21/08/2026
En voilà un extrait du livre " " un coup d’œil sur ce qui prevaut actuellement dans le pays-ci, consernant le système sanitaire
Chapitre 7 : Santé publique : survivre au lieu de vivre
Je me souviens de ce jour comme si c'était hier. C'était une nuit chaude et silencieuse à Coyah. Mon voisin, un homme d'une quarantaine d'années, est tombé brusquement malade. Son épouse paniquée l'a transporté en moto jusqu'au centre de santé le plus proche. À son arrivée, on lui a dit : « Pas de médecin ce soir, revenez demain. » Quelques heures plus t**d, il est mort chez lui. Il n'était ni pauvre ni vieux, juste un Guinéen de plus, victime d'un système qui a cessé de considérer la santé comme un droit. Ce jour-là, j'ai compris une vérité cruelle : en Guinée, on ne meurt pas seulement de maladie, on meurt de l'absence d'un État.
— Des infrastructures délabrées, fantômes d'un service public
Partout dans le pays, les hôpitaux publics ressemblent davantage à des mouroirs qu'à des lieux de soin. J'en ai visité plusieurs : Conakry, Kindia, Labé, Kankan. Partout, le même décor : murs lézardés, matelas souillés, salles d'attente bondées, matériel usé ou inexistant. Il arrive même qu'on vous demande d'acheter vous-même les gants, les seringues, les produits désinfectants. Et si vous n'avez pas d'argent, vous êtes prié de rentrer chez vous. « En Guinée, l'accès aux soins dépend de votre portefeuille, pas de votre besoin. »
Même les CHU (centres hospitaliers universitaires), censés être les fleurons du système, sont en décomposition. Le plateau technique est vétuste, les examens de base sont hors service, et les pannes d'électricité paralysent les interventions urgentes. Quand une femme enceinte arrive pour accoucher, il faut parfois improviser à la bougie. Des enfants meurent de diarrhée, des vieillards de tension, des femmes de complications post-partum – toutes maladies évitables si le système fonctionnait.
— Une pénurie chronique de personnel qualifié
Le personnel médical en Guinée est sous-payé, sous-formé et surmené. Le médecin généraliste est devenu une denrée rare en zone rurale. L'infirmier, souvent sans spécialisation, assure tout : diagnostic, prescription, suivi. L'exode médical n'est plus un phénomène, c'est une hémorragie. De nombreux médecins fuient vers les pays du Maghreb, vers la France, vers le Sénégal, en quête de meilleures conditions de travail et de reconnaissance.
Je connais un ami médecin, diplômé avec mention à Conakry, qui a fini par s'installer comme conducteur de VTC en Europe. Il m'a dit un jour : « Ici, je conduis, mais je suis respecté. Là-bas, je soignais, mais je n'étais rien. » Cette phrase me hante. Comment un pays peut-il perdre ses soignants par négligence ? Comment pouvons-nous espérer une couverture sanitaire récente sans protéger nos blouses blanches ? « Un médecin qui meurt d'épuisement ou d'humiliation, c'est une nation qui perd une part de son humanité. »
— Ce qu’il faut pour redonner à la blouse son éclat
• Investir massivement dans les infrastructures de santé : réhabiliter les hôpitaux existants, en construire de nouveaux, les équiper selon les standards modernes.
• Garantir la disponibilité des médicaments essentiels : à travers une politique pharmaceutique claire, un contrôle des prix et une lutte contre les contrefaçons.
• Créer un système de mutuelle de santé publique accessible à tous, financé en partie par l'État et en partie par les cotisations volontaires, pour limiter les coûts directs.
• Renforcer la prévention à travers l'éducation à la santé dans les écoles, les campagnes communautaires, les programmes radios et télé.
• Reconnaître et encadrer la médecine traditionnelle, en formant les guérisseurs, en validant certaines pratiques, en l'intégrant intelligemment au système de santé.
— Ce que je veux transmettre à chaque citoyen
Je veux dire à ceux qui souffrent en silence : « Votre santé n'est pas une faveur, c'est un droit. » Ne laissez personne vous faire croire le contraire. Continuez à revendiquer, à dénoncer, à exiger. Car si nous ne faisons pas de la santé une priorité, nous n'aurons plus de pays à défendre. Un peuple malade est un peuple vulnérable. Un peuple abandonné à lui-même est un peuple en danger.
Et à ceux qui gouvernent, je dis ceci : « Vous serez jugés, non par vos discours, mais par l'état de vos hôpitaux. » La vraie richesse d'une nation se mesure à la manière dont elle prend soin de ses plus fragiles. Il est temps de sortir de cette logique où l'on survit. « Un pays ne peut pas se contenter d'organiser la survie. Il doit permettre la vie, la vraie, la digne, la belle. » [Paul Farmer, 2005].
Et cela commence ici : dans chaque dispensaire réparé, dans chaque médecin écouté, dans chaque patient respecté.