17/09/2026
À 20 ans, face à cette mosaïque vieille de plus de 2 000 ans, j’ai été prise aux tripes.
Il s’agit du Fiocco di Aquileia, le nœud d’Aquilée.
Réalisée à la fin du Ier siècle avant J.-C., cette mosaïque ornait une riche demeure romaine du Fondo Cossar, aujourd’hui connue sous le nom de Domus de Tito Macro.
Sur son fond noir, un ruban se noue au milieu de délicats sarments de vigne. Par ses courbes, il semblait guider les invités vers la salle où se dé les banquets. Ses minuscules tesselles, ses couleurs et la finesse de son dessin témoignent de la maîtrise extraordinaire des artisans d’Aquilée.
Aujourd’hui, l’œuvre originale est conservée au Musée archéologique national d’Aquilée.
Lorsque je l’ai découverte en Italie, à l’âge de 20 ans, j’avais la chance d’être accompagnée par l’entreprise Friul Mosaic.
Et je ne me suis pas simplement dit : « C’est beau. »
J’ai été profondément bouleversée.
J’avais devant moi une œuvre réalisée plus de 2 000 ans auparavant. Des êtres humains avaient choisi ces pierres, imaginé ces courbes et posé chacune de ces tesselles avec leurs mains.
Et malgré le temps, elle était toujours là.
Cette pensée m’a traversée tout entière. J’ai ressenti quelque chose de très fort, presque impossible à expliquer : un mélange d’émerveillement, de respect et d’émotion pure.
Au début de ma carrière, j’ai essayé, en toute humilité, de reproduire ce nœud.
Je me souviens du bonheur profond que j’ai ressenti en le réalisant. J’étais tellement heureuse et fière de suivre ses lignes, de retrouver ses couleurs et de poser, moi aussi, chaque pierre avec mes mains.
Bien sûr, il ne s’agissait pas d’égaler les artisans qui l’avaient créé. C’était une façon de me rapprocher de leur geste, de leur sensibilité et de cette œuvre qui m’avait tant bouleversée.
Puis ma mosaïque est restée longtemps de côté dans mon atelier.
En la retrouvant aujourd’hui, j’ai retrouvé bien davantage qu’une ancienne réalisation.
J’ai retrouvé la jeune femme de 20 ans que j’étais. Son émerveillement. Sa passion. Et la raison profonde pour laquelle elle avait choisi de devenir mosaïste.
Aujourd’hui, je ressens une immense gratitude d’avoir ce nœud dans mon atelier.
Il relie l’artiste que je suis devenue à celle que j’étais au commencement. Il me relie à l’Italie, aux artisans qui m’ont précédée et à cet amour de la mosaïque qui ne m’a jamais réellement quittée.
Certains objets restent silencieux pendant des années…
Puis un jour, ils nous rappellent exactement qui nous sommes.