imposer l'un de ses trois finals en recherche de fidélité impossible, et force est de constater alors que la cérémonie se termine que ces pages referment ce qui ne pouvait l'être! Nessun dorma devenue depuis et le Maestro en eut été fier qui sait, que ces mesures soient le symbole planétaires et universels désormais d'un art lyrique actuellement en souffrance comme le compositeur en ce 29 novembre 1924 qui dans l'agonie laissa s'éteindre sa flamboyance passionnée en l'ultime harmonie perdue Alfano ne pouvant en rien nous faire oublier par son final insipide aux mélodies maladroites d'un duo qui dégèle bien trop vite le coeur de la glaciale et terrible Turandot, qu' en aucun cas on ne pu se hisser à la musique composée par Puccini de cette Turandot extraordinaire novatrice laissant entendre même que Puccini reste pour l'éternité le dernier compositeur d'opéra de ce grand d'opéra se refermant définitivement après cette mort de Liu en reflet de celle du compositeur parti bien trop tôt.
Se souvenir oui l'exigence de se souvenir donc en ce lieu en ces rues bruxelloises en saisons qui se succèdent au fil du temps dans le parfum d'une ville que Puccini aimait et avait en haute considération.
Et alors qu'en cette fin de soirée de cette journée puccinienne où les étoiles peinent à luire sous cette pluie fine et dans ce froid qui enveloppe et que les notes de la musique du très beau concert offert par l'istituto avec un excellent Walter Fraccaro bissant le Nessun Dorma et malgré l'anachronisme désagréable et béotien lamentable d'avoir proposé de début du deuxième acte de la vériste l'Adriana Lecouvreur de Francesco Cilea par une mezzo soprane qui n'avait rien à faire sur scène en cette soirée, l'oeuvre du Maestro reposant en son entièreté sur le pilier soprane-ténor, laissant penser que Puccini fut de ce courant musical vériste, laissant la confusion regrétable et déplacée s'installée, seule fausse note en mon oreille puccinienne de cette journée, la pensée du Centre lyrique Giacomo Puccini et de son directeur était déjà toute entière tournée vers l'organisation de l'initiative PUCCINI 2024! en collabiration avec l'opéra de la Monnaie.
Mais tout de même, dans cette grisaille en temps de covid, que ce fut passionement lyrique de commémorer "l'amatissimo" Maestro Puccini.
Avoir Puccini dans le coeur voilà l'important, ressentir ces mélodie de vie et de mort déchirantes accompagnées d'une envie de passion transportée par une vision émouvante des petites et grandes choses qui font la beauté qui anime le plus profond de l'être en l'absolu!
Ecouter Puccini c'est se fondre dans une théâtralité qui se fait reflet de l'être en puissance d'une élévation en arcane envoutante des recherches de ce à quoi l'être aspire, la flamboyance de l'amour parfum particulier de splendeurs que nous rappelle et nous offre sans cesse la musique incroyablement infinie et belle du dernier des passionné, l'ultime des géants Giacomo Puccini, puisqu'après le 29 novembre 1924 s'éteignait l'opéra.
Remercions de tout coeur l'istituto culturale italiano de Bruxelles pour l'initiative splendide et laissons l'émotion gagner nos coeurs en cette journée du souvenir.
Puccini vit en nous puisque sa musique rayonne au firmament de l'art lyrique en grandes et petites maisons d'opéras nous rappelant pour toujours enfin que Giacomo Puccini à l'instant où le rayon de lune du crépuscule au détour d'une plaque salue la triomphante postérité du flamboyant Maestro homme qui aura tout donné au bout des jours pour que vive sa théâtralité lyrique par delà la mort !
PUCCINI NEL CUORE !
PUCCINI FOREVER !
AM-S