10/02/2026
Où en sommes-nous, Cameroun ?
Comment expliquer à un enfant de deux ans, de cinq ans, de sept ans, d'onze ans, qu'il faut avoir peur de vivre ? Comment lui dire que les tontons et les tantines; ceux qu'il connaît, ceux en qui il avait confiance sont devenus des menaces ? Comment lui apprendre à fuir celui qui l'appelle, à éviter la main qui se tend, à se méfier du sourire familier ?
Jusqu'où sommes-nous tombés ?
Faudra-t-il demain interdire à nos enfants d'aller à l'école, de peur qu'on les y abuse ? Faudra-t-il supprimer les répétitions, les sorties, les jeux entre voisins, les jeux avec les membres de la famille parce que partout rôde le prédateur ? Faudra-t-il barricader nos maisons et dire à nos fils, à nos filles : même ici, tu n'es pas en sécurité ?
Qui répond de tout cela ?
Où est l'État ? Où est le ministère en charge de la protection de l'enfance ? Dort-il ? Est-il aveugle ? Ou simplement indifférent ? Où sont les lois qui punissent avec fermeté, avec célérité, sans complaisance ? Où sont les condamnations exemplaires qui dissuaderaient les bourreaux ? Pourquoi ces crimes restent-ils si souvent dans l'ombre, étouffés par la honte des familles ou l'inertie des institutions ?
Où sont ceux qui parlent fort ?
Où sont les influenceurs, les célébrités, les figures publiques qui remplissent les amphithéâtres lors des séminaires bien financés sur les droits de l'enfant ? Pourquoi leurs voix se taisent-elles quand des enfants camerounais sont violés et assassinés dans les concessions, dans les quartiers, dans les maisons mêmes qui devaient les protéger ? Un micro branché vaut-il plus quand il y a per diem que quand il y a urgence ?
Qu'avons-nous fait de notre humanité ?
Comment un adulte, un homme, une femme peut-il porter la main sur un enfant pour l'abuser, pour le tuer de sang-froid ? Quelle bête a pris possession de nos communautés ? Quelle démission morale, quelle désintégration du tissu social nous a conduits là ? Et nous, les voisins, les témoins, les passants combien de fois avons-nous su et tu, vu et détourné les yeux ?
En sortirons-nous ?
Ce qui se passe est incompréhensible. Ce qui se passe est inadmissible. Nous ne pouvons plus rester sans rien dire. Nous ne pouvons plus rester sans rien faire. Parce que chaque enfant tué, chaque enfant abusé, c'est une partie de l'âme de ce pays qu'on assassine aussi.
Alors, Cameroun qu'attendons-nous ?
Ce texte est un cri. Celui d'un parent, d'un citoyen, d'un être humain qui refuse de se résigner