Histoire du japon

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Mariage hautement politiqueLe 2 septembre 1877 s’éteignait la princesse Kazu-no-miya, fille d’empereur, épouse de sh**un...
02/09/2026

Mariage hautement politique

Le 2 septembre 1877 s’éteignait la princesse Kazu-no-miya, fille d’empereur, épouse de sh**un et figure tragique de la fin de l’époque Edo.

Chikako, princesse Kazu-no-Miya était une fille de l’empereur Ninkô et donc une tante du futur empereur Meiji. Elle aurait dû mener la vie d’une fille d’empereur et épouser un noble de cour mais comme pour beaucoup d’autres Japonais de son temps, les troubles de la fin du sh**unat en décidèrent autrement.

L’arrivée des Américains et l’ouverture du Japon en 1853 avait provoqué une importante agitation politique. Les partisans d’un renversement des sh**uns Tokugawa et d’une restauration du pouvoir impérial se firent nombreux à travers le pays et en particulier dans les domaines féodaux de l’Ouest. Le régime des Tokugawa connaissait alors une perte de prestige importante et les conseillers du sh**un, les rôjû, conçurent un plan. Pour réconcilier officiellement le sh**un et la cour impériale et pour rehausser le prestige des Tokugawa il fallait conclure un mariage dynastique entre Edo et Kyôto et créer le Kobu-Gattai, l'alliance du trône et sh**unat.

Un tel mariage était absolument inédit au Japon. Les samurais gouvernaient le Japon mais la noblesse de cour restait d’une naissance bien trop élevée pour prétendre à un mariage. Qu’une fille de clan samurai soit donnée en épouse à un empereur s’était déjà vu (avec les Taira et les Tokugawa) et témoignait déjà de la puissance du clan. Un mariage d’une fille d’empereur à un guerrier était une mésalliance choquante.

L’empereur Kômei, frère de la princesse Kazu refusa et la princesse elle-même menaça de rentrer dans les ordres si on lui faisait subir cette humiliation. Il fallut les efforts d’une partie de la famille impériale et de la cour pour persuader la princesse d’accepter. L’empereur Kômei accepta après avoir reçu l’assurance que le sh**unat dénoncerait son traité de commerce avec les étrangers et fermerait de nouveau le pays, une promesse qui ne fut jamais tenue.

L’opinion publique fut partagée entre les partisans des Tokugawa enthousiastes et les partisans de l’empereur qui dénoncèrent la souillure imposée à la famille impériale. La princesse Kazu devint pour beaucoup une figure tragique, sacrifiée aux exigences d’un pouvoir tyrannique et envoyée au supplice lors de son transfert vers Edo en 1862.

Le trajet prit la forme d’une grande procession fortement gardée pour éviter les éventuelles attaques d’opposants. De nombreuses rumeurs courraient sur la princesse prisonnière et la dureté de ses conditions de détention. La possibilité d’une attaque pour la libérer fut prise au sérieux.

En réalité la princesse avait posé ses conditions comme celle de continuer à vivre selon les règles de la famille impériale, de pouvoir retourner une fois l’an à Kyôto et de conserver son titre de princesse impériale. Ce dernier détail permettait à la princesse de rester d’un statut supérieur à son époux le sh**un Tokugawa Iemochi. Ils avaient tous deux 16 ans.

A l’opposé des attentes, le couple Iemochi/Chikako fut globalement heureux. Les témoignages de leur bonne entente furent nombreux et rapidement diffusés au point que l’on parla bientôt d’un mariage d’amour. En réalité les deux époux avaient des intérêts bien compris à s’entendre et le sh**un Iemochi fit l’effort de respecter le statut supérieur de son épouse et maintenir son style de vie impérial.

Tout porte à croire cependant qu’une véritable intimité exista entre eux. La princesse Kazu dut cependant autoriser son époux à conserver une concubine qui était déjà présente. Une seule concubine pour un sh**un équivalait presque à de la monogamie pour les standards de l’époque et fut interprété comme un autre signe d’amour entre les jeunes mariés.

Le mariage ne dura cependant pas longtemps, Tokugawa Iemochi décéda en 1865 après 3 ans de mariage. Sa tombe fut ouverte après la Seconde Guerre Mondiale et on y découvrit un bijou contenant une mèche de cheveux. Après analyse il est fort probable que ces cheveux aient appartenu à la concubine du jeune sh**un.
Comme le veut la tradition, sa v***e entra dans les ordres sous le nom de Seikan’in-no-miya. Elle eut cependant un rôle important sur le destin du Japon.

Iemochi avait laissé un testament demandant que Tokugawa Iesato, bien qu'enfant, lui succède mais l’urgence de trouver un chef militaire à la maison Tokugawa poussa les rôju à avancer la candidature de Tokugawa Yoshinobu. La princesse Kazu fut consultée avec sa belle-mère et appuya Yoshinobu, faisant de lui le 15e sh**un.

Yoshinobu allait liquider le sh**unat l’année suivante en 1867 et permettre la restauration impériale de l’empereur Meiji. La princesse eu aussi son rôle à jouer comme intermédiaire dans la reddition pacifique du château d’Edo face aux troupes fidèles à l’empereur.

Après le transfert de la capitale à Edo, devenue Tôkyô, la princesse vécut à l’écart de la nouvelle cour impériale et mourut de maladie en 1877. Elle avait alors 31 ans. Elle fut enterrée non loin de Iemochi au temple Zôjô-ji. Sa tombe fut ouverte pour être déplacée et on découvrit sur sa dépouille une plaque photographique d’un homme en kimono traditionnel, on ne sait qui était représenté sur cette plaque qui fut volée le lendemain de sa découverte.

La terre trembleLe 1e septembre 1923 eu lieu le grand séisme du Kantô (Kantô Daijishin) qui détruisit les villes de Tôky...
01/09/2026

La terre tremble

Le 1e septembre 1923 eu lieu le grand séisme du Kantô (Kantô Daijishin) qui détruisit les villes de Tôkyô et Yokohama, causant plus de 142 000 victimes.

La terre trembla à Tôkyô à 11h58, un séisme extrêmement long qui dura entre 4 et 10 minutes et qui fut estimé d’une puissance de 7,9. Pour vous donner une idée de sa puissance pensez que la statue du Grand Bouddha de Kamakura en bronze, pesant 121 tonnes, se déplaça de 60 centimètres !

Tôkyô restait alors une ville construite en bois malgré ses imposants bâtiments officiels en pierre et ses quartiers modernes en briques. Pour l’essentiel les quartiers populaires n’avaient pas changé depuis la fin du XIXe siècle et beaucoup d’habitations étaient encore serrées les unes contre les autres le long de rues étroites.

Il était quasiment midi et pour beaucoup de Tokyoïtes c’était l’heure du déjeuner. Le feu des foyers fit que des incendies se déclenchèrent immédiatement après le séisme. La ville s’enflamma rapidement au point que la majorité des victimes succombèrent aux incendies. Les conduites d’eau étant rompues rien ne permettait de bloquer l’avancée des flammes et rapidement la population fuit en masse le long des axes, les secours étaient impuissants. Les témoins décrivirent une tornade de feu entretenue par sa propre puissance. L’incendie se propagea d’autant plus vite qu’un typhon sur la mer Japon provoquait des vents violents à Tôkyô. L’incendie fit rage jusqu’au 3 septembre.

Le séisme et ses incendies tuèrent 142 000 personnes mais laissèrent presque 2 millions de personnes sans-abris. Les réfugiés durent être évacués parfois aussi loin que Kobe. La plus grande partie de la ville était détruite avec des dégâts chiffrés à 15 milliards de dollars actuels.

La nature et les feux ne furent pas les seules causes de décès durant les jours suivants. La population terrifiée accusa rapidement la communauté coréenne de pillages et de terrorisme. Les massacres du Kantô virent la mort de peut-être 10 000 Coréens lynchés par la foule avec parfois la complicité de la police. La loi martiale fut finalement proclamée et l’armée fut positionnée pour protéger les Coréens. L’armée en profita cependant pour rafler et faire disparaître de nombreux opposants politiques, surtout des socialistes et des anarchistes.

Le séisme redessina durablement la carte de la ville de Tôkyô et rapidement des plans pour reconstruire une ville modernisée virent le jour. De nouveaux axes de communications larges et pensés pour les voitures furent tracés à travers les anciens quartiers d’habitations et le réseau électrique et sanitaire fut développé. De nouvelles lignes de transport virent le jour. Le Tokyo actuel a largement conservé le plan de cette reconstruction.

Certains quartiers dépérirent tandis que d’autres trouvèrent une nouvelle vie. C’est le cas de Shinjuku qui était encore en périphérie de Tôkyô au début des années 20 mais se développa rapidement en quartier où s’installèrent des entreprises et la vie nocturne. Shinjuku avait globalement été épargné par le séisme grâce à une couche géologique rendant le quartier plus stable, il devint rapidement de notoriété publique que Shinjuku était un refuge. Cette image perdure puisqu’à la fin du XXe siècle la mairie de Tôkyô déménagea dans un gratte-ciel de Shinjuku justement pour assurer la continuité des autorités métropolitaines en cas de nouveau séisme.

Au contraire l'ancien quartier de la vie nocturne et des théâtres, Asakusa, qui avait perdu sa grande tour de brique, commença à perdre son rôle, le militarisme des années 30 termina le travail en contrôlant puis fermant les lieux de divertissement. Le quartier ne retrouva un peu de dynamisme qu'avec les années 1960 et surtout le développement du tourisme.

La catastrophe de 1923 mena à définir les premières règles d’urbanisme incluant des critères antisismiques pour les nouveaux bâtiments et la création de parcs et d’espaces ouverts pour servir de lieu de rassemblement après un séisme. Les associations de quartiers se virent notifier de procéder à des vérifications et des exercices ainsi qu’à informer les habitants.

Une culture du risque naquit des suites du Grand Séisme du Kantô. Ce n’est pas pour rien qu’en 1960, le 1e septembre fut choisi pour devenir le Jour de Prévention des Risques durant lequel les mesures de sécurité sont rappelées via les médias et les nombreux centres de prévention des risques avec des évènements tels que des tests de réaction grâce à des plateformes de simulation.

Un séisme semblable à celui de 1923 est toujours possible dans Tôkyô, dont l’aire urbaine compte aujourd’hui 38 millions d’habitants.

L'empereur cachéLe 31 août 1879 naissait le prince Yoshihito, futur empereur Taishô, qui régna de 1912 à 1926 et dont le...
31/08/2026

L'empereur caché

Le 31 août 1879 naissait le prince Yoshihito, futur empereur Taishô, qui régna de 1912 à 1926 et dont le règne reste lié dans les mémoires japonaises à une Belle Epoque nippone qui vit émerger la première expérience démocratique du pays.

Le fils du glorieux empereur Meiji resta toujours perçu comme incapable d'assurer son héritage. Son règne ne fut qu'une transition aux yeux de tous, l'empereur lui-même resta une ombre dans l'attente du passage à un souverain plus satisfaisant.

L’empereur Meiji tenait fermement à donner l’image d’une institution impériale moderne et digne d’être comparée aux maisons souveraines d’Europe. Il fallait donc éviter tout ce qui pourrait être jugé scandaleux aux yeux occidentaux. Le jeune Yoshihito était né d’une concubine appelée Yanagahira Naruko mais fut officiellement présenté comme le fils de l’épouse légitime de l’empereur, l’impératrice Shôken, qui le fit élever.

L’enfant, titré prince Haru-no-Miya, contracta une méningite qui manqua l’emporter. Il guérit mais resta d’une santé fragile, il avait de fréquentes fièvres. C’était un point embarrassant pour le gouvernement, le nouveau régime impérial s’était construit autour de la toute-puissance de l’empereur. Le souverain devait être un exemple de l’homme nouveau japonais : un soldat capable de démontrer ses vertus viriles. L’empereur Meiji fut l’incarnation de cet idéal, son fils n’en était physiquement pas capable. Il était cependant le seul fils survivant de l’empereur et sa position ne fut jamais remise en question.

Au fur et à mesure de son éducation il devint apparent que sa méningite après sa naissance avait provoqué des ret**ds de développement cognitif. Le jeune prince apprenait lentement et n’était pas au niveau des enfants de son âge. Il dut être retiré de l’école pour la noblesse où il étudiait. L’intelligence du prince n’était cependant pas en cause, il avait ainsi un don pour les langues et étonna plus t**d les Coréens en étant capable d’exprimer quelques phrases dans leur langue. Il avait une passion pour la culture française en particulier et aimait placer des mots français dans sa conversation. Cela avait le don d’horripiler son père.

Il continua sa formation de futur souverain en recevant des hôtes étrangers, en assistant aux débats de la Diète ou en voyageant dans les provinces pour être vu. On ne lui donna cependant jamais de formation militaire. Il fut marié à une fille de la noblesse, Kujô Sadako, en 1900, et l’année suivante naquit le prince Hirohito, futur empereur Shôwa. C’est à l’occasion de son mariage que fut « inventée » la cérémonie religieuse du mariage shintô, qui n’existait pas auparavant. Yoshihito fut véritablement le premier empereur monogame de l’histoire du Japon puisqu’il n’eut jamais de concubine.

Le futur de la dynastie était assurée et le jeune Hirohito, qui était en bonne santé, fut rapidement éduqué dans son futur rôle qu'il assuma à lâge adulte avec les conséquences que l'on connaît. Il paraissait évident à l’empereur Meiji et au gouvernement que le prince Yoshihito ne règnerait pas longtemps et ne serait jamais ce qu’on attendait de lui, au pire on pourrait toujours le faire abdiquer.

En juillet 1912, l’empereur Meiji décéda et Yoshihito fut intronisé nouvel empereur. Le gouvernement prit soin de limiter au maximum les apparitions publiques du nouvel empereur, totalement à l’inverse de ce qui se faisait au règne précédent. C’est que le nouvel empereur développait progressivement des troubles neurologiques, conséquences de sa méningite. Ses gestes et son élocution devinrent progressivement difficiles. Montrer l’empereur devint rapidement une question politique, sa vue risquait de saper la confiance dans l’Etat et le gouvernement.

Selon la constitution l’empereur était souverain et disposait de larges pouvoirs sur les institutions. La Diète et le gouvernement eux-mêmes travaillaient pour appliquer la volonté impériale toute puissante. Mais que faire quand l’empereur ne pouvait s’exprimer et à peine penser ? Il devint rapidement connu de tous que l’empereur défaillant était manipulé pour exprimer les opinions que souhaitait le gouvernement.

Il en résulta qu’à la Diète les opinions, libérées de la chappe impériale, se libérèrent pour donner naissance à un véritable débat politique. Les journaux mais aussi les citoyens prirent le goût du débat et les partis politiques devinrent enfin des entités autonomes avec des programmes affirmés. Les sujets de débats ne manquaient pas, le Japon connaissait une grave crise économique et les violences politiques n'étaient pas rares, les mouvements socialistes étaient réprimés tandis que les scandales éclaboussaient le gouvernement.

A la fin de la Première Guerre Mondiale, il fut décidé que l’empereur n’assisterait plus à aucune cérémonie militaire et politique. Les rites shintô, qui sont au cœur de la fonction impériale, furent aussi confiés au jeune prince Hirohito. L’empereur, totalement déconnecté des affaires politiques, menait alors une vie recluse. En 1921, Hirohito fut officiellement proclamé régent et il apparaissait évident que l’élite politique et militaire attendait anxieusement le début d’un nouveau règne avec un souverain jeune et en bonne santé. L'empereur succomba finalement à 47 ans d’une pneumonie et on lui attribua le nom posthume de Taishô.

Avec l’avènement d’Hirohito s’achevait un intermède de libéralisation de la société. Bientôt le temps des militaires allait venir. L’empereur défunt suscita cependant une émotion et un souvenir intense. Son règne, comparé au suivant, apparut comme un temps de prospérité et foisonnement intellectuel durant lequel le Japon vit apparaître ses premiers grands auteurs contemporains et où une synthèse de la tradition japonaise et de la modernité occidentale commença à s'exprimer. On parle pour cette période de la « démocratie de Taishô ».

Le château d'HideyoshiLe 27 août 1600 le château de Fushimi était attaqué par les partisans d’Ishida Mitsunari durant la...
27/08/2026

Le château d'Hideyoshi

Le 27 août 1600 le château de Fushimi était attaqué par les partisans d’Ishida Mitsunari durant la guerre qui allait conduire à la bataille de Sekigahara.

Fushimi n’était pas n’importe quel château. Il était situé au Sud de Kyôto dont il contrôlait l’accès, sa construction avait débuté en 1592 sous l’ordre du régent Toyotomi Hideyoshi. Ce château devait être une forteresse capable de verrouiller l’accès à la capitale mais Hideyoshi avait aussi prévu de s’y retirer pour ses dernières années.

C’est pour cette raison que le château avait été aménagé de manière luxueuse. Le goût d’Hideyoshi pour l’or s’y exprima pleinement avec des ornements peints, sculptés, dorés en abondance. Le projet servait aussi à proclamer la richesse et le goût artistique d’Hideyoshi, les meilleurs artisans de l’époque furent employés à sa décoration. 20 000 ouvriers pris dans toutes les provinces vassales participèrent à sa construction.

C’est là qu’était conservé la salle de thé en or d’Hideyoshi, c’est là aussi qu’il recevait les envoyés étrangers et divertissait ses vassaux. C'était virtuellement le lieu d'où le Japon était gouverné dans un grand ensemble incluant le château d'Osaka et le palais Jurakudai à Kyôto. Avec le château de Nobunaga il a donné son nom à la période de l'unification : la période Azuxhi-Momoyama (Momoyama était la montagne sur laquelle le château de Fushimi fut construit). C’était enfin une forteresse avec ses 5 donjons secondaires entourant le Tenshûdai (donjon principal) de 5 étages.

Le château fut terminé en 1594 mais deux ans plus t**d un grand séisme l’endommagea gravement. Hideyoshi ordonna la reconstruction à l’identique du château mais mourut peu de temps après en 1598. Le château qui devait être le cœur du régime des Toyotomi fut alors déserté.

Le fils d’Hideyoshi, Hideyori, avait été transféré à Osaka car son château était plus sûr. Une garnison fut placée à Fushimi et confiée à Torii Mototada, un vassal de Tokugawa Ieyasu qui faisait alors membre des 5 régents d’Hideyori.

En 1600 la guerre éclata finalement entre les Tokugawa et les loyalistes des Toyotomi menés par Ishida Mitsunari. Mitsunari tenait l’Ouest du Japon avec Osaka et Kyôto tandis que Ieyasu tenait l’Est. Le château de Fushimi était une poche Tokugawa en territoire ennemi, elle devait donc être soumise.

Tout porte à croire que Ieyasu conserva volontairement cette garnison trop avancée et destinée à être détruite pour ret**der son ennemi et le fixer loin de l’Est. Fushimi était une diversion pour laisser le temps à Ieyasu de rassembler ses troupes, Torii Mototada ne pouvait pas non plus l’ignorer.

Le château fut attaqué par les troupes rassemblées des clans Kobayakawa, Ukita et Shimazu. Les hommes de Mototada résistèrent pendant 11 jours en sachant pertinemment qu’ils ne seraient pas secourus. Mototada lui-même mena pas moins de 5 sorties. Chaque porte fut défendue et les attaquants durent les conquérir au prix de lourdes pertes. Mitsunari arriva sur place pour accélérer la chute du château devenu un symbole et le fit incendier. Les 10 derniers défenseurs, réunis autour de Mototada, se suicidèrent dans le donjon en flammes.

La chute de Fushimi était une victoire pour Mitsunari mais une victoire coûteuse. 3000 assaillants périrent contre les 1800 membres de la garnison du château. Mototada et ses hommes devinrent des héros aux yeux des Tokugawa, galvanisant le moral des troupes. Au contraire les hommes et les alliés de Mitsunari étaient préoccupés par la dureté des combats, l’acharnement des ennemis et le manque apparent de compétence des généraux lors de ce qui aurait dû être un combat facile.

Mitsunari perdit surtout un temps précieux durant lequel il ne put quitter la région de Kyôto, laissant à Ieyasu l’initiative d’avancer. Ce ret**d contribua sans conteste à la victoire de Ieyasu à Sekigahara. Pour récompenser les services de Mototada, le clan Torii reçut un vaste domaine et compta parmi les grands daimyôs de l'époque Edo.

Après sa victoire, Ieyasu ordonna la reconstruction partielle du château mais il avait perdu sa vocation militaire et politique. Il fut finalement démantelé en 1623. Plusieurs de ses éléments furent réutilisés. Le temple Nishi Hongan-ji conserve une des portes du palais tandis que d’autres châteaux, dont celui d’Hikone récupérèrent des éléments défensifs.

Trois temples de Kyôto (Yôgen-in, Genkô-an et Hôsen-in) récupérèrent les reliques des défenseurs de 1600. Lorsque les derniers défenseurs se suicidèrent, leur sang imprégna le plancher du donjon. Ces taches sanglantes avaient été conservées avec respect par les Tokugawa et les moines les rachetèrent pour être réutilisés comme plafonds de leurs temples. Les traces sanglantes, où on distingue encore une main ou un corps effondré, devaient symboliser la brièveté de la vie et la vanité des passions humaines. Ils sont toujours visibles aujourd’hui et ils continuent à effrayer le touriste non averti.

Le château de Fushimi a été partiellement reconstruit au XXe siècle comme attraction touristique. Il ne s'agit que de la reproduction réduite du seul donjon, en béton moderne. Il se situe à 500 mètres de son emplacement d’origine. Il ne se visite plus depuis la faillite du musée dont il faisait partie en 2003. Le site originel du château est aujourd’hui occupé par la tombe de l’empereur Meiji, décédé en 1912.

Fortes têtes de père en filleLe 25 août 1600 Hosokawa Gracia était tuée dans l’attaque de sa demeure au cours des prémic...
25/08/2026

Fortes têtes de père en fille

Le 25 août 1600 Hosokawa Gracia était tuée dans l’attaque de sa demeure au cours des prémices de la bataille de Sekigahara.

Hosokawa Gracia fut souvent présentée comme un modèle d’épouse de guerrier, affrontant des risques aussi importants que son mari sur le champ de bataille. Sa mort tragique eu un grand retentissement sur les évènements de son temps. Malgré son importance secondaire dans l'histoire, elle est restée dans les mémoires et s'est même répandue à travers le monde puisqu'elle est le modèle de Mariko dans la série Shôgun.

Gracia (Garasha en katakana) ne ressemble pas à un prénom japonais et c’est normal puisqu’il s’agit de son nom de baptême. Elle se convertit au catholicisme vers 1587 mais son nom d’origine était Akechi Tama. Elle était la fille du fameux Akechi Mitsuhide, l’homme qui piégea et tua Oda Nobunaga en 1582.

Au moment du coup d’Etat de son père elle était déjà mariée à Hosokawa Tadaoki. Les Akechi et les Hosokawa étaient des alliés proches mais ces derniers refusèrent de se joindre à Mitsuhide lors de son attaque contre Nobunaga.

Le couple Tadaoki/Tama semble avoir été très solide car même après le coup d’Etat et la mort de Mitsuhide, Tadaoki refusa de divorcer de la fille du traître. Au contraire, Tama fut envoyée en secret dans un village de montagne pour échapper à la vindicte des fidèles des Oda jusqu’en 1584.

A cette date Hosokawa Tadaoki était devenu le vassal du nouveau maître du Japon, Toyotomi Hideyoshi, et obtint le retour de son épouse. Hideyoshi avait cependant tué Mitsuhide pour venger son maître et il interdit à sa fille de son ennemi de paraître à Osaka, elle resta plusieurs années durant confinée dans leur demeure de Fushimi.

C’est à cette époque là qu’elle prit contact avec la communauté chrétienne d’Osaka. Les jésuites avaient été bien accueillis par Nobunaga puis par Hideyoshi car ils permettaient de faire du commerce avec les Portugais et apportaient des connaissances sur le monde. Ils disposaient d’églises à Kyôto et Osaka et avaient déjà converti plusieurs grands seigneurs. Hideyoshi était entouré par ces convertis parmi lesquels se trouvaient Takayama « Justus » Ukon, Kuroda « Simeon » Kanbee ou Konishi « Agostino » Yukinaga, tous des vassaux de premier plan.

En 1587, Hideyoshi changea de politique et proclama la suppression du christianisme, interdisant le prosélytisme des padres. C’est dans ce contexte hostile que Tama décida de se convertir. Elle reçut le baptême et le nom de Gracia, elle était probablement déjà influencée par les jésuites mais le moment n'était pas innocent : c’était un geste de défiance envers Hideyoshi, le meurtrier de son père.

Son époux Tadaoki ne se convertit jamais au christianisme mais continua à protéger son épouse. Gracia semble avoir appris à la fois le latin et le portugais, elle était capable de lire dans le texte les ouvrages importés par les Jésuites. La politique anti-chrétienne d’Hideyoshi provoqua l’exécution de nombreux chrétiens tandis que progressivement les seigneurs chrétiens furent contraints à abjurer, comme Kuroda, ou à tomber en disgrâce, comme Takayama.

En 1598, Toyotomi Hideyoshi s’éteignit et rapidement son héritage fut disputé entre la faction d’Ishida Mitsunari et celle de Tokugawa Ieyasu. Hosokawa Tadaoki faisait partie des seigneurs haïssant Ishida Mitsunari et il se rallia facilement aux Tokugawa. En 1600, le conflit éclata finalement entre les deux armées et Ieyasu fit marche avec Tadaoki à ses côtés vers Osaka, à l’ouest.

A ce moment Gracia se trouvait encore à Osaka où, comme toutes les épouses de daimyôs, elle devait rester en résidence. Mitsunari était à ce moment catastrophé de voir qu’un nombre très important de daimyôs s’étaient ralliés à Ieyasu contre lui. Il conçut alors de rafler les familles de ses opposants pour s’en servir comme otages.

Les hommes de Mistunari durent attaquer la demeure fortifiée des Hosokawa où les occupants s’étaient retranchés. Les Hosokawa ne pouvaient cependant pas repousser les assaillants et le commandant de la place, Ogasawara Shôsai, informa Gracia que, sur instruction de son mari, aucun d’entre eux ne devait tomber entre les mains ennemies.

Les récits dépeignent souvent Hosokawa Gracia se donnant alors la mort comme c’était le devoir d’une femme de samurai mais dans la réalité, sa croyance dans le christianisme l’empêchait de se suicider, les Jésuites avaient été très clairs là-dessus. Gracia demanda alors à son vassal de la tuer, il s’ouvrit le ventre pour la suivre après avoir incendié la demeure. Le corps d’Hosokawa Gracia brûla avec le reste de ses serviteurs et soldats.

Sa mort provoqua un choc profond à Osaka. Il n’était pas inhabituel de prendre des otages à cette époque-là mais Gracia était déjà à Osaka, à portée de main de Mitsunari. L’attaque par surprise de la demeure fut présentée comme un acte barbare, Mitsunari fut accusé de s’en prendre aux plus faibles tandis que Gracia fut célébrée comme une héroïne.

Les autres seigneurs craignant pour la vie de leurs familles s’en trouvèrent plus déterminés à s’opposer à Mitsunari. Ce dernier n’osa pas poursuivre sa rafle des otages et se contenta de faire garder de l’extérieur les demeures des daimyôs ennemis. Peu de temps après Mitsunari fut vaincu par Ieyasu à la bataille de Sekigahara, l’armée victorieuse entra ensuite à Osaka où les otages furent libérés.

Le prêtre Gnecchi-Soldo Organtino se chargea de retrouver la dépouille de Gracia et lui accorda un enterrement chrétien. Elle fut par la suite transférée dans une tombe bouddhiste pour reposer aux côtés d’Hosokawa Tadaoki, devenu le seigneur de Kumamoto dans le Kyûshû. Laissant de côté l'aspect embarassant de sa religion, Gracia fut transformée en symbole d'épouse modèle de guerrier par le shôgunat qui mettait ainsi en avant ses valeurs tout en flattant un clan vassal puissant.

De manière anecdotique, l'actuel chef de la famille Hosokawa, l'ancien premier ministre Hosokawa Morihiro, est son descendant direct.

Saint et révolutionnaireLe 24 août 1260 (calendrier julien), le moine Nichiren publia son premier texte majeur, le Rissh...
24/08/2026

Saint et révolutionnaire

Le 24 août 1260 (calendrier julien), le moine Nichiren publia son premier texte majeur, le Risshô Ankokuron, et le présenta au régent Hôjô Tokiyori pour l’exhorter à des réformes.

Ce texte est très particulier pour plusieurs raisons. C’est d’abord le premier texte important de Nichiren, c’est ensuite une rare attaque politique de la part d’un chef religieux contre les autorités de son époque. Le texte n’est rien de moins qu’un appel au sh**unat à se soumettre aux préceptes du Nichirenisme naissant et renverser l’ordre établi !

Son auteur, Nichiren, est un personnage à part dans l’histoire du bouddhisme japonais. Il se distingue par ses origines, il serait le fils d’un simple pécheur, alors que la plupart des grandes figures du bouddhisme étaient des fils de nobles ou de samurais. C’est peut-être dans ces humbles origines qu’il faut trouver son aversion envers les puissants et leur domination sur les plus pauvres. Son mouvement religieux, le nichirenisme a eu des tendances pratiquement révolutionnaires et violentes, prêchant la justice par l’abaissement des plus riches.

Durant ses années d’étude, Nichiren développa une vision radicale du bouddhisme fondé sur le Sutra du Lotus comme base de l’enseignement. Ce texte, le Namu Myoho Renge Kyo, était la source la plus pure du bouddhisme, surpassant toutes les autres interprétations.

Le bouddhisme du temps de Nichiren était divisé en de nombreuses écoles : aux côtés d’écoles classiques de l’époque Nara existaient les écoles ésotériques du Tendai et du Shingon ainsi que le zen qui était arrivé récemment, plus récentes encore étaient les écoles du Nembutsu qui pratiquaient un bouddhisme plus religieux fondé sur la bienveillance du Bouddha Amida.

Nichiren dénonçait toutes ces écoles et appelait à les rejeter, le Nembutsu était accusé de n’être qu’une superstition, le zen d’être mondain et coupé des réalités, tous étaient accusés d’opprimer les faibles au profit des puissants.

En 1260, Nichiren avait déjà rassemblé autour de lui des disciples qui étaient attirés par sa vision stricte et pure du bouddhisme. Il attirait aussi de nombreux laïcs pauvres qui entendaient son appel à l’humilité et à son opposition aux samurais. Il fit ainsi son entrée à Kamakura, la capitale sh**unale, accueilli par une foule dense qui l’accompagna en triomphe, ce qui n’était pas sans inquiéter le régime des régents Hôjô.

C’est à ce moment qu’il remit au régent du sh**un Hôjô Tokiyori, son texte du Risshô Ankokuron. Ce texte rappelait les nombreuses calamités naturelles que le Japon avait connu dans les années précédentes : séismes, typhons, inondations, famine et maladies. Il leur donnait une explication simple, le Japon s’était détourné des kamis (divinités interprétées comme des traces du Bouddha) car le peuple était détourné et pressuré par les ordres bouddhistes indignes. Il prophétisait de nouveaux désastres, dont l’invasion étrangère, si les régents ne prenaient en urgence des réformes nécessaires au bien du pays.

Ces réformes étaient simples, cesser de donner de l’argent aux écoles bouddhistes jugées impures et cesser de les soutenir au profit de la doctrine du sutra du Lotus. Le texte prenait l’apparence d’un dialogue entre un maître et son disciple mais c’était une critique ouverte de la politique sh**unale. Jamais un chef religieux bouddhiste ne s’était permis de se mêler aussi brutalement des affaires de son temps. Les grands noms du bouddhisme ont toujours été puissants mais comme conseillers ou maîtres à penser, pas comme acteur d’un changement politique.

Inutile de dire que son appel à rejeter toutes les autres formes de bouddhisme en fit la cible des attaques des autres courants. Nichiren soutint des débats face à ses opposants mais fut plusieurs fois pris à partie par les moines rivaux et manqua de peu d’être tué par les guerriers du clan Tôjô. Le sh**unat lui-même ne répondit rien, le régent Tokiyori craignait de provoquer des troubles dans Kamakura où se trouvaient des partisans de Nichiren.

L’attaque contre l’autorité et le désordre ne pouvait cependant pas être ignorée. Le sh**unat attendit un an, en 1261, pour arrêter Nichiren et l’exiler à Izu. Ce ne fut que le premier exil du saint homme. Il fut réhabilité en 1268 quand la menace mongole commença à se préciser.

Nombreux furent ceux qui pensèrent que Nichiren avait prophétisé l’attaque mongole en 1260 et qu’ils devaient chercher auprès de lui la protection du pays. Son extrémisme le poussa cependant à rejeter l’union des écoles bouddhistes destinée à protéger spirituellement le pays. Il poursuivit ses dénonciations et ses attaques jusqu’à un deuxième texte de remontrance au gouvernement en 1271.

Il fut de nouveau arrêté et manqua de peu d’être exécuté. Les récits de l’époque décrivent qu’un évènement céleste, « brillant comme la Lune », terrifia les exécuteurs. Nichiren fut finalement exilé sur l’île de Sado mais les fidèles de Nichiren criaient déjà au miracle et à la divinité de leur maître.

Il mourrut en 1282 après plusieurs années d’exil mais son enseignement lui survécut. 7 écoles différentes naquirent après sa mort, toutes se réclamant de Nichiren. L’un de ces mouvements, le Hôkke Ikki, au XVIe siècle n’hésita pas à attaquer les clans de samurais pour les renverser et instaurer le domaine du Bouddha, ce groupe colontrôla directement Kyôto pendant plusieurs années jusqu’en 1536.

Aujourd’hui le nichirenisme est représenté par plusieurs groupes mais le plus connu est le Sôka Gakkai, mouvement laïque lié au nichirenisme mais aussi lié au monde politique par une tendance que l'on pourrait qualifié "démocrates-bouddhistes" tant ils ressemblent aux démocrates-chrétiens d'Europe. Le Sôka Gakkai est spécialisé dans l’action sociale mais il a été aussi souvent accusé de prosélytisme agressif et est considéré comme mouvement sectaire en France.

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