12/06/2026
Je m’écarte un peu aujourd’hui de ma démarche première car je ne peux rester silencieuse face à ce qui se dit, face à ce qui se vit. Je me joins aux milliers de mamans, de papas, de familles, de personnes dont les voix s’élèvent pour rendre justice à la petite Lyhanna… et à tous les enfants dont la souffrance reste invisible, étouffée ou ignorée 💔
Le Président français a exprimé qu'« on ne répond pas à un drame par des cris ».
Et que répond-on, au juste, à la parole de celles et ceux qui parlent, qui dénoncent, qui trouvent le courage de mettre des mots sur l'indicible?
L'affaire Lyhanna est d'une tristesse absolue. C'est la victime de trop. La victime d'une monstruosité sans nom d'abord, et d'un système défaillant lorsqu'il s'agit de protéger nos enfants ensuite. Une honte.
Au-delà du dysfonctionnement d'un individu, ce sont les failles de tout un système qui apparaissent. Des alertes qui ne sont pas entendues. Des paroles qui ne sont pas prises au sérieux, ou insuffisamment. Des victimes insuffisamment protégées.
Le devoir, la mission première d'un adulte, de tout adulte!, est de protéger les enfants. Tous les enfants. D'assurer leur sécurité à la maison comme en dehors de la maison.
Les nourrir, les éduquer, les instruire, les accompagner, oui. Mais avant tout: les protéger. Assurer leur sécurité.
Chaque enfant devrait avoir le droit inaliénable de grandir dans la sécurité, de conserver son innocence, sa spontanéité, sa confiance dans le monde et dans les personnes qui l'entourent. Lorsqu'on lui vole cela, on ne lui vole pas seulement un instant, on lui vole son présent, son avenir, parfois une vie entière.
Je suis de la génération heurtée par l’affaire Dutroux. Comme moi, vous vous souvenez certainement qu'il y a eu un avant et un après affaire Dutroux.
J'étais enfant, jeune ado, lorsque les faits ont éclaté au grand jour. Avant cela, nous prenions nos baluchons et nos vélos pour passer nos journées dehors avec les copains, avec pour seule consigne de rentrer avant la tombée de la nuit. Puis tout a changé.
Cette affaire a volé une part de notre innocence collective. Elle a révélé des abominations que nous n'aurions jamais pu imaginer. Elle a brisé la spontanéité avec laquelle nous habitions le monde. Elle a installé une vigilance permanente, une peur sourde chez les parents, une méfiance nouvelle envers ce qui nous semblait jusque-là familier et sûr.
L’affaire a pris une telle envergure (et pour cause) que notre petite Belgique discrète était désormais connue sur la scène internationale…
Malgré les leçons du passé, malgré les promesses répétées de "plus jamais ça", nous continuons à découvrir des alertes ignorées, des signalements classés sans suite, des procédures qui s'enlisent pendant des années.
Les agressions sexuelles sur mineurs devraient être au sommet de nos priorités collectives, partout, au sein de chaque État.
Nous sommes toutes et tous responsables: parents, enseignants, éducateurs, institutions, voisins, citoyens. Fermer les yeux, détourner le regard, minimiser, attendre qu'un autre agisse à notre place, ce n'est ni tolérable ni acceptable.
Et lorsque quelqu'un trouve le courage immense de dénoncer (et il en faut du courage), ne lui répondre que par le silence, l'indifférence ou le mépris constitue une faillite supplémentaire.
Une société qui ne met pas tout en œuvre pour protéger ses enfants a perdu le sens de l'essentiel. Elle n'est même plus digne de s'appeler une société.
Au-delà de l'indignation, il faut désormais avoir l’audace de repenser notre manière d'agir.
⚠️On a besoin d'une réponse structurelle!
La protection des enfants ne peut plus être un sujet parmi d'autres, noyé dans des procédures déjà saturées, des moyens insuffisants et des institutions débordées. Elle doit devenir une priorité à part entière.
Cela implique:
▪️ des lois adaptées
▪️ des procédures spécifiques
▪️ des magistrats, enquêteurs et professionnels formés à l'écoute et à la prise en charge des enfants victimes
▪️ des moyens humains et financiers dédiés
▪️ des délais de traitement drastiquement réduits
▪️ une coordination rigoureuse entre les différents services
▪️ une attention particulière portée aux signalements
Et une exigence simple: qu'aucune alerte concernant un enfant ne puisse être balayée par manque de temps, de moyens ou parce qu'elle se perd dans les méandres administratifs.
Les enfants n'ont ni lobby, ni pouvoir, ni voix politique. Ils dépendent entièrement de notre capacité, en tant qu'adultes, à construire des systèmes qui les protègent réellement.
Lorsqu'un dossier est classé sans suite faute de moyens, lorsqu'une procédure dure des années alors qu'un enfant continue de grandir avec la peur au ventre, c'est notre responsabilité collective qui est engagée.
Nous ne pouvons hélas pas empêcher toute monstruosité humaine. Mais nous pouvons décider que, face à elle, la société tout entière se mette en ordre de bataille.
Parce que protéger les enfants ne relève ni d'une opinion, ni d'une orientation politique, ni d'un simple fait divers.
C'est le socle de notre contrat social.
Et tant que nous ne mobiliserons pas tous les moyens nécessaires, humains, juridiques, judiciaires, institutionnels et financiers, nous continuerons à arriver trop t**d.
🍀