09/04/2026
"Elle a dû faire toutes les guerres, pour être si forte aujourd'hui.." dit la chanson. La guerre a pris au dépourvu les femmes de ma génération encore adolescentes. Elle nous a imposé des études en pointillé, une maturité précoce. Soudain, certains de mes amis, de mes camarades de classe, sont devenus
" les autres". Pour défier cette fatalité, j' ai épousé l'un de ces "Autres" ( évidement, ce n'est pas la seule raison ).
Devenues mères, l' angoisse s' est amplifiée, nous imposant de déplacer notre nichée
d' un abri à un autre. Elle ne nous a pas quittés, loin de là, quand les fruits de nos entrailles ont été dispersés aux quatre coins du monde. Nous avons fait face avec cette fameuse "résilience ", qui est pour moi une sorte de savoir- vivre, une politesse envers la vie. Elle est signe d' espérance, bien sûr,
" nous sommes les fils de l' Espérance " nous dit notre belle liturgie. Mais elle devient parfois une arme à double tranchant, une certaine lâcheté.
On baisse la tête, on attend que la tempête passe.
Face aux horreurs de la guerre, comment la femme libanaise peut- elle résister?
Par la vie quotidienne, tout d' abord, elle maintient la dignité et une certaine normalité dans le chaos.
Elles sont aussi les gardiennes de la mémoire, de la culture, des valeurs.Elles ont le devoir de d' enseigner la
compassion, refuser la haine.
Pour ma part, résister c' est créer, refuser le silence imposé par la violence et laisser des traces quand les mots manquent. La peinture est ma forme de résistance.