04/03/2019
À la rédaction du journal :
Le rédacteur en chef – Cela fait longtemps que nous n'avons plus eu de nouvelles de Gibus, il a complètement disparu, on ne parle plus de lui dans les journaux, les magazines, à la télé ou sur le net, j'ai donc décidé de vous faire enquêter sur le sujet et si possible d'obtenir une interview exclusive.
Le journaliste (Il change de couleur, d'abord vert-pâle, puis rouge-pivoine et enfin bleu-souffreteux) – Une interview de Gibus, c'est indispensable ?
Le rédacteur en chef – Tout à fait, c'est indiscutable.
Le journaliste – Je travaille justement sur un sujet important pour le moment et cela prend tout mon temps, vous…
Le rédacteur en chef – Vous êtes déchargé de tous vos autres projets.
Le journaliste – Mais …. Pourquoi moi ? J'ai fait quelque chose de mal ? Si v…
Le rédacteur en chef – Vous l'avez déjà rencontré plusieurs fois.
Le journaliste – Le déranger, vous pensez que c'est une bonne idée ?
Le rédacteur en chef – Cela augmenterait notre tirage et les temps sont difficiles.
Le journaliste – Oui mais j'….
Le rédacteur en chef – Vous partez demain, tout est déjà organisé.
Le journaliste – Justement demain je devais …
Le rédacteur en chef – Vous deviez ?
(Le rédacteur en chef regarde le journaliste droit dans les yeux)
Le journaliste – …. Non….. Rien….
(on l'entend à peine)
Moi ce que j'en disais…
(il fait un grand sourire à son rédacteur en chef, mais de grosses gouttes perlent sur son front, le rédacteur en chef continue à le regarder droit dans les yeux).
Demain ?
Le rédacteur en chef – Demain !
(Le journaliste sort du bureau)
Le journaliste – Encore une mauvaise nuit qui se prépare.
(Il essaie de se donner du courage)
En même temps ce n'est qu'un mauvais moment à passer et la dernière fois j'ai survécu. Ça ne sera pas pire que quand je suis allé chez le dentiste le mois passé. Il m'a arraché trois dents sans m'endormir car je suis allergique aux anesthésiants. Trois dents… Oui ça vaut à peu près une interview de Gibus… Trois dents ou peut-être quatre...
Il faudra que j'en parle à mon psy, la dernière fois il m'avait bien aidé à surmonter...
(Le journaliste part donc le lendemain, après avoir passé une mauvaise nuit.)
* * *
(Un voyage de quelques heures plus t**d, voyage qu'il a fait en marche arrière, le journaliste se retrouve face à Gibus)
Le journaliste (bien décidé à ne pas se laisser démonter) – Merci Gibus d'accorder cette interview exclusive à nos lecteurs et …
Gibus – Et lectrices !
Le journaliste – … et lectrices. Et… Où en étais-je ?... Je voulais donc d…
Gibus – Vous en étiez à mes lectrices.
Le journaliste – D…. Oui, merci ! Je disais donc… Voilà plusieurs mois que nous n'avons plus de vos nouvelles, Gibus qu'avez-vous fait ces derniers mois ?
Gibus – J'ai dormi.
Le journaliste – Oui bien sûr mais entre les nuits où vous avez dormi ?
Gibus – J'ai dormi.
Le journaliste – Oui, j'ai bien entendu… mais (il réfléchit) avant de dormir qu'avez-vous fait.
Gibus – J'ai suivi une formation.
Le journaliste – Ah nous y arrivons enfin… Donc… Quel était le but de cette formation ?
Gibus – Dormir.
Le journaliste – Vous avez suivi une formation pour dormir ?
Gibus – C'est ce que je viens de vous répondre.
Le journaliste – Oui, mais je … C’est-à-dire que … (le journaliste commence à transpirer) … et … vous avez fait autre chose que suivre cette formation ?
Gibus – j'ai fait le pont, j'ai fait une retraite.
Le journaliste – Vous avez …… quoi ?
Gibus – J'ai fait le pont.
Le journaliste (le journaliste transpire de plus en plus) – Oui, donc… euh…. Revenons-en à votre formation…
(Tout fier d'avoir trouvé une question)
Où l'avez-vous suivie ?
Gibus – En Himalaya bien-sûr, avec le grand maitre.
Le journaliste – Vous êtes parti avec votre maitre ?
Gibus – Non.
Le journaliste – Mais vous venez de dire que…
Gibus – J'ai suivi une formation avec le grand-maitre Rinchopé.
Le journaliste – Ah oui… Et le grand maitre est maitre de quoi ?
Gibus – Surtout de lui-même (Gibus sourit) et comme je vous l'ai dit, c'était une formation pour dormir.
Le journaliste – Ah oui, c'est vrai. Mais …. (il réfléchit) … Pourquoi en Himalaya ?
Gibus – C'est plus facile, surtout pour les débutants car il y fait très froid en hiver.
Le journaliste – Le froid aide à dormir ?
Gibus – À hiberner.
Le journaliste – (Le journaliste ouvre de grands yeux). Hiberner ?????!!!!!
Gibus – Oui, avec le grand-maitre Rinchopé.
Le journaliste (Je m'étais pourtant bien dit que je ne me laisserais pas décontenancer par ce cabot ! Faisons comme si tout cela était normal.) – Cela s'est bien passé entre vous ?
Gibus – Son accueil fut glacial.
Le journaliste – Et vous êtes restés en contact après la formation ?
Gibus – Nous sommes en froid, absolument !
Le journaliste – Donc ce fut une mauvaise expérience pour vous et c'est pour cela qu'ensuite vous avez dormi ?
(ce que je viens de dire est idiot mais faisons comme si tout était normal)
Gibus – Non pas du tout.
Le journaliste – Mais vous avez dormi ?
Gibus – Oui bien sûr.
Le journaliste – Malgré l'accueil du grand maitre ?
Gibus – Au contraire, grâce à son accueil.
Le journaliste – Vous n'êtes plus en froid.
Gibus – Si justement.
Le journaliste (Le journaliste reste sans voix, les gouttes tombent de son front sur son beau cahier ligné) – Je ne comprends pas…
Gibus – Être en froid est l'idéal pour hiberner.
Le journaliste – Ah… Oui… C'est vrai, j'y avais pas pensé.
Gibus – Forcément…
Le journaliste – Mmmm ?
Gibus – Non, rien…
Le journaliste – Et ensuite ?
Gibus – J'ai fait le pont.
Le journaliste – Vous parlez de vos congés ?
Gibus – Non, je vous parle du pont.
Le journaliste – Du pont avec un T ou Dupond avec un D ?
Gibus – Du pont avec un T.
Le journaliste – Ah, je ne comprends pas non plus…
Gibus – J'ai hiberné sous un pont.
Le journaliste – Ah !
Gibus – Vous voulez que je vous parle de ma retraite ?
Le journaliste – Non, c'est très bien ainsi ! Je suis sûr que nos lecteurs seront …
Gibus – Et lectrices !
Le journaliste – …. Et lectrices, seront très heureux d'avoir eu de vos nouvelles.
Gibus – Fraiches…
(Le journaliste emballe ses affaires et s'en va sans se retourner.)
Le journaliste – J'avais pourtant dit que je ne me laisserais pas décontenancer ! Mais il est fort ! Il est très fort !