21/12/2025
Cette fois-ci, ce n’était pas le public d’Aurillac ou d’ailleurs…
Ce n’était pas non plus une date scolaire, comme nous en avons de temps à autres.
C’était pour les « résidents », un terme habile pour désigner nos aînés, logés dans l’immense EHPAD de Warloy-Baillon, au nord d’Amiens.
Nous avons joué Proche, un conte musical improvisé sous casques.
Jamais la même musique, jamais la même histoire. Et jamais le même public.
Les précédentes représentations de Proche étaient pour des maternelles… finalement, c’est assez similaire.
Notre public était bien à l’heure. Nous étions bien 80. Une bonne moitié en fauteuil.
La mobilité réduite est, quelque part, la règle ici.
Les questions sont simples :
« Quand est-ce que ça commence ? »
« Julien est là pour la chorale ? »
Julien, c’est après.
Il faudra qu’on le dise plusieurs fois, car le temps se perd et se tord un peu ici.
Paradoxalement, tout doit être réglé comme une horloge.
On blague un peu, puis on distribue les casques.
Le début du spectacle parle d’amis « proches » et de famille « lointaine »…
De ce qui fait qu’on peut être proche de personnes éloignées.
Ça parle aussi de retrouver l’enfant qui sommeille en chacun de nous.
Alors, évidemment, le propos résonne.
Et puis l’histoire s’invente…
Cette fois-ci, il s’agira d’une rotative, imprimant des milliers de lettres d’amour écrites par M. Golant.
Ces lettres sont ensuite distribuées à toute la population, mais l’une d’elles doit arriver à « Bibi », l’amour secret de M. Golant.
Par erreur, elle sera distribuée à Mme Bijou…
Et voilà qu’Henri (résident de l’EHPAD, 91 ans) mime M. Golant en train d’écrire,
les résidents se font passer pour des voisins,
bougent les bras pour faire le vent dans les arbres.
Mathilde devient Mme Bijou,
une amie et sa fille font les chats turbulents de l’usine.
Philippe boucle percussions, synthés et vibraphone.
J’avance dans l’histoire… Une heure passe.
Elle est passée bien vite, cette heure ! Le temps se tord, je vous disais...
Bibi se marie avec M. Golant.
Un résident viendra nous voir trois fois, car il manquait M. le Maire dans l’histoire…
Une dame ne veut plus rendre le casque.
Elle entend bien mieux avec ☺️.
Il y a des artistes qui font les mêmes salles normées toute leur vie, dorment dans les mêmes franchises d’hôtels, côtoient les mêmes types de public...
Cette année, la Cie bAlllAd a fait danser des Népalais au Patan Durbar Square, des Roumains à Sibiu, des gosses dans une fête de quartier, des étudiants dans un musée…
Et nous sommes devenus proches avec nos aînés,
car être proche…
c’est avoir une histoire en commun.
On en a inventé une jolie tous ensemble.