03/09/2026
Ce poème est une invitation à explorer et se souvenir des mots que l'humanité a elle-même choisis pour définir l'enfant et de ce qu'elle a déclaré lui devoir.
Le Nouveau Script
par Sophie Rouméas
En relisant le script de mon enfance
j’ai retrouvé une part de mes souvenirs.
J’ai ressenti ses peurs, ses joies, ses rêves et ses désespoirs,
mais elle, la petite, plus de trace.
L'enfant intérieur, une notion abstraite,
tissée dans le vaste océan de la vie.
Il apprend et grandit, jamais figé
dans un seul script ou un seul état d'esprit.
Mais de quelle enfance parlons-nous
lorsque nous évoquons l’enfant ?
Qui aimerait être figé dans notre prisme collectif de l’enfance,
alors que des millions dans le monde
n’ont pas accès à la sécurité physique, matérielle,
émotionnelle…
Nous vivons dans un temps
où la définition d’un enfant
n’est plus la même dans les faits
que celle de nos idéaux.
Définition ancienne de « enfant »
dans le Dictionnaire Universel de 1690 :
« Qui doit sa naissance à quelqu’un ».
Quand l’enfant doit sa naissance à quelqu’un,
à son père et à sa mère,
ne devrait-il recevoir les soins
qui feront de lui un être humain
épanoui, et qui puisse à son tour créer
et évoluer avec la communauté ?
Déclaration de Genève relative aux Droits de l’Enfant, 1924 :
« L’humanité doit donner à l’Enfant ce qu’elle a de meilleur ».
De chair à canon,
certains enfants n’ont connu que la guerre,
à jouet pour adultes,
d’autres ne connaissent que l’exploitation se****le.
D’enfants sans identité à ceux qu’on maltraite,
près de cent quarante millions dans le monde doivent travailler
au lieu d’apprendre, jouer, découvrir, grandir…
Parmi eux, près de quatre-vingts millions
ont entre cinq et onze ans.
Ces enfants invisibles, mais partout.
Peut-on quantifier combien n’ont pas un accès stable à l’essentiel ?
Sécurité, nourriture, éducation, amour ?
Jusqu’à un enfant sur deux de notre planète
subit encore violence,
ou négligence.
Une enfance, d’une manière ou d’une autre, volée.
Des chiffres, des millions,
mais derrière chaque nombre, un visage.
Pourtant, des mains se tendent.
Des gens réfléchissent, agissent,
nourrissent l’enfance là où les systèmes échouent.
Une assiette partagée, un regard qui protège,
des rires qui jaillissent malgré la misère.
Il existe une dignité que les chiffres ignorent,
et une force que la violence du monde n’efface pas.
Définition de « enfant »
de nos jours dans le dictionnaire Universalis :
« Nom singulier invariant en genre
Être humain dans la période de l’enfance ».
Pourrait-on s’accorder à ce qu’est être humain
s’il vous plaît ?
Un nouveau script pour notre humanité —
un monde où tous les enfants peuvent vraiment être des enfants,
où nos talents sont mis au service les uns des autres.
Un monde où les êtres humains se reconnaissent et s’honorent,
dans chaque instant présent, chaque jour.
Respirer, ressentir profondément ce que cela signifie d’être humain,
ni perdus dans le passé, ni suspendus dans la peur de demain,
mais simplement être —
être là, être humain.
L’enfant intérieur est une abstraction
jusqu’au jour où il rencontre l’âme qui le voit.
Données actualisées pour cette republication : estimations mondiales OIT–UNICEF sur le travail des enfants (données 2024, publiées en 2025) ; données OMS sur les violences faites aux enfants (actualisées en 2026).