Histoire du japon

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Retraite activeLe 1e juin 1616 s’éteignait Tokugawa Ieyasu, le premier shôgun d’Edo, dans son château de Sunpu (Shizuoka...
01/06/2026

Retraite active

Le 1e juin 1616 s’éteignait Tokugawa Ieyasu, le premier shôgun d’Edo, dans son château de Sunpu (Shizuoka).

La vie de Tokugawa Ieyasu fut extrêmement riche mais ses dernières années, après sa victoire décisive de Sekigahara et sa nomination comme sh**un, n’en furent pas moins intéressantes. On pourrait penser qu’en étant nommé sh**un Ieyasu avait atteint le but de sa vie, il avait supplanté toutes les autres familles et instauré un pouvoir durable, mais ce ne fut pas le cas.

Passée l’euphorie de la victoire il restait le plus difficile à faire : construire un régime durable. Ieyasu construisait pour durer et il avait l’exemple de Nobunaga et d’Hideyoshi qui n’avaient pas su instaurer la stabilité. Ieyasu avait été nommé sh**un en 1603 mais il abdiqua à peine deux années plus t**d en faveur de son fils Hidetada.

Dans les faits cela ne changeait rien, il continuait à gérer les affaires en tant que shôgun retiré (Ôgoshô), mais il assurait ainsi la transmission du pouvoir sans accroc à la génération suivante et même celle d'après puisqu'il s'intéressa à l'éducation de Takechiyo, ce petit-fils qui portait son nom d'enfance et devint ensuite le 3e shôgun Iemitsu.

Il se permit quand même entre temps un plaisir en installant sa résidence de « retraite » à Sunpu où il fit construire un immense château avec un donjon de 5 étages (aujourd'hui il ferait partie des plus grands châteaux japonais, s'il existait encore). Ieyasu avait la réputation d’être patient, c’était même sa principale qualité à laquelle il attribuait sa victoire finale, et la vengeance est un plat qui se mange froid.

Ieyasu connaissait bien Sunpu, il y avait passé toute sa jeunesse, quand il s’appelait encore Takechiyo, comme otage du puissant clan Imagawa. Souvent moqué et considéré comme inutile il avait été marié de force à une fille d'un vassal des Imagawa et n’eu aucune liberté d’action jusqu’à Oda Nobunaga tue Imagawa Yoshimoto en 1560.

Il n’est pas difficile d’imaginer Ieyasu choisir consciemment de revenir sur les lieux de ses humiliations constantes en tant que maître absolu. Il semble qu’il fit même exécuter un vassal des Imagawa qui lui avait manqué de respect à l’époque, 50 ans auparavant. Sunpu devint son repaire alors qu’Hidetada passait le plus clair de son temps entre Edo et Kyôto.

Ce ne fut pas une retraite paisible puisque le château de Sunpu brûla pas moins de 5 fois en moins de 10 ans. Les feux de Sunpu restent encore aujourd’hui un mystère de l’histoire du Japon, trop fréquents et rapprochés pour être des accidents, on les attribua sans preuve à fidèles des Toyotomi.

Le clan Toyotomi avait été vaincu et marginalisé en 1600 après Sekigahara mais il était clair pour tous qu’une revanche était programmée. Cette revanche devait arriver lorsque l’héritier des Toyotomi, Hideyori, deviendrait adulte et capable de mener sa propre armée. En attendant ce moment chacun se préparait.

Certains prétendent aussi qu’Ieyasu fit allumer lui-même les incendies pour démontrer l’acharnement criminel de ses ennemis mais aussi pour obliger les seigneurs vaincus à reconstruire à chaque fois l’immense château en fournissant les matériaux, l’argent et les hommes, une manière de détourner ces moyens d’éventuelles préparations militaires.

En 1614 finalement, Hideyori était devenu un jeune homme de 20 ans, marié à une petite-fille d’Ieyasu, et commença à montrer des signes de préparatifs militaires en réunissant autour de lui des rônins. Ieyasu, 71 ans, endossa une dernière fois son armure pour mener les troupes avec son fils. Avant cela il m***a plusieurs prétextes (un texte mal interprété sur un cloche de tempel offerte par Hideyori) pour justifier sa dernière guerre et forcer ses alliés à le suivre.

Lors des deux sièges du château d’Ôsaka, en 1614 et 1615, Ieyasu joua de nouveau la totalité de ses gains sur une seule victoire. Il faut dire que cette fois-ci il jouait avec les pions des autres puisque ce furent les troupes de ses alliés qui furent mises le plus à contributions et souffrirent le plus (tout manque de zèle étant interprété comme une possible trace de traîtrise). Il obtint la victoire, Hideyori se suicida et à partir de là il n’y eu plus de menace sérieuse contre la stabilité du nouveau sh**unat d’Edo.

Comme au théâtre, à la manière d’une conclusion satisfaisante, Ieyasu s’éteignit à 73 ans quelques mois plus t**d. Il se fit inhumer dans le sanctuaire Tôshôgu de Kunozan, sur la colline de Nihondaira non loin de Sunpu (Shizuoka).

Selon ses instructions, un an plus t**d, une procession le transféra au sanctuaire Tôshôgu de Nikkô, au Nord d’Edo. Nous ne sommes pas certains de l’endroit où se trouve son corps, à Kunozan ou à Nikkô, les textes ne sont pas très clairs sur ce qui a été transporté à Nikkô, il est possible que le transfert ne concernait que l’esprit divinisé de Ieyasu désormais connu comme Tôshô Daigongen. Les deux mausolées existent encore, Nikkô se vante d’être la vraie tombe du sh**un mais Kunozan continue d’affirmer sa version alternative et conserve de nombreuses reliques d’objets ayant appartenu au sh**un.

Le 29 mai 1582 débutait le siège du château de Takamatsu (Bitchû) par Toyotomi Hideyoshi, le seul château à avoir été co...
29/05/2026

Le 29 mai 1582 débutait le siège du château de Takamatsu (Bitchû) par Toyotomi Hideyoshi, le seul château à avoir été conquis par inondation et un de ses coups de maître.

L’histoire japonaise lui a attribué le surnom de « singe », Homère l’aurait nommé polymétis (« aux mille

La Vipère de MinoLe 28 mai 1556, Saitô Dôsan, la Vipère de Mino, était tué au combat par son propre fils, Saitô Yosh*tat...
28/05/2026

La Vipère de Mino

Le 28 mai 1556, Saitô Dôsan, la Vipère de Mino, était tué au combat par son propre fils, Saitô Yosh*tatsu.

Saitô Dôsan est un cas d’école de l’époque Sengoku, quand les guerres civiles permirent l’émergence rapide d’hommes nouveaux se taillant des principautés par leurs compétences, leur charisme personnel et par la force militaire. C’était le gekokujo (le subalterne renverse le puissant).

D’après les récits, Dôsan commença sa vie comme moine, puis vendeur ambulant d’huile. La version la plus courante de sa vie indique qu’il serait ensuite entré au service du clan Nagai au service desquels il se serait illustré grâce à son intelligence et son manque de scrupules. Le clan Nagai était vassal du clan Toki, une famille prestigieuse apparentée aux sh**uns Ashikaga, gouverneurs héréditaires de la province de Mino.

Dosan se serait rapproché de Toki Yorinari et l’aurait aidé à devenir shugo (gouverneur de Mino) en m***ant une attaque surprise sur le château de son frère rival. Ayant gagné la confiance du clan Toki, il assassina Nagai Nagahiro en 1530 et usurpa son nom. Par la faveur de Toki Yorinaga (un autre frère) il se fit attribuer la succession du shugodai (vice-gouverneur) Saitô Toshinaga mort en 1538 et prit son nom. Dosan était de naissance trop basse pour avoir son propre nom de famille d'origine, Saitô n'est que l'un de ses trophées.

Il s’installa alors dans la forteresse d’Inabayama. Un lieu stratégique pour surveiller et contrôler Mino, l'endroit devint rapidement fortifié et réputé imprenable. Sans doute pour affirmer sa position dans la province et renforcer son insertion dans les élites, il se maria dans la noblesse locale avec la tante du futur Akechi Mitsuhide, qui était apparentée aux Toki. Il restait alors un vassal de ces Toki.

La tutelle des Toki était toute théorique et à partir de ce moment Yorinari n’eut plus les moyens réels de bloquer la montée en puissance de son vassal. Les sources étant parfois floues, il est possible que la carrière de Dôsan ait été en fait mélangée à celle de son père (un certain Shinzaemonnojo) à qui il aurait succédé en 1533 alors qu’ils avaient déjà usurpé le clan Nagai. La carrière de Dôsan semble tellement riche que plusieurs vies superposées pourrait l'expliquer.

Saitô Dôsan mena une politique agressive indépendante face à ses voisins dans la province qu’il soumit ou rallia. Devenu la principale puissance locale, il empoissona Toki Yorimitsu en 1541 puis attaqua directement Yorinari qu’il expulsa de la province. A partir de là Saitô Dosan devient le daimyô de Mino, un titre autoproclamé qui n’indique que sa possession directe de la province par la force sans autre forme de légitimité.

C’est pour restaurer les Toki que le daimyô de la province voisine d’Owari, Oda Nobuhide, envahit Mino. Les Saitô et les Oda firent cependant la paix en 1549, doublée d’un mariage politique entre la fille de Dôsan, Nô-hime, et le fils de Nobuhide, Nobunaga. Les récits postérieurs narrent que Dôsan estimait beaucoup son gendre en qui il voyait un personnage aussi impitoyable que lui (une lettre originale retrouvée en 2025 va dans ce sens).

L’anecdote veut qu’en amont de leur première rencontre Dôsan se soit dissimulé avec des proches dans une masure pour voir passer son futur gendre. Il aurait alors vu un jeune homme débraillé, habillé de manière excentrique et parlant fort au milieu de son cortège, c’était Nobunaga et Dôsan conçut du mépris pour celui qui était réputé être un jeune fou. Cependant, quelques heures plus t**d, lors de leur présentation officielle, Nobunaga se présenta en costume formel, parlant posément à la manière d’un homme éduqué. Ces efforts furent perçus par Dôsan comme une marque de respect exceptionnel de Nobunaga, surm***ant sa nature excentrique, envers son futur beau-père et Dôsan accepta le mariage. A partir de ce moment le domaine du clan Saitô atteint la stabilité.

Les luttes de famille n’étaient pas rares au sein des clan japonais. Théoriquement la succession se faisait par primogéniture (l’aîné héritant de tout) mais dans les faits le patriarche pouvait choisir son successeur en fonction de ses préférences et des compétences. Les aînés dépouillés ou craignant de l’être n’hésitaient alors pas à réunir leurs propres vassaux et combattre leur père. C’est ce qui arriva aux Saitô.

En 1554, Dôsan avait abdiqué la direction du clan au profit de son fils Yosh*tatsu mais conservait en fait l’autorité réelle. Il semble avoir eu l’intention de changer d’héritier à cause de ses mauvaises relations avec son fils Yosh*tatsu. Ce dernier répondit en faisant assassiner deux de ses frères, à partir de là, le père et le fils renièrent officiellement leurs liens de famille et entrèrent en guerre.

Les vassaux des Saitô, dont de nombreux nostalgiques des Toki, se rangèrent en majorité aux côtés de Yosh*tatsu qui était l’astre du jour face au vieillissant Dôsan. C’est peut-être pour cette raison que Dôsan fit appel à son beau-fils, Nobunaga, pour l’aider, des récits invérifiables affirment même qu’il en fit son héritier mais c’est peut-être de la propagande issue du clan Oda.

Les forces de Dôsan (7000 hommes) étaient bien inférieures à celles de son fils (17 000 hommes) et Nobunaga t**da trop dans son aide. Lors de la bataille de Nagaragawa, Dôsan fut vaincu et tué par les guerriers de Yosh*tatsu qui cimenta son autorité comme nouveau daimyô de Mino et chef du clan Saitô.

Dans les années qui suivirent les guerres contre Oda Nobunaga se poursuivirent et se conclurent en 1564 par la conquête de la province de Mino et la chute de la maison Saitô, première étape de l’expansion d’Oda Nobunaga. Il n’était pas rare à l’époque qu’un clan s’éteigne ou soit vaincu avant la troisième génération.

Le 27 mai 1905 débutait la bataille navale de Tsushima qui allait consacrer la victoire du Japon dans la guerre contre l...
27/05/2026

Le 27 mai 1905 débutait la bataille navale de Tsushima qui allait consacrer la victoire du Japon dans la guerre contre l’empire russe, la première victoire moderne d’une nation asiatique sur une grande puissance européenne.

Le 28 mai 1905, il y a juste 120 ans, s'achevait la bataille navale de Tsushima opposant les flottes japonaise et russe.

Ban the ManLe 26 mai 1615 mourut au combat le samurai Ban Naoyuki (aussi appelé Danemon) pour ne pas avoir su réfléchir ...
26/05/2026

Ban the Man

Le 26 mai 1615 mourut au combat le samurai Ban Naoyuki (aussi appelé Danemon) pour ne pas avoir su réfléchir avant d’agir.

Ban Naoyuki était une tête chaude, un samurai avide de recevoir gloire et récompenses comme tout guerrier qui se respectait durant l’époque des guerres civiles du Sengoku Jidai. Il débuta sa carrière au service d’Oda Nobunaga mais fut renvoyé pour avoir tué un homme et resta rônin pendant plusieurs années. Ce n'était pas en soi extraordinaire, Maeda Toshiie, le futur daimyô Kanazawa connut la même mésaventure.

Sans emploi, il trouva ensuite une place comme l’un des commandants de Katô Yoshiaki avec le rang de teppô-taishô, commandant des arquebusiers. Il y resta des années, récompensé pour ses prouesses lors de l’expédition de Corée. Il prit alors le nom de Danemon.

En 1600, la guerre entre les Toyotomi et Tokugawa pour la domination du Japon mena à la bataille de Sekigahara. Katô Yoshiaki et ses 3000 hommes se rangèrent du côté des Tokugawa. Ban Danemon était parmi eux.

Danemon, voyant le combat engagé, craignait de perdre l’occasion de s’illustrer. Tous savaient que cette bataille marquerait l'histoire et que la paix s'ensuivrait probablement. Autrement, une autre guerre ne se représenterait probablement pas de sitôt. Ce n'était pas le moment d'être timide, Danemon abandonna purement et simplement ses hommes pour plonger dans la mêlée, rendant ses arquebusiers inefficaces faute de chef.

Apprenant son abandon de poste, Yoshiaki réprimanda furieusement son vassal après la bataille (gagnée) mais Danemon refusa la punition et déserta le clan Katô en laissa une lettre : « Moi, Ban Danemon, un héros de la campagne de Sekigahara, quitte l’emploi du stupide seigneur Katô, qui a échoué à se distinguer dans la grande bataille parce qu’il manquait des qualités d’un chef. »

Yoshiaki ne fut… pas content.

Dans les années suivantes, Danemon passa au service de plusieurs seigneurs sans pouvoir vraiment s’y maintenir. A chaque fois, Katô Yoshiaki envoyait un hokokamae (une lettre de mise en garde) poussant à le chasser. Sa réputation de désobéissance et d'irrespect ne lui faisait pas non plus d'amis. L'époque était aussi à la méfiance envers les rônins qui commençaient alors à être criminalisés.

Un rônin pouvait autrefois refaire sa vie plusieurs fois, c'était un passage très commun dans la carrière d'un samurai. Ce n'était désormais plus possible, le rônin était désormais en rupture de ban. Ban Danemon survécut d'expédients, devenant même brièvement moine bouddhiste.

Une autre chance inespérée se présenta. Au début de 1614, il fut recruté par le clan Toyotomi qui réunissait à Osaka des troupes en prévision du conflit final contre Tokugawa Ieyasu. Danemon fit le même calcul que beaucoup : il y avait plus à gagner en cas de victoire du côté des Toyotomi. Il fit partie des assiégés du château d’Osaka lors de la campagne d’hiver 1614.

Toujours le sang chaud, il réunit 20 hommes avec lui pour attaquer par surprise de nuit le camp le plus proche, celui du clan Hachisuka, il réussit dans la panique générale à couper la tête d’un vassal de haut-rang et la rapporta dans son camp. Danemon gagna par ce coup d’éclat la gloire à laquelle il aspirait depuis si longtemps et m***a en grade parmi les rônins d'Osaka.

Le campagne d’hiver s’acheva par la soumission formelle des Toyotomi mais ces derniers poursuivirent leurs efforts de fortifications et dès l’été 1615 les Tokugawa étaient de retour pour mener le siège final devant Osaka.

Devenu chef d’une troupe de 3000 hommes, Danemon se retrouva à combattre aux côtés d’Okabe Noritsuna, qu’il détestait parce qu’il voyait en lui un rival lui disputant sa gloire. Lors de la bataille de Kashii, il s’illustra par son hardiesse en restant en première ligne. Ban était sur tous les fronts, donnant l'exemple.

Le 26 mai 1615, Ban Danemon découvrit qu'à son réveil, Noritsuna et ses hommes s'étaient déjà mis en marche contre l’ennemi alors que ses propres hommes n’étaient pas encore prêts (un mauvais coup il faut bien le reconnaître). Danemon, furieux, chevaucha et rattrapa Noritsuna sans mettre attendre sa troupe. Il défia son rival (et théoriquement allié) dans un combat à la lance et le mit à terre.

Pris dans son élan et voulant avoir l’honneur d’être le premier au combat, il se jeta ensuite sur les lignes ennemies. Rien ne l'arrêtait mais c’est alors qu’il se rendit compte que ses hommes n’avaient pas encore eu le temps de le rattraper et que les hommes de Noritsuna n’avaient aucune intention de lui venir en aide.

Il mourut au combat face à pas moins de 4 adversaires. Noritsuna fut blâmé pour avoir laissé massacrer Ban Danemon mais soyons honnêtes : il n'avait qu'à s'en prendre à lui-même.

Ban Danemon resta un exemple de courage et de force mais il montre aussi combien les guerriers du Sengoku Jidai correspondait peu à l’idéal du code du guerrier promut à l’époque Edo qui plaçait la fidélité au seigneur, la discipline et la maîtrise de soi avant toute autre chose. Déjà lors du siège d'Osaka, il était d'une espèce en voie de disparition.

L'invasionLe 24 mai 1592, Konishi Yukinaga et ses troupes débarquaient et occupaient Busan en Corée marquant le début de...
24/05/2026

L'invasion

Le 24 mai 1592, Konishi Yukinaga et ses troupes débarquaient et occupaient Busan en Corée marquant le début de la guerre d’Imji, l’invasion japonaise ordonnée par Toyotomi Hideyoshi.

La première vague commandée par Konishi Yukinaga débarqua près de 7000 hommes répartis sur une centaine de bateaux de petite taille qui s’emparèrent facilement de Busan. Ils furent suivis par environ 150 000 Japonais dont un tiers de combattants (le reste consistant en marins et serviteurs).

Les Coréens furent pris par surprise face à l’invasion et à son ampleur, ils eurent aussi à subir le feu nourri des arquebuses japonaises, une arme moderne qui restait rare en Corée. Plus que les armes à feu même ce fut la férocité des envahisseurs qui bouscula l'armée coréenne : les garnisons des forts coréens furent massacrées, après les batailles ordre fut donné de ne pas faire de prisonnier. Villes et temples devaient bruler après avoir été pillés (les samurais comptaient sur le butin pour rentrer dans leurs frais au service de leur seigneur).

Ces débuts allaient préfigurer la suite, les Japonais massacrèrent sans distinction tout le long de leur chemin. En visitant aujourd’hui des sites historiques en Corée il est habituel de voir mentionner la destruction du lieu lors de l’invasion japonaise, rares furent les villes et les temples à avoir été épargnés. Moins d’un mois après ce débarquement et après avoir vaincus plusieurs armées envoyées contre eux, les Japonais entraient dans Séoul abandonnée.

La guerre d’Imji (de son nom coréen) est un évènement absolument inédit dans l’histoire japonais, jamais avant la restauration Meiji le Japon n’avait conduit de guerre à l’étranger. Il existe bien sûr des récits semi-légendaires de luttes entre la Corée et le Japon, comme l’invasion menée par l’impératrice Jingû mais ces récits n’ont jamais été confirmés et pour l’essentiel l’histoire sanglante du Japon est toujours restée confinée à son archipel.

Les sources rédigées pendant la période Edo désignent généralement Toyotomi Hideyoshi comme seul coupable de la guerre. Après avoir soumis les Hôjô et le Kyûshû, Hideyoshi aurait été pris d’une volonté mégalomaniaque de poursuivre son expansion et de conquérir la Chine, la grande puissance de son temps. Le chemin vers la Chine et Beijing passait cependant par la péninsule coréenne mais le roi Seonjo de la dynastie Joseon aurait refusé à plusieurs reprises de laisser les armées japonaises traverser son royaume, provoquant la réaction violente d’Hideyoshi.

Rien ne permet de remettre en question cette raison, elle semble en accord avec le personnage et ses ambitions mais on lui adjoint souvent des raisons tacites qui semblent logiques mais son invérifiables. On dit souvent que l’invasion de la Corée devait servir à unifier les samurais dans un effort commun après un siècle de guerres civiles ou peut-être d’affaiblir les armées de daimyôs rivaux.

Cela semble peu probable, Hideyoshi n’envoya pas une armée nationale unifiée mais un contingent divisé en 8 groupes composés de différents clans et dirigés par un vassal direct des Toyotomi. Konishi Yukinaga et Katô Kiyomasa, les commandants des deux premières divisions servaient plus généralement de commandants de l’expédition.

La coopération entre les différentes divisions fut toujours difficile du fait de rivalités entre les commandants, Konishi et Katô se haïssant cordialement au point de ne jamais se rencontrer directement durant le conflit. L’expédition laissait aussi de côté certaines familles jugées peu fidèles comme les Tokugawa qui ne participèrent jamais directement à l’expédition, restant sagement en réserve.

La guerre en Corée divisa durablement les daimyôs japonais, beaucoup rechignant aux fortes dépenses et aux pertes humaines qui n’étaient pas récompensées, Hideyoshi se réservant le droit de rétribuer ses favoris. Pire, certains fidèles des Toyotomi finirent par ressentir du dépit et de la colère face à l’ingratitude d’Hideyoshi et aux tracas causés par ses favoris comme Ishida Mitsunari, laissant plus t**d le champ libre à Tokugawa Ieyasu pour les gagner à sa cause.

Ces effets négatifs découlent de la résistance opiniâtre des Coréens transforma la guerre en véritable bourbier pour les samurais qui durent faire face à une résistance nationale sur leurs arrières et au génie militaire de l’amiral Yi Sun-Shi qui bloqua durablement tout renfort et ravitaillement. Hideyoshi comptait peut-être sur une victoire plus rapide mais il faut bien constater que l’invasion de la Corée n’a apporté ni unité ni stabilité au règne des Toyotomi. Dès janvier-février 1593, l'intervention des troupes chinoises permit la libération de Pyongyang et le début du reflux japonais qui se cantonna au Sud-Est de la péninsule en 1595 (avant la brève mais toute aussi violente deuxième invasion de 1597).

La plupart des historiens s’accordent donc à dire que c’est bien la mégalomanie qui justifia la guerre plus que toute autre raison pragmatique.

Elle s’acheva avec la mort d’Hideyoshi en 1598, ce qui permit à ses vassaux de se retirer rapidement sans encourir la rage de leur maître. La guerre couta la vie à environ 100 000 Japonais mais peut-être jusqu’à 1 million de Coréens. La Corée Joseon était victorieuse mais durablement ruinée de même que la Chine Ming qui entra dans une crise financière qui allait précipiter la chute de la dynastie une génération plus t**d.

Le Japon lui-même en fut bouleversé, la domination des Toyotomi fut renversée dès 1600 par les Tokugawa. Le ressentiment né de la guerre et les haines personnelles contre Ishida Mitsunari et Konishi Yukinaga furent pour beaucoup dans les ralliements à Ieyasu, permettant une transition rapide en faveur des Tokugawa, qui signèrent une paix formelle avec le Joseon dès 1604.

Les fantômes du clan HôjôLe 23 mai 1333, Hôjô Takatoki, dernier régent du sh**unat de Kamakura, s’ouvrait rituellement l...
23/05/2026

Les fantômes du clan Hôjô

Le 23 mai 1333, Hôjô Takatoki, dernier régent du sh**unat de Kamakura, s’ouvrait rituellement le ventre entouré par les flammes durant la chute de sa ville et de sa famille.

Depuis plus d’un siècle les sh**uns de Kamakura étaient de fait sous le contrôle de la puissante famille des régents Hôjô. A l'origine , ceux-ci avaient acquis leur position car Hôjô Masako avait épousé le premier shôgun et que ses deux successeurs étaient ses enfants. Sous leur minorité, Hôjô Yosh*toki (le frère de Masako) s'était imposé comme le véritable maître de Kamakura.

Les sh**uns n’étaient pourtant plus liés à la dynastie Minamoto puisqu’ils étaient des princes impériaux adoptés pour maintenir la fiction d’une continuité. Les "vrais" Minamoto s'étaient éteints après l'assassinat du 3e shôgun Sanetomo en 1219. Malgré un siècle de gouvernement efficace les Hôjô n’en restaient pas moins, théoriquement, les égaux des grands vassaux gokenin mais, bien plus égaux que les autres pourrait-on dire, ils maintenaient une hégémonie de fer sur le gouvernement.

La situation était encore compliquée par l’extension de la famille elle-même. Le régent, shikken, était souvent lui-même soumis au tokusô, le chef de la famille Hôjô qui pouvait, ou non, assumer directement le pouvoir. C’est ainsi que Takatoki fut régent dès 8 ans en 1316, se retira après une maladie en 1326 (à 18 ans) mais exerça ensuite l’essentiel du pouvoir sur ses successeurs officiels en tant que tokusô.

Takatoki fut décrit comme un personnage malavisé, mal conseillé, amateur de luxe et de divertissement tels que les combats de chiens, peut-être mentalement limité mais c’est peut-être le résultat de la propagande impériale après sa chute. La chute des Hôjô n'est pas de son fait mais plutôt de circonstances déjà enclenchées avant son époque.

La régence des Hôjô était alors déjà entrée en déclin pour plusieurs facteurs. Depuis les invasions mongoles, à la génération précédente, les régents devaient affronter le mécontentement des vassaux qui s’étaient appauvris par manque de redistribution de butin. Les familles appauvries réclamaient protection et abolition de leurs dettes, ce qui ne faisait que ret**der le problème de leur appauvrissement. Elles ne t**dèrent pas à chercher à s’enrichir en attaquant leurs voisins ou en se faisant bandits.

Les groupes de bandits akutô mirent fin à la stabilité et à la sécurité, mettant au défi Kamakura de réagir efficacement et endommageant durablement le prestige des régents.

Face à l'instabilité et aux critiques, les Hôjô furent donc contraints de réaffirmer leur autorité en soumettant par la force les familles les plus influentes parmi les grands vassaux, les gokenin, dans une série de luttes de pouvoir et de coups d’Etats. Les principales familles de vassaux comme les Nitta et les Ashikaga se sentaient ainsi menacées et étaient courtisées par les vassaux mécontents pour les guider.

A cela s’ajouta la volonté de l’empereur Go-Daigo de restaurer un gouvernement impérial direct à a chinoise et se débarrasser du régime des guerriers. Depuis les mêmes invasions mongoles un mouvement en faveur de la restauration impériale se levait à Kyôto, se fondant sur l'ascendance divine des empereurs et leur attribuant le Kamikaze qui avait sauvé le pays des Mongols. Les Hôjô avaient donc face à eux des opposants et une alternative politique, une combinaison dangereuse.

En 1331, le sh**unat força l’empereur à abdiquer après la découverte d’un complot contre l’autorité de Kamakura, Go-Daigo y répondit en levant une armée contre le sh**un. Takatoki choisit d’y répondre par la force, ignorant les réticences de ses conseillers qui craignaient les conséquences de porter la main sur l’empereur lui-même. Go-Daigo fut vaincu, pris et exilé mais il s’échappa en 1333, appelant de nouveau à la révolte contre Kamakura.

Pris dans les disputes et l’indécision, la réponse du sh**unat t**da et Takatoki imposa Ashikaga Takauji comme chef de l’armée envoyée vers l’Ouest pour soumettre l’empereur. Ce fut un choix bien peu judicieux. Takauji restait un rival des Hôjô, toujours sous la menace d’une purge, il vit dans ce moment l’occasion de supplanter les Hôjô, espérant être nommé sh**un par l’empereur restauré. Il fit faire marche arrière à ses troupes, direction Kamakura.

Ce fut cependant un autre gokenin, Nitta Yoshisada, qui voyant l’effondrement en cours, sauta dans le train en marche en levant son armée pour attaquer directement Kamakura par surprise. Yoshisada contourna les défenses naturelles de la ville en passant par la plage de Yuigahama à marée basse. Kamakura fut incendiée et dans une volonté de revanche tous les vassaux directs des Hôjô furent massacrés.

Hôjô Takatoki s’était alors réfugié dans le temple Tôshô-ji, le temple-mausolée des régents, où il s’était retranché. Quand il devint clair que Nitta Yoshisada avait pris la ville, Takatoki et les siens firent incendier le temple et se suicidèrent, suivis de leurs 870 vassaux. Il est dit que Takatoki se suicida en s’ouvrant le ventre dans une grotte qui existe toujours et aujourd’hui appellée le : Hôjô Takatoki Harakiri Yagura.

La dynastie Hôjô s’éteignit ainsi brutalement en moins d’un mois. Plus t**d Ashikaga Takauji fit construire un sanctuaire sur l’emplacement du Tôshô-ji pour apaiser les âmes des suicidés qui, disait-on, hantaient le lieu. Takatoki ne laissait qu'un unique fils, Tokiyuki, qui tenta toute sa vie de restaurer son clan face aux Ashikaga.

Le 22 mai 1946 Shigeru Yoshida devenait le premier chef de gouvernement élu du Japon d’après-guerre. Première étape dans...
22/05/2026

Le 22 mai 1946 Shigeru Yoshida devenait le premier chef de gouvernement élu du Japon d’après-guerre. Première étape dans la construction du Japon d'après-guerre.

Le Japon est une démocratie parlementaire qui ressemble à d’autres régimes du même type en Europe mais c’est aussi un pa

Samurai du peupleLe 21 mai 1837 naissait Itagaki Taisuke, le samurai des droits du peuple. Itagaki Taisuke venait du dom...
21/05/2026

Samurai du peuple

Le 21 mai 1837 naissait Itagaki Taisuke, le samurai des droits du peuple.

Itagaki Taisuke venait du domaine de Tosa (dans le Shikoku) et il fut donc influencé dans ses convitions par d’autres grandes figures venues du même domaine comme Sakamoto Ryôma. Il faisait partie de cette jeune génération de révolutionnaires de Meiji. Déjà conseiller militaire du domaine, c’est lui qui fit se ranger Tosa aux côtés de Satsuma et Chôshû au moment du renversement du sh**unat en 1867.

Cette implication permit à Tosa et à Itagaki en particulier d’avoir une place dans le gouvernement du nouveau Japon Meiji, il en prit même la tête en 1871 lors de l’envoi de la mission Iwakura mais démissionna en 1873 à cause de son opposition à l'idée d'une expédition militaire en Corée (déjà).

C’est à ce moment qu'il entra dans l'opposition à l’hégémonie de Satsuma et Chôshû sur le le nouveau gouvernement. Cette opposition était aussi idéologique, Satsuma et Chôshû défendaient le Hokken donnant la priorité aux besoins de l’Etat et aux réformes autoritaires. Itagaki et de nombreux samurais de Tosa défendaient le Minken donnant la priorité au développement des droits du peuple et d’un système représentatif. Itagaki réclamait ainsi la création d’assemblées locales élues dès 1874 contre l’avis du gouvernement qui préférait un développement centralisé et la toute-puissance de l’administration.

C’était deux visions de la modernité qui s’opposaient.
Itagaki et ce qui devint la « faction de Tosa » fonda le Aikoku Gôtô, la Société des Patriotes, dont les idées étaient fortement influencées par la constitution américaine et par les philosophes français dont Rousseau qui venait d’être traduit. Ils mettaient en avant les droits naturels de l’homme, le droit à la propriété, la recherche du bonheur et la neccéssité imperative de consulter les citoyens par des assemblées élues locales.

En cela ils étaient probablement assez optimistes sur le degré d'éducation politique du citoyen japonais de l'époque, encore marqué par l'obéissance féodale à l'autorité. Leur critique du gouvernement, très critiqué pour ses réformes à marche forcée, les rendirent cependant extrêmement populaire, en particulier auprès des anciens samurais appauvris.

Il fut à la tête du Mouvement pour la Liberté et des Droits du Peuple de 1878 (Jiyû Minken Undô) qui mena des protestations et des manifestations pour l’établissement d’une constitution promise de puis longtemps et l’établissement d’un régime représentatif. Il mena à la création en 1881 du Parti de la Liberté, le Jiyûtô, premier parti politique organisé de l’histoire du Japon.

Ce mouvement fut sévèrement réprimé par la police mais était devenu trop important pour être totalement effacé. Itagaki Taisuke manqua d’être assassiné en 1882 lors d’un meeting mais son assassin manqua sa cible, Itagaki en profitant pour clamer avec emphase dans les minutes suivantes : « Itagaki peut mourir mais pas la liberté ! »

Son parti se divisa rapidement entre les modérés, souvent issus de l’élite, dont faisait partie Itagaki, et une base plus radicale qui menaçait de déborder la faction de Tosa aux commandes. Certains de ses partisans fondèrent ainsi une véritable commune populaire à Chichibu en 1884.

Pris d’inquiétude face à la tournure pris par les évènements, Itagaki décida de partir dans un quasi-exil pour un voyage d’étude en Europe. De plus le gouvernement cenait de promettre d’instaurer une constitution avant 10 ans, calmant les esprits les plus modérés. Beaucoup de ses partisans considérèrent qu’il s’était rangé du côté du gouvernement. Cette même crainte de radicalisation et de violence mena à la dissolution du parti en 1884.

De retour au Japon en 1884, Itagaki Taisuke se rangea dans une opposition plus modérée mais toujours dans le sens d’un régime « à l’américaine » basé sur la représentation du peuple. Il accepta la même année le titre de comte mais à la condition qu’il ne puisse pas transmettre ce titre à ses enfants et créer une autre dynastie politicienne.

La constitution adoptée en 1889 prit cependant modèle sur l’Allemagne impériale plutôt que sur la démocratie américaine, confirmant l’autorité impériale et la toute-puissance de l’administration sur les organes élus. Itagaki refonda alors le Jiyûtô et se fit élire à la Diète pour mener la première opposition parlementaire.

Il participa à plusieurs gouvernements de coalition avec les modérés et fut plusieurs fois ministre. Il se retira finalement de la vie politique en 1900. Il milita pour la création d’assemblées représentatives à Taïwan et en Corée occupées et produisit de nombreux ouvrages. Il décéda en 1919, il est considéré comme un des premiers politiciens de l'histoire japonaise.

住所

Nerima-ku, Tokyo

ウェブサイト

アラート

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