10/10/2023
Un beau jour, David Delaloy me demande de lire un monologue qu’il a écrit, juste pour que je lui donne mon avis de comédien, de metteur-en-scène, quant à la pièce qu’il a écrite.
Dans ma tête, cela ne fait ni une ni deux : « Jean », son personnage, ce sera moi ! Ta pièce, je veux la jouer.
Elle est riche, elle est belle : le mot "Galibot" n'est pas un hasard. Non, Jean n'en est pas un. Ces enfants de 8 à 12 ans qui creusaient au fond des mines dans les endroits inaccessibles, n'existent plus depuis longtemps. Mais aujourd'hui encore, dans d'autres mines, des enfants meurent pour que nous puissions j***r de nos téléphones portables.
"Galibot", ce n’est pas que l’image de la souffrance d’un travailleur détruit par un accident de la mine, comme notre pays en a connu tant à une époque, qui est celle de la richesse, mais aussi du désespoir de notre Wallonie, ainsi que de la Flandre, mais elle est avant tout l’image d’un homme handicapé, face aux regards des « autres », et surtout celle de l’espoir qu’une vie existe malgré ce handicap, et la perte de son enfant.
Comment ne pas penser au « Bois du Cazier » ? Cependant, le propos de l’œuvre est bien plus large. Mais cet événement, où grand nombre d’immigrants et de belges ont perdu la vie : 136 italiens, 95 belges, 8 polonais, 6 grecs, 5 allemands, 5 français (dont plusieurs algériens), 3 hongrois, 1 anglais, 1 hollandais, 1 russe et 1 ukrainien, restera à jamais inscrit dans notre patrimoine.
Jean, notre héros, est belge. Ce n’est pas la perte de ses jambes qui est au centre de ses préoccupations, mais l’oubli du monde politique, des journalistes, et le fait de se retrouver handicapé, et donc rejeté par le regard des « autres ».
Et même si ma visite, il y a peu, d'Auschwitz et Birkenau ne semble qu'avoir un propos lointain, la lecture de la pièce, l’émotion que j’en ai ressentie, ont fait qu’il m'a paru fondamental de la présenter au public : au-delà de la souffrance de Jean, il y a toute l’histoire de l’immigration, qui fait partie de celle de notre pays, et il y a la souffrance le la personne handicapée, qui malheureusement fait partie de notre vie, il y a toute la douleur d’une certaine humanité.
L’envie et la nécessité de m’associer à l’auteur a été fulgurante.
L’accueil du Conservateur et de la Directrice du Bois du Cazier a été inouï et châleureux. Leurs seules paroles, après avoir entendu un extrait du spectacle et un silence lourd éloquent, a été : « C’est très fort »