19/06/2025
Elle était la seule à m'appeler Titine.
Il faut dire que j'étais restée pour elle une petite fille. Comme quand, enfant, à de rares occasions, je venais dans la classe de ma mère, son professeur tant admiré.
C'est dans une classe qu'on s'est retrouvées. En 1980, j’avais dû changer d’établissement et je venais de prendre mes fonctions le matin même dans cette école que je ne voulais pas, qui ne voulait pas de moi et dont les enseignantes me regardaient de haut, pièce rapportée d’ailleurs, sans intérêt. Je prévoyais d'y vivre l'enfer.
Elle passait dans le couloir. Elle s'est arrêtée derrière la porte de ma classe, elle a écouté. Elle a frappé. Avec délicatesse, comme toujours. Elle est entrée. Je ne l'ai pas reconnue, elle non plus, évidemment. Elle a dit excusez moi je croyais avoir entendu la voix de mon professeur, Madame Defoin. J'ai dit je suis sa fille. Elle a porté la main à sa bouche en prononçant très bas un seul mot. Titine ! Et elle est sortie. Devant mon désarroi, une élève m'a expliqué c'est notre chère Mademoiselle Hans.
A la récré, dans la salle des profs, on m'avait choisi une place parmi celles qui étaient devenues mes collègues, au cours de cuisine on m'avait préparé une portion de gâteau, mon café était prêt. Elles étaient toutes, ou presque, d'anciennes élèves de ma mère. Comme Mademoiselle Hans. Après, ce furent des années magnifiques .
Elle est devenue plus qu'une amie. Un point de repère. Un soutien. Un guide parfois. Un mentor même car j'ai voué une admiration sans borne à son art de la transmission, à son empathie et à son humanité. Elle est toujours restée une présence constante à mes côtés, même dans l'éloignement. Car nous avons ensuite voyagé vers d'autres horizons. Sans jamais nous perdre. Avec fidélité.
Au fil des 45 ans ou presque de notre amitié, je suis restée Titine. Elle est restée Mademoiselle Hans.
Depuis hier, plus personne ne m'appelle Titine. Et c'est une part de moi-même qui se tait désormais.
"J’aurais beau parler toutes les langues des hommes et des anges, si je n’ai pas la charité, s’il me manque l’amour, je ne suis qu’un cuivre qui résonne, une cymbale retentissante." Saint Paul. 1ere lettre aux Corinthiens.