20/08/2024
Revenant de quelques jours de vacances dans le magnifique camping naturiste Millefleurs en Ariège, j'ai rédigé une petite nouvelle. Elle m'a été inspirée d'une part par la beauté des lieux, la qualité et l'extrême propreté des installations. De l'autre côté par le caractère assez autoritaire des organisateurs. Qui aime bien châtie bien. J'espère que ceux qui s'y retrouveront ne seront pas choqués par ma prose. Le couple de propriétaires de ce petit coin de paradis travaillent dur pour, à eux seuls, l'entretenir et le maintenir toujours aussi impeccable. Même si par moment c'est au détriment de la qualité de l'accueil.
Ci dessous: la nouvelle (disponible en PDF sur demande en MP)
- Dis-donc, Jean Paul, pourrais-tu m’écrire une « nouvelle naturiste » disons, au plus t**d pour la semaine prochaine ?
- Une nouvelle ? Combien de pages ?
- Tu auras « quartier libre ». Tu le fais comme tu le sens.
- Et tu aurais une idée d’un lieu ? Ou d’un thème ?
- Euh ! Pas vraiment ! Un terrain de camping ? Un village abandonné en montagne ?
- C’est maigre… Je vais essayer.
- Merci ! Tu me sauves la vie… Je n’ai presque rien pour remplir le nouveau numéro du magazine du club.
- Je m’en doutais. Mais je te l’ai dit : ne t’excite pas !
Automne 2022, la saison s’achève au camping naturiste « Myriafiorès » situé au pied des Pyrénées dans un cadre magnifique. Fabien et Véronique, les propriétaires et exploitants des lieux font le bilan de la saison.
- Pas terrible cette année. Si mes calculs sont exacts – et je suis sûre qu’ils le sont – nous rentrerons à peine dans nos fonds cette année, annonce Véronique en refermant son livre de comptes.
- Que veux-tu, c’est la crise, les gens dépensent de moins en moins ! Ils arrivent avec leur tente ou leur camping-car, cuisinent leur tambouille eux-mêmes… Ce n’est pas ainsi qu’on remplit les caisses.
- Les repas collectifs marchent bien quand même…
- Si tu veux. Mais ça représente combien de personnes… Sept à maximum dix couples. Et on est loin d’afficher complet au niveau du remplissage. En plein mois d’août, je n’ai réussi à louer un mobil-home que quatre jours, puis un autre une semaine.
- On en a loué deux en septembre, quand même !
- Oui, en cassant les prix.
- De toute façon, nos chers clients, moins je les vois, mieux je me porte. Je ne supporte plus leurs comportements, leurs exigences, leurs questions idiotes, les saletés qu’ils laissent, leur mesquinerie…
- D’accord avec toi mais sans clients, nous devrions fermer la boutique !
- Pourtant, ce n’est pas faute de bichonner ce camping, ce terrain, la piscine, les mobil-homes. T’en connais d’autres, toi, des campings aussi bien tenus que le nôtre ?
- Les autres sont peut-être moins propres, plus bohèmes mais beaucoup affichent complet en saison. D’ailleurs, il y aura bientôt une réunion des propriétaires de camping qu’organise la fédération française de naturisme. Je crois qu’on devrait y aller.
- Vas-y si tu veux ! Moi j’ai envie de souffler un peu, de me reposer, de faire de la musique.
La réunion se tient à Belezy, près de Vaison-la-Romaine et Fabien s’y rend, le cœur léger et tout heureux de retrouver quelques amis naturistes qu’il a fréquenté dans sa jeunesse. Particulièrement Guy-Jean, propriétaire des « Lauzons », un camping ressemblant au sien et situé près de Forcalquier dans les Alpes de haute Provence.
A Belezy, les organisateurs de la dénommée « Rencontre internationale des exploitants de lieux naturistes européens » ont tenu à se montrer dignes de l’événement. Chaque inscrit reçoit un badge à porter autour du cou, un bungalow par couple ou à partager pour celles et ceux qui arrivent seuls, des « bons » pour les repas au restaurant et d’autres pour les boissons au bar. Diverses animations sont prévues : tournois de pétanque, de volley-ball et de tennis. Les soirées sont animées par des chanteurs, musiciens et autres amuseurs ou amuseuses.
Les réunions de travail se déroulent durant les trois journées que dure le congrès. Différents thèmes sont abordés et discutés en ateliers ou, pour les plus importants, en séances plénières.
A l’issue de la deuxième journée, Fabien et Guy-Jean se retrouvent au bar pour un dernier verre. La conversation s’oriente rapidement vers les difficultés en général et de trésorerie en particulier que rencontrent ces établissements. Passées les anecdotes sur les aventures de quelques clients, ils abordent les sujets plus délicats.
- Faute de repreneurs, de plus en plus de campings naturistes ferment ou deviennent « textiles ».
- Ben oui ! Ce sont souvent des gens de notre génération, ou même des plus anciens qui ont créé ces campings. Ils arrivent à l’âge de la retraite, ils sont fatigués et voilà. Faut trouver des successeurs !
- Le naturisme n’est plus ce qu’il était. T’as quelques nudistes qui viennent se dorer la couenne sur les plages, d’autres qui viennent dans nos campings mais des vrais naturistes, tu en trouves de moins en moins.
- D’ailleurs, dans les grands centres comme Montalivet ou Euronat, tu rencontres de plus en plus de gens habillés du matin au soir. C’est tout juste s’ils ne mettraient pas un maillot pour aller à la piscine.
- Pour ça, répond Fabien, chez moi, la nudité collective est très bien respectée.
- Je ne me plains pas non plus de ce côté-là. La grande majorité de mes clients se comportent selon notre éthique.
- C’est déjà ça ! Et ton taux de remplissage, il est toujours bon ?
- Ça va ! Mais il faut se démener, répond Guy-Jean.
- Nous, c’est, en saison, au minimum quinze heures de travail par jour. Moi j’entretiens le terrain, les sanitaires, je tonds les pelouses, m’occupe des plantations, du bois pour le sauna, de la piscine, des réparations… Quant à Véronique, elle s’occupe des lessives, des repas, de l’accueil des arrivants et des vérifications lors des départs. C’est une grande maniaque : tout doit toujours être nickel. Je suis même parfois gêné de la manière dont elle traite les gens.
- Comment ça ?
- Elle s’adresse à eux comme un adjudant-chef ou comme une vieille institutrice acariâtre dès qu’elle voit la moindre tache, la moindre coulée sur une cafetière ou une assiette mal lavée. Imagines-tu que dans les mobil-homes, elle oblige les locataires à étaler la vaisselle et tout le matériel sur la table avant qu’ils puissent s’en aller. Les armoires doivent être vides.
- Oh oh !
- Ben oui ! Elle traite parfois des gens beaucoup plus âgés qu’elle comme des enfants pris en faute !
- Pas sûr qu’ils reviendront…
- Je ne te le fais pas dire !
- Et outre un cadre et des installations magnifiques, qu’est-ce que tu proposes comme animations dans ton camping ?
- Ecoute ! On a les deux repas collectifs par semaine, deux jours où nous faisons fonctionner le sauna s’il y a plus de quatre inscrits. Pour le reste, il y a un terrain de pétanque, un filet pour le volley, la piscine, quelques jeux pour enfants , trois chemins balisés de randonue dans notre terrain.
- Et vous participez ?
- Et quoi encore ? Nous ne sommes que deux…
- Voilà ton problème !
- Mon problème ?
- Excuse-moi de te le dire ainsi mais tes clients s’emmerdent. Si tu ne fais pas un minimum d’animation, si tu ne proposes pas des activités, les clients ne se côtoient pas, ne se parlent pas entre eux et au total, ils se font c***r dans ton petit paradis naturiste.
- Tu as peut-être raison mais je ne vois pas comment nous pourrions en faire plus !
- Exact ! Il faut vous faire aider. Engagez au moins un ou une animatrice.
- La moitié de mes clients sont Hollandais et ne parlent pas français…
- Engage un Belge. Un Flamand de préférence qui saura parler à la fois français et néerlandais.
- Tu veux que je fasse comme le feuilleton « Camping Paradis » sur TF1 ?
- Un peu.
- Un animateur un tant soit peu imaginatif organisera :
- Visite du terrain pour les arrivants.
- Tournois de pétanque et de Volley.
- Randonnées naturistes sur le terrain et textiles dans les environs
- Contact avec producteurs de vins pour présentations et dégustations.
- Conférenciers ( le château de Foix, Saint Lizier, Grottes de Niaux…)
- Animation des soirées. Invitation aux campeurs musiciens à se produire, aux auteurs de livres à présenter leurs bouquins… En bref, toutes les idées sont bonnes à prendre.
- D’accord, mon ami, merci pour cette conversation. Tu vois, quand on a toujours « le nez sur le guidon », on ne voit plus la réalité qui nous entoure. Nous faisons pourtant de notre mieux et ce n’est pas facile…
- Je sais. Je sais.
Jean Paul Brohée 20-08-2024.