02/09/2026
Mariage hautement politique
Le 2 septembre 1877 s’éteignait la princesse Kazu-no-miya, fille d’empereur, épouse de sh**un et figure tragique de la fin de l’époque Edo.
Chikako, princesse Kazu-no-Miya était une fille de l’empereur Ninkô et donc une tante du futur empereur Meiji. Elle aurait dû mener la vie d’une fille d’empereur et épouser un noble de cour mais comme pour beaucoup d’autres Japonais de son temps, les troubles de la fin du sh**unat en décidèrent autrement.
L’arrivée des Américains et l’ouverture du Japon en 1853 avait provoqué une importante agitation politique. Les partisans d’un renversement des sh**uns Tokugawa et d’une restauration du pouvoir impérial se firent nombreux à travers le pays et en particulier dans les domaines féodaux de l’Ouest. Le régime des Tokugawa connaissait alors une perte de prestige importante et les conseillers du sh**un, les rôjû, conçurent un plan. Pour réconcilier officiellement le sh**un et la cour impériale et pour rehausser le prestige des Tokugawa il fallait conclure un mariage dynastique entre Edo et Kyôto et créer le Kobu-Gattai, l'alliance du trône et sh**unat.
Un tel mariage était absolument inédit au Japon. Les samurais gouvernaient le Japon mais la noblesse de cour restait d’une naissance bien trop élevée pour prétendre à un mariage. Qu’une fille de clan samurai soit donnée en épouse à un empereur s’était déjà vu (avec les Taira et les Tokugawa) et témoignait déjà de la puissance du clan. Un mariage d’une fille d’empereur à un guerrier était une mésalliance choquante.
L’empereur Kômei, frère de la princesse Kazu refusa et la princesse elle-même menaça de rentrer dans les ordres si on lui faisait subir cette humiliation. Il fallut les efforts d’une partie de la famille impériale et de la cour pour persuader la princesse d’accepter. L’empereur Kômei accepta après avoir reçu l’assurance que le sh**unat dénoncerait son traité de commerce avec les étrangers et fermerait de nouveau le pays, une promesse qui ne fut jamais tenue.
L’opinion publique fut partagée entre les partisans des Tokugawa enthousiastes et les partisans de l’empereur qui dénoncèrent la souillure imposée à la famille impériale. La princesse Kazu devint pour beaucoup une figure tragique, sacrifiée aux exigences d’un pouvoir tyrannique et envoyée au supplice lors de son transfert vers Edo en 1862.
Le trajet prit la forme d’une grande procession fortement gardée pour éviter les éventuelles attaques d’opposants. De nombreuses rumeurs courraient sur la princesse prisonnière et la dureté de ses conditions de détention. La possibilité d’une attaque pour la libérer fut prise au sérieux.
En réalité la princesse avait posé ses conditions comme celle de continuer à vivre selon les règles de la famille impériale, de pouvoir retourner une fois l’an à Kyôto et de conserver son titre de princesse impériale. Ce dernier détail permettait à la princesse de rester d’un statut supérieur à son époux le sh**un Tokugawa Iemochi. Ils avaient tous deux 16 ans.
A l’opposé des attentes, le couple Iemochi/Chikako fut globalement heureux. Les témoignages de leur bonne entente furent nombreux et rapidement diffusés au point que l’on parla bientôt d’un mariage d’amour. En réalité les deux époux avaient des intérêts bien compris à s’entendre et le sh**un Iemochi fit l’effort de respecter le statut supérieur de son épouse et maintenir son style de vie impérial.
Tout porte à croire cependant qu’une véritable intimité exista entre eux. La princesse Kazu dut cependant autoriser son époux à conserver une concubine qui était déjà présente. Une seule concubine pour un sh**un équivalait presque à de la monogamie pour les standards de l’époque et fut interprété comme un autre signe d’amour entre les jeunes mariés.
Le mariage ne dura cependant pas longtemps, Tokugawa Iemochi décéda en 1865 après 3 ans de mariage. Sa tombe fut ouverte après la Seconde Guerre Mondiale et on y découvrit un bijou contenant une mèche de cheveux. Après analyse il est fort probable que ces cheveux aient appartenu à la concubine du jeune sh**un.
Comme le veut la tradition, sa v***e entra dans les ordres sous le nom de Seikan’in-no-miya. Elle eut cependant un rôle important sur le destin du Japon.
Iemochi avait laissé un testament demandant que Tokugawa Iesato, bien qu'enfant, lui succède mais l’urgence de trouver un chef militaire à la maison Tokugawa poussa les rôju à avancer la candidature de Tokugawa Yoshinobu. La princesse Kazu fut consultée avec sa belle-mère et appuya Yoshinobu, faisant de lui le 15e sh**un.
Yoshinobu allait liquider le sh**unat l’année suivante en 1867 et permettre la restauration impériale de l’empereur Meiji. La princesse eu aussi son rôle à jouer comme intermédiaire dans la reddition pacifique du château d’Edo face aux troupes fidèles à l’empereur.
Après le transfert de la capitale à Edo, devenue Tôkyô, la princesse vécut à l’écart de la nouvelle cour impériale et mourut de maladie en 1877. Elle avait alors 31 ans. Elle fut enterrée non loin de Iemochi au temple Zôjô-ji. Sa tombe fut ouverte pour être déplacée et on découvrit sur sa dépouille une plaque photographique d’un homme en kimono traditionnel, on ne sait qui était représenté sur cette plaque qui fut volée le lendemain de sa découverte.