14/03/2025
Léa Falguère et Nikoo Nateghian, « Morceaux choisis » > vernissage jeudi 20.03 à partir de 18h
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Dans cette exposition à quatre mains, Nikoo Nateghian et Léa Falguère nous présentent des dessins et des gravures qui s’articulent par bribes, fragments figuratifs, écritures tronquées ou accidents à la surface du papier. Si le morcellement qu’on y observe renvoie aux planches d’anatomie, il nous indique peut-être d'abord que le travail du dessin, pour l’une comme pour l’autre, prend son départ dans une collecte, un recueil de figures, formes, textures et écritures empruntées à l’histoire de l’art et aux livres de médecine, qui jamais ne parviennent à s’assembler dans les contours définis d’un corps. L’on pourrait, tout au plus, y trouver un corpus incomplet, une anthologie faite d’expansions et de reprises, d’images, de mots, de gestes et de métaphores qui, dans leur incomplétude, interrogent, chacune à leur manière, les possibles du corps et du « corps » du dessin.
Nikoo Nateghian interroge la matérialité du papier comme une surface vivante, marquée par l’usure et la transformation. Inspirée par des manuscrits médicaux anciens, elle explore la manière dont le support, à l’image d’un corps, conserve les empreintes du temps, se plisse, se fissure et se fragmente. Certaines formes s’effacent tandis que d’autres émergent à travers ses failles, dessinant un paysage de traces où disparition et persistance se répondent. Le dessin se construit ainsi comme un processus où chaque suture, chaque lacune et chaque reprise témoigne d’un passage, d’une tentative de réinscription. Le corps se dérobe et se reforme à la manière d’un palimpseste où chaque strate porte la mémoire d’une absence ou d’une transformation, témoignant d’un équilibre fragile entre disparition et résurgence.
Les dessins et gravures de Léa Falguère accordent une importance particulière aux gestes. Les traces et les touches, les empreintes des doigts et des coudes à la surface du papier dialoguent avec la scénographie des corps figurés – un ongle, un index qui se tend, une épaule qui se courbe ; l’on ne sait si ces fragments se lisent comme les vestiges d’une scène ou comme les indices des gestes qui l’ébauchent. Par de multiples reprises à l’histoire de l’art et de la médecine, mais aussi par un jeu d’analogies entre «opérations» plastiques et anatomiques, ce sont avant tout des notions de coupures, de bords et de limites qui y sont continument interrogées – mettant en relation corps représenté et littéralité du processus plastique.