06/08/2023
*Sous la plume de Kassim TRAORE, Assimi GOÏTA, Président de la Transition Malienne, raconte :*
« *À Ceux qui disent que la France n'a rien fait ou que la France doit rester.*
Moi j'ai été au front avec les Français ; j'ai mangé avec eux, j'ai patrouillé avec eux, j'ai écouté leur radio. Ce que j'ai entendu, si vous étiez là pour l’entendre, vous tireriez sur eux.
Quand on était sur un terrain, les Français nous mettaient devant, et en cas de non danger, on répondait R.A.S. Et si on tirait sur nous, ils disaient c'est ça la guerre hein ! Beaucoup de Maliens tombaient devant nous et on ne pouvait rien dire.
Il te suffisait de te révolter pour que le lendemain Bamako te rappelle. C'est-à-dire, si cent (100) militaires Maliens mourraient, un seul Français tombait, ou, zéro perte côté Français.
Je me rappelle de ce fameux jour où on était à cinq (5) kilomètres de Kidal ; on voyait déjà les rebelles reculer. On s'est dit Kidal va tomber. Et pas plus de quinze (15) minutes, un lieutenant-colonel vient nous annoncer qu'on est interdit de rentrer à Kidal. Moi et quatre (4) de mes camarades on a voulu forcer et désobéir à la France ; quand on avançait, ils ont dit clairement : « UN PAS DE PLUS ET VOUS AUREZ CHACUN UNE B***E DANS LA TÊTE. »
C’est ce jour que j’ai pleuré comme un bébé. Et j’appelle nos supérieurs à Bamako ; leur seule réponse : « il faut rester derrière la France ». Le lendemain, on voit ces Français ravitailler les rebelles devant nous ; j’ai même fixé l’un d’entre eux dans les yeux ; il a souri pour se moquer de moi.
Après le ravitaillement et le don de huit (8) pick-up, ces Français nous ont dit qu’ils l’ont fait pour la paix entre l’Azawad et le Mali. Je me suis encore révolté ; c’est dans ce contexte qu’ils m’ont livré à ces rebelles un jour ; d’après eux, c’était les patrouilles ; alors qu’ils avaient donné notre position afin que mes collègues révolutionnaires et moi soyons arrêtés.
Effectivement, nous avons été arrêtés ; et, à la radio, j’entendais : « Bravo et les autres « gama » dans le panier… mission réussie». C’était le code avec ces Français. Nous nous sommes dit : « c’est fini pour nous… ». Je me suis mis à penser au Mali et j’ai dit : « c’est une fierté de mourir pour son pays… » Et, je riais.
Mais un jour ça, on nous annonce qu’on sera libéré. Mais durant notre séjour avec ces gens, le nombre de généraux, de colonels français qui appelaient par jour était impressionnant. À mon retour, je vois qu’on me donne des formations, des grades.
Comme le Mali a toujours été ma priorité, moi j’ai appris à protéger mon pays ; je connais le Nord comme ma poche ; et je sais qui sont ces Français et ils savent qui je suis.
Je suis un commando hyper formé ; je suis aussi un homme toujours prêt.
Si vous voyez qu’on ne largue pas de bombes sur les djihadistes, c’est quand ils prennent un village en otage ; quand ils se servent des femmes et des enfants comme bouclier. Comment voulez-vous qu’on largue des bombes sur un village ? Sur la tête des femmes et enfants innocents ? Dans une guerre, il faut être stratège et prudent ; je vous promets que le Mali sera libre ; on vient de loin et nous ne sommes pas politiciens ; nous sommes libérateurs ; prenne celui qui veut ! Que celui qui ne veut pas aille au front assister aux phénomènes…
Nous avons une terre très riche et très immense ; nous pouvons rendre le Mali parfait ».