10/10/2026
🎬 OSCARS 2027 : POURQUOI LA RDC A-T-ELLE MISÉ SUR RUMBA ROYALE ? LES EXPLICATIONS DU PRÉSIDENT DE LA COMMISSION
INTERVIEW EXCLUSIVE — MICHEL KABEYA KALALA, PRÉSIDENT DE LA DRC FILM COMMISSION
Pourquoi la République démocratique du Congo a-t-elle choisi Rumba Royale pour la représenter aux Oscars 2027 ? Était-il préférable de présenter un film imparfait ou de renoncer à toute participation ? Qu'est-ce qui a convaincu les membres de la Commission ? Et que révèle cette sélection sur l'état de notre industrie cinématographique ?
Dans cet entretien exclusif accordé à l'équipe de communication du GECC — Groupement des Entreprises Cinématographiques du Congo, Michel Kabeya Kalala, président de la DRC Film Commission, revient sur les considérations qui ont conduit au choix de Rumba Royale.
Entre exigences de l'Académie, appréciation artistique, patrimoine culturel et défis structurels du cinéma congolais, il explique pourquoi cette sélection représente davantage qu'une simple décision de circonstance.
GECC : Monsieur le Président, pourquoi avoir choisi Rumba Royale ? Qu'est-ce qui a véritablement motivé cette décision ?
Michel Kabeya Kalala :
Pour comprendre notre choix, il faut d'abord comprendre notre responsabilité.
Nous ne devions pas simplement désigner un film parce qu'il fallait absolument que la RDC soit présente aux Oscars. Nous avions la possibilité de ne soumettre aucune œuvre si les conditions n'étaient pas réunies.
Mais au terme du processus du premier examen des films dont la candidature a été soumise à la commission, Rumba Royale s'est distingué comme le seul film qui répondait à l'ensemble des critères exigé par l'Académie des Oscars pour être éligible.
Nous avons donc examiné le film avec sérieux, en tenant compte des exigences applicables, la qualité artistique, l'identité et la capacité à représenter notre pays. Mais il y avait également quelque chose de plus. Le film Rumba Royale possédait des éléments de séduction qui ont retenu l'attention des membres de la Commission.
Chacun des membres de la commission a pu être sensible à certains aspects de l'œuvre. Pour ma part, j'ai été particulièrement attentif à la force de son scénario, à son originalité et à la portée de son histoire.
Nous n'avons pas choisi ce film parce qu'il était parfait. Nous avons choisi une œuvre qui, malgré ses imperfections, possédait quelque chose de suffisamment fort et de singulier pour être défendue.
GECC : Vous reconnaissez donc que le film présente certaines limites. Pourquoi ne pas avoir renoncé à la participation de la RDC ?
Michel Kabeya Kalala :
Parce qu'il faut distinguer deux choses : les imperfections d'une œuvre et sa capacité à représenter quelque chose d'important pour notre pays.
Oui, Rumba Royale peut susciter des discussions sur certains aspects de son rythme, de l'interprétation, du traitement sonore ou de la crédibilité de certains décors extérieurs.
Il ne servirait à rien de prétendre que ces questions n'existent pas. Au contraire, elles doivent nourrir notre réflexion sur la qualité de nos productions.
Mais un film ne se résume pas à une liste de défauts. Il faut aussi considérer ce qu'il raconte, la manière dont il le raconte et la singularité de sa proposition.
Durant nos délibérations, nous étions conscients que nous n'étions pas obligés d'envoyer un film. Pourtant, nous avions devant nous une œuvre qui avait passé les critères requis et qui présentait des arguments culturels et artistiques réels.
La question devenait alors simple : fallait-il renoncer à toute représentation alors que nous disposions d'un film capable de porter une histoire authentiquement congolaise ?
Nous avons estimé qu'il y avait quelque chose à défendre. Une pépite n'est pas nécessairement une œuvre sans défaut. C'est aussi une œuvre qui possède une valeur particulière et un potentiel qu'il faut savoir reconnaître.
Notre responsabilité était de prendre une décision réfléchie et de l'assumer.
GECC : Qu'est-ce que Rumba Royale possède de si particulier pour avoir convaincu les membres de la Commission ?
Michel Kabeya Kalala :
Sa première force réside dans son histoire.
Le film nous ramène à Léopoldville, en 1959, à la veille de l'indépendance. Il s'inscrit donc dans une période déterminante de notre histoire, marquée par les aspirations d'un peuple, les transformations de la société et les événements qui précèdent la naissance de notre nation indépendante.
Il y a ensuite la rumba.
Cette musique fait partie de notre mémoire collective. Elle a accompagné des générations, traversé les frontières et contribué au rayonnement culturel du Congo.
Dans Rumba Royale, elle occupe une place centrale dans l'univers du récit. Elle ne constitue pas simplement un accompagnement musical, elle participe à l'identité même de l'œuvre.
Cette rencontre entre une période historique importante, une histoire racontée à travers le cinéma et un patrimoine musical profondément congolais donne au film une personnalité particulière.
Nous avons là un film qui parle du Congo, de son histoire et de sa culture, tout en offrant au public international une porte d'entrée vers un univers qui mérite d'être davantage connu.
C'est un élément essentiel de son potentiel.
GECC : La présence de Fally Ipupa peut-elle également contribuer au rayonnement du film ?
Michel Kabeya Kalala :
La notoriété d'un interprète ne peut pas, à elle seule, justifier le choix d'un film. L'appréciation artistique doit toujours rester au centre de notre réflexion.
Cependant, nous ne pouvons pas non plus ignorer la capacité d'une personnalité connue à attirer l'attention sur une œuvre.
Fally Ipupa dispose d'une visibilité importante, en RDC et à l'international. Cette notoriété peut contribuer à susciter la curiosité autour du film et à toucher des publics qui ne suivent pas nécessairement le cinéma congolais.
Mais attirer l'attention ne suffit pas. Il faut ensuite que l'histoire donne envie de découvrir l'œuvre.
La notoriété peut ouvrir une porte. C'est au film de donner aux spectateurs une raison de rester.
L'essentiel est donc de faire connaître Rumba Royale pour ce qu'il raconte et pour l'expérience cinématographique qu'il propose.
GECC : La RDC sera confrontée à d'autres films africains et internationaux. Que peut réellement apporter cette participation aux Oscars ?
Michel Kabeya Kalala :
Nous devons être lucides : la compétition sera exigeante. D'autres pays présenteront des œuvres fortes, et nous ne pouvons préjuger ni du résultat ni du parcours que suivra notre film.
La sélection de Rumba Royale ne signifie pas qu'il est déjà nommé aux Oscars. Elle constitue une étape dans un processus dont la suite dépend des règles et des décisions de l'Académie.
Mais cette participation possède une valeur qui dépasse le résultat final.
Elle peut donner davantage de visibilité au film, à ses créateurs, à notre patrimoine et à notre cinéma. Elle peut susciter l'intérêt de nouveaux publics et contribuer à faire connaître une partie de notre histoire.
Elle nous permet également de nous confronter aux exigences d'une compétition internationale et de mieux comprendre les efforts à fournir pour renforcer nos prochaines candidatures.
Nous devons toutefois éviter de considérer les Oscars comme une fin en soi.
Le véritable enjeu n'est pas seulement d'être présents une année. C'est de construire les conditions qui permettront au cinéma congolais de présenter, année après année, davantage d'œuvres solides et capables de défendre leur place sur la scène internationale.
Et c'est précisément là que notre réflexion doit aller plus loin que le seul choix d'un film.
GECC : Le fait que si peu de films aient satisfait aux exigences de la sélection ne révèle-t-il pas un problème plus profond dans notre cinéma ?
Michel Kabeya Kalala :
C'est une question fondamentale.
Lorsqu'un pays dispose de peu d'œuvres capables de répondre aux exigences d'une compétition internationale, il doit naturellement examiner la qualité de ses films. Mais il doit également s'interroger sur les conditions dans lesquelles ils sont développés, financés, produits et distribués.
Un film ne repose pas uniquement sur le talent d'un réalisateur, d'un scénariste ou d'un acteur.
Il faut des financements, des équipements, des studios, des techniciens qualifiés, des sociétés de production structurées, des services de postproduction et des circuits de distribution.
Il faut également un environnement dans lequel les entreprises peuvent investir, travailler ensemble, développer leurs compétences et assurer la continuité de leurs activités.
Lorsque ces éléments sont insuffisants ou fragmentés, les professionnels doivent souvent composer avec des contraintes qui peuvent limiter leurs ambitions.
Cela ne signifie pas que le manque d'infrastructures explique toutes les faiblesses de nos films. La qualité dépend aussi de la préparation des projets, des choix artistiques et de l'exigence professionnelle.
Mais nous devons reconnaître une réalité :
Nous ne pouvons pas exiger durablement des résultats industriels si nous ne construisons pas les conditions qui permettent de les obtenir.
Nous devons sortir d'une logique dans laquelle chaque production doit surmonter seule les mêmes difficultés pour aller vers un environnement qui facilite la création, la production et le développement des entreprises.
C'est une transformation structurelle dont le cinéma congolais a besoin.
GECC : C'est précisément ce que le GECC veut apporter avec la ZESCC et la Manufacture du Film ?
Michel Kabeya Kalala :
Exactement. Le GECC — Groupement des Entreprises Cinématographiques du Congo — est né de cette conviction : pour développer une véritable industrie, nous devons mieux connecter les entreprises de la filière et construire les conditions économiques et techniques qui leur permettront de produire davantage et dans de meilleures conditions.
Notre ambition n'est pas d'ajouter une structure de plus à celles qui existent déjà, ni de nous substituer aux professionnels, aux producteurs ou aux autres organisations du secteur.
Notre ambition est d'apporter des réponses à des besoins structurels que notre cinéma ne parvient pas encore à satisfaire suffisamment.
C'est dans cette logique que nous portons deux projets complémentaires.
Le premier est la ZESCC — Zone Économique Spéciale du Cinéma Congolais.
Il s'agit de concevoir un territoire économique réunissant les infrastructures, les entreprises, les compétences et les services nécessaires au développement du cinéma et de l'audiovisuel.
L'objectif ne consiste pas simplement à construire quelques studios. Il s'agit de créer un environnement où les sociétés de production pourront trouver des équipements, des techniciens, des services spécialisés, des capacités de postproduction et des partenaires économiques, dans un système mieux organisé.
Le second projet est la Manufacture du Film, une initiative complémentaire orientée vers le développement de nos capacités de production.
L'ambition est d'engager une montée en puissance progressive de la production cinématographique congolaise sur un horizon d'environ sept à dix ans, avec l'objectif de faire de la RDC un territoire capable de produire davantage de films et d'accueillir plus de tournages nationaux et étrangers.
Ces deux projets répondent à des besoins différents mais complémentaires : la ZESCC vise à structurer un environnement économique pour l'industrie, tandis que la Manufacture du Film doit contribuer à renforcer notre capacité à produire à plus grande échelle.
Bien entendu, leur réalisation nécessite des investissements, des partenaires, des études et une mise en œuvre progressive.
Mais la vision est claire : nous voulons que les professionnels ne soient plus obligés de lutter seuls contre les mêmes contraintes à chaque nouveau projet.
Le GECC veut contribuer à construire le système qui permettra aux entreprises de travailler, aux talents de progresser et aux productions de se développer.
GECC : Si ces projets aboutissent, qu'est-ce qui pourrait changer pour les prochaines candidatures de la RDC aux Oscars ?
Michel Kabeya Kalala :
Nous pourrions progressivement élargir le nombre de possibilités offertes à nos futures commissions de sélection.
Imaginez une RDC où davantage de sociétés de production disposent de moyens adaptés, où les projets sont mieux préparés, où les techniciens ont accès à des équipements professionnels et où la postproduction, la distribution et la promotion sont pensées dès le développement des œuvres.
Nous pourrions alors disposer d'un nombre plus important de films susceptibles de satisfaire aux exigences des grandes compétitions internationales.
Nous ne devons pas construire une industrie uniquement pour participer aux Oscars. Nous devons la construire pour produire régulièrement des films, créer des emplois, développer des entreprises et conquérir des marchés.
Les Oscars constituent une vitrine possible. L'industrie, elle, doit vivre toute l'année.
Nous voulons qu'un jour, le choix de la RDC ne soit plus limité par le manque d'options, mais qu'il résulte d'une véritable confrontation entre plusieurs œuvres solides, admissibles et capables de défendre notre cinéma.
Ce serait un progrès considérable : pour les créateurs, pour les producteurs, pour les entreprises et pour le pays.
GECC : Un dernier mot sur Rumba Royale et sur l'avenir du cinéma congolais ?
Michel Kabeya Kalala :
Je souhaite que le public découvre Rumba Royale avec curiosité et exigence. Qu'il s'intéresse à son histoire, à sa musique, à son époque et à ce qu'il révèle de notre patrimoine.
Nous ne devons ni sacraliser nos œuvres parce qu'elles sont congolaises, ni les condamner parce qu'elles ne sont pas parfaites. Nous devons apprendre à les apprécier, à les critiquer et à les faire progresser.
Mais cette sélection doit également nous inviter à regarder au-delà du film lui-même.
Elle nous rappelle que nous avons des histoires à raconter, des talents à développer et un patrimoine à faire connaître. Elle nous rappelle aussi que cette richesse doit pouvoir s'appuyer sur des entreprises solides, des infrastructures adaptées, des financements et un véritable environnement de production.
C'est précisément le sens de la démarche portée par le GECC.
À travers la ZESCC et la Manufacture du Film, nous voulons contribuer à créer les conditions d'une industrie capable de produire davantage, de retenir plus de valeur en RDC et d'attirer des productions internationales.
Nous devons préparer un avenir dans lequel les jeunes pourront construire leur carrière ici, où les entreprises pourront se développer et où les histoires congolaises pourront atteindre des publics toujours plus nombreux.
Aujourd'hui, Rumba Royale porte les couleurs de la RDC dans la course aux Oscars. Demain, nous devons faire en sorte que notre pays dispose de toutes les capacités nécessaires pour produire davantage d'œuvres fortes et les défendre sur la scène internationale.
La sélection de Rumba Royale est une décision pour aujourd'hui.
La construction de notre industrie cinématographique est une responsabilité pour demain. Et c'est cette responsabilité que nous devons désormais porter collectivement.
GECC — GROUPEMENT DES ENTREPRISES CINÉMATOGRAPHIQUES DU CONGO
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