Je suis née au Chaudron et j’ai grandi à Sainte-Clotilde 974. Selon ma mère, je chantais Midnight Blue déjà à 10 mois ! Chanter a toujours été une passion, une urgence, mon meilleur mode d’expression. Petite, pour dire mes maux, j’empruntais les paroles d’Aznavour, Piaf, Brassens, Goldmann et j’ai vibré aux rythmes de Steevie Wonder et de la grande Cesaria Evora. A l’adolescence, Starmania et Quee
n m’ont aidé à formuler mes révoltes et mes mal-êtres. Remonter le fil de mes souvenirs, c’est suivre une BO multiculturelle, variée et éclectique. Aussi, c’est tout naturellement que j’ai commencé à écrire mes propres paroles, sur lesquelles j’ai posé des mélodies et je n’ai jamais arrêté. Il y a quelques années, j’ai commencé à faire de la scène, mais je n’ai pas su croire en mon projet. A cause d’un syndrome de l’imposteur, de mon perfectionnisme ou tout simplement par peur de me livrer. Mais la plus impitoyable des juges c’était moi et je ne me suis pas laissé exister. Puis j’ai tout rangé dans des cartons. Parfois il faut des événements marquants pour secouer nos habitudes de pensée, d’autant plus quand il s’agit de pensées limitantes ! Le premier est que j’ai perdu ma voix en 2019, alors que je devenais maman. Quel contraste : le meilleur et le pire, la vie et la mort. J’ai cru soudain que je ne pourrais jamais partager avec mon fils, ce qui avait été pour moi la vibration de ma vie, cette grande partie de mon identité. Alors je me suis battue pour fredonner, murmurer, jusqu’à ce que je retrouve note après note, suffisamment pour chanter à nouveau. Mais au passage, j’ai compris ce que j’avais perdu et l’importance que ça avait vraiment pour moi. Être incapable de chanter, me battre pour ma voix m’a réconciliée avec mon instrument. Aujourd’hui, je vis le deuxième événement décisif : j’apprends à vivre avec la fibromyalgie, qui m’a été diagnostiquée en octobre 2023. A nouveau mon censeur interne s’est d’abord défoulé. Alors que me suis toujours jugée incapable et insuffisante par le passé, voilà qu’il faut concrètement que je lutte pour continuer à exister ! Mon quotidien est devenu une guerre où j’apprends à respecter chacune de mes petites victoires. Alors grâce à un groupe de soutien, un verrou a sauté : j’ai compris que j’ai de la valeur et qu’on est mauvais juge de soi. Alors ma prochaine victoire sera de partager celle que je suis comme je suis, toute entière et sans langue de bois. J’ai un peu peur encore, mais pas tant que ça. Alors me voilà : j’existe et j’ai des choses à dire. Pour me présenter, j’ai choisi le nom d’une fibre complexe et solide qui peut prendre plusieurs formes. Elle est utilisée pour créer des cordages, des liens, des tissus. Elle est résistante, flexible et durable. Mon nom d’artiste est une déclaration d’amour à mes origines. Je suis Raphia Ceraye. Je remercie toutes les personnes que j’ai croisé, car j’ai appris et j’apprends de chacun de vous. Je remercie Bernadette Ladauge, que j’ai eu l’occasion de rencontrer il y a longtemps et qui m’avait dit que pour exister en tant qu’artiste, j’aurais besoin de « fait parle mon zorigine ». La prend le temps, mais, a la moin là.